08 août 2010

correspondance 1935 à 1940

 1935

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 5 janvier 1935 ImsL p. 323/324

 5.1.35 [Paris]

 

 PALU

 

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 Yvan

 

 

lettre d'Audiberti à Claire et Yvan du 18 janvier 1935

 Cher Ivan et chère Claire,

 s'il n'est pas trop tard - et il n'est jamais trop tard pour bien faire - recevez ici, la très vive expression du grand plaisir que j'ai eu, l'autre dimanche, auprès de vous. C'était, nous le sentions, une de nos dernières haltes, en plein chemin d'angoisse et de menace, avant, peut-être, un événement rude et noir. Dans ce milieu de poètes et de peintres, et sous l'œil vague et profond de tableaux et de livres, notre bavardage et même notre existence avaient le grand charme, déjà d'un repas d'ombres à la fois ardentes et apaisées. J'ai lu avec plaisir, ça et là, des critiques favorables à Chansons Malaises, pleines (Les Chansons...) d'une grande simplicité, mère d'une vigilante pureté.

 Je souhaite, que l'un et l'autre, vous alliez bien et me gardiez votre amitié

 

SDdV Aa15

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 19 janvier 1935 ImsL p. 324/325

  Paris 19.1.35

Chère Palu

- et cette dernière lettre de "ETRE et MOURIR", cette dramatique cantate sur la naissance et la mort d'un petit enfant

 

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 Yvan

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 19 janvier 1935 ImsL p. 325/326/327

2  Paris 19.1.35

 

 de ton Yvan

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 30 janvier 1935 ImsL p. 327/328

  Paris 30.1.35

Chère Palu

 

 de ton Yvan

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 7 février 1935 ImsL p. 328/329

  7.2..35 [Paris]

Palu

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 Ma

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 7 février 1935 ImsL p. 328/329

  7.2..35 [Paris]

Palu mon souverain

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 Ma

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 9 février 1935 ImsL p. 330/331

  Paris 9.2..35 

mon cher petit Palu

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 Je t'embrasse

 Yvan

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 16 février 1935 ImsL p. 330/331

  Paris 16.2..35 

Cher petit Palu

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 Yvan

 

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 5 mars 1935 ImsL p. 333 à 336

  Paris 5 mars.35 

Très cher petit Palu

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 Ton

 Yvan

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 21 mars 1935 ImsL p. 336 à 339

  Paris commencement du Printemps

  21 mars.35 

Chère Palu

traduire ***

 Ton

 I

 

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 2 avril 1935 ImsL p. 340/341/342

  Paris 2 avril 35

  

Chère Palu

traduire ***

 Ma

 

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 12 avril 1935 ImsL p. 342/343

  Paris 12 avril 35

  

Chère Palu

traduire ***

 Ma

 

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 17 avril 1935 ImsL p. 343/344/345

  Paris 17 avril 35

  

Chère Palu

traduire ***

 Yvan

Comment Thor peut-il se réjouir de sa vie !

Wie freut sich Thor seines Lebens !

 

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 24 avril 1935 ImsL p. 345/346/347

  Paris 24 avril 35

  

Chère Palu

traduire ***

 Yvan

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 5 mai 1935 ImsL p. 347/348/349

  Paris 5 mai 35

  

Chère Palu

traduire ***

 Mais nous voulons de nouveau être joyeux, n'est-ce pas ?

 Ton Yvan

 

lettre d'Audiberti à Claire et Yvan du 18 mai 1935

 

Chers amis,

Je viens de recevoir deux places pour la première, à Sarah Bernhardt, de Yossché Kalb, magnifique, mais vu et revu. Je n'ai guère l'intention d'y retourner. Et vous ?

Fixez-moi par un mot rapide, afin que je puisse, (si vous non plus vous ne comptez pas retourner au Kalb) rendre la précieuse carte ou en disposer. Santé bonne ? Moi verkältet.

 Poétiques amitiés

 Audiberti

 18, rue d'Enghien

 Je me suis amusé à écrire, à ma manière, un chant des hommes pieux.

SDdV Aa19

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 22 mai 1935 ImsL p. 350/351

  Paris 22 mai 35

  

Chère Palu

traduire ***

 

  Ta

 Ma

 

lettre d'Audiberti à Claire du 25 mai 1935

 

 Chère amie, chère Smaragd Schlange,

J'ai été ce matin à l'hôpital Bichat où l'on m'a radiographié Il semble que cela n'ait rien donné, et qu'il faille admettre que je doive vivre avec cette fièvre et cette fatigue - mon malaise étant de ceux qui n'ont pas de nom immédiat. Peut-être est-ce une poétite ? Me voyez-vous, pendant dix jours, comme on me le conseille, alité à Bichat, en état d'observation, dans un lit ? Ce serait grotesque. Non ? Le professeur Mondor fut parfait pour moi. Aujourd'hui, on m'a réquisitionné au Petit Parisien, encore que j'ai force fatigue. Ne suis-je pas un peu comique, avec ces maladies invisibles, indicibles, mystérieuses ?

J'ai été, et je suis encore, bien sonné cette fois. Votre regard évoqué est pour moi d'un grand et tendre profit. Vous savez que Dannie (J'ai été pris de court et n'ai point changé ce titre) - va paraître dans les Ecrits du Nord, nouvelle revue de luxe. Pardonnez-moi de ne pas vous envoyer l'autre poème. Je vais le faire ce soir.

 Je suis infiniment à vous

 Audiberti Jacques

 

 

SDdV Aa 22

 

lettre d'Audiberti à Claire du 27 mai 1935

 Bien chère amie,

Je viens d'achever l'Opéra du Monde, qui sera sans doute édité (Touchons du boa) Votre lettre me fait grand plaisir. Ne pourriez-vous pas venir lundi ?

L'Opéra du Monde m'effraie. Ce sont les aventures comiques de Dieu lui-même sur la terre. J'ai été hier affreusement malade. Aujourd'hui cela va mieux. Vous vous souvenez de ce vent froid. J'étais tellement désespéré hier. Votre amitié me fait tant de bien. Paulhan m'a dit les choses positivement les plus encourageantes. Quel parfait ami. ! Si j'avais du temps faire une série énorme d'oeuvres. Il faudrait que je puisse un jour me dégager de la nécessité du travail régulier et salarié. Que je parle de moi ! Il faudrait, au contraire ne parler que de vous, mais je n'ose, et il ne convient.

 A demain, chère feuerliliesmaragdschlange, qui parlez un allemand si poli et moelleux. J'ai au bout des doigts tous les personnages de mon Opéra.

 Téléphonez-moi, je vous prie, autour de 19h30 pour être plus sûre de me trouver.

 Mille amitiés

 Jacques

 

 

SDdV Aa 23/24

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 28 mai 1935 ImsL p. 351/352

  Paris 5 mai 35

   

Chère Palu

traduire ***

 Je travaille comme un dément. Et toi ?

 Ton appliquée

 Ma

 

lettre d'Audiberti à Claire du 1er juin 1935

 Bien chère amie,

 

 Je vous remercie bien des fois de votre pneu, qui m'aurait peut-être encore plus ému s'il m'avait parlé de quelque heure et de quelque jour où nous aurions ensemble avalé la Seine. Vous rappelez-vous ? Vous ne me connaissiez pas encore exactement et me preniez tout-à-fait pour quelqu'un. Je vous ai fait, l'autre soir, une bien gentille lettre, mais pour vous punir de tous les crimes que vous commettrez, je ne l'ai pas mise à la poste. Un de vos crimes est d'avoir écrit le Nègre et Europe, et de ne m'en avoir jamais parlé. Dites donc, où allez-vous été chercher tout cela, les poissons, les hippopotames, la queue des paons et la peau couleur de crêpe de Chine, et tant d'images et de trouvailles, tout humectées de bonne grâce perverse, de malice ronronnante ? Si vous avez tant de talent que ça, de quoi ai-je l'air, moi, qui suis incapable d'inventer quoi que ce soit ? Je crois que le Nègre m'a touché plus qu'une Allemande à Paris (Pour un coup, vous avez un échantillon) de ma vraie écriture. Il faut que nous travaillions ensemble, si, toutefois les hommes, trop bons pour moi, m'en laissent le temps. Vous riez comme l'amour, mais vous savez pleurer aussi, comme l'amour. Je marche dans la boue de l'Opéra du Monde. Si vous savez encore des choses sur les Nègres et sur la queue des paons, dites-le moi. Vous savez que, l'autre nuit, j'ai vu, de mes yeux vu - trois pendus au plafond de ma chambre. J'ai crié d'épouvante. Ma femme est exceptionnellement douce et fraternelle pour moi, et très bonne. Je ne l'ai jamais vue ainsi. Je lui fais un peu mes confidences. Alors, elle me caresse les cheveux et m'embrasse. Pourquoi tout à la fois ainsi ?Pendant dix ans, elle est dure et close comme une lame d'épée, comme un mur de galère. Et pas une amie intelligente ne me sourit avec une bouche pareille au croissant des belles soirées. Tout d'un coup, le sourire apparaît, d'une amie si parfaite, et ma moitié s'humanise. Que va-t-il m'arriver ?

 Oui, je manque de courage. Quelquefois, cela va - aujourd'hui, par exemple, fameux ! - et puis on me force à travailler, et je dois abandonner mon énorme et dérisoire rêve intérieur, et je me tourne vers vous comme vers une gentille œuvre de secours pour le pauvre poète mal peigné.

 Peut-être, dans dix ans, nous reverrons-nous. Ce qui m'ennuie, c'est que le temps est précieux. Un jour perdu, une joie perdue... Bien entendu, ce griffonnage est un poème, une chose littéraire, comme vous les aimez.

 Vous êtes bonne et je vous remercie

 Audiberti

 rue d'Enghien

 

SDdV 510.299 III (Aa 25/26)

 

lettre d'Audiberti à Claire du 6 juin 1935

 Chère amie,

 

 Je suis très rassuré par votre lettre, mais je ne saurai jamais exactement si vous n'êtes point fâchée. Enfin, l'essentiel, c'est que vous alliez bien.

 Je travaille comme un bœuf, comme un palmier. Si je peux tenir le coup et achever l'Opéra, ce sera bien, très bien. Voulez-vous que je vous envoie une NRF ?

 Je recommence à ne plus avoir de nouvelles d'Haumont (mon éditeur de poèmes).

 Je mets mes hommages à vos pieds

 d'or

 

SDdV Aa27

 

carte d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 7 juin 1935 ImsL p. 352

  7 juin [1935]

 [Paris]

  

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lettre d'Audiberti à Claire du 14 juin 1935

 Ma bien chère amie,

Je me permets de vous écrire pour avoir des nouvelles de votre santé. Cela va-t-il mieux depuis hier ? Je suis assez inquiet. J'espère que vous n'avez pas pris froid.. Je l'espère réellement. Si avant votre départ, vous vouliez m'envoyer un mot, aussi bref que possible ou me téléphoner de 7 à 7½, pour me rassurer, cela me ferait plaisir, mais à la condition expresse et absolue que cela ne vous causera le moindre trouble, la moindre gêne. Même si je ne reçois rien de vous, je saurai que notre amitié ne se dément pas, pas plus que la mienne qui est très grande. Je ne suis pas capable d'avoir beaucoup d'amitié, mais elle est tout de même, pour vous très grande, celle que j'ai pour vous (tout cela est très maladroitement dit, mais ça ne fait rien, n'est-ce pas ?)

 Je suis seul dans ma maison, entre la zone et la lune. Ce soir il n'y aura peut-être pas de fantôme *. Faible, insatisfait, avide, incurablement solitaire, je pense à ma fraternelle camarade...

 Jacques

 * Il y aura tout de même des fantômes

SDdV Aa29

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 15 juin 1935 ImsL p. 352/353

  

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 Paris 15 juin 35

Chère Palu

  Ma

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 17 juin 1935 ImsL p. 353

 Paris 17 juin [1935]

Chère Palu

  Yvan

Si tu pouvais encore m'écrire de quel coup tu bouillonnes.

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carte d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 20 juin 1935 ImsL p. 354

 Paris 20 juin [1935]

Quelle superbe sorte de poésie ta dernière lettre.

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Ecris-moi, je t'en prie, l'heure exacte à laquelle tu arrives ici mardi 25. Si n'importe quoi n'allait pas dans le rendez-vous : on se retrouve au Studio Hôtel

  Ton tremblant en suspens Ma

 

Claire part le 24 juin dans une petite station de bains près de Bourges et fait sa cure jusqu'au 20 juillet.

 

lettre d'Ivan Goll Paris 19, rue Raffet à Claire du 24.06.35*** MST p.154/155  

PARIS, 24 juin 1935

Ma chère petite Suzu,

La carte représentant les champs de pavot des environs de Bourges m'a apporté l'assurance que tu venais de passer un bon dimanche. Oh ! Comme mes pensées t'accompagnaient à travers ce rouge été!

Quant à moi, je suis allé à Fontenay-aux-Roses* et j'y ai mangé, en joyeuse compagnie, des gâteaux au fromage, sous des rosiers déjà cueillis. Le petit pavillon russe convient très bien aux deux, Genin et Genia.**. David apporta les photos ci-jointes, que je trouve très réussies (s'il n'y avait pas mon intervention !).

Plus tard, j'ai encore été à la Mutualité, au Congrès des écrivains, où l'on voyait réellement, à portée de son regard, des "grands" de tous les pays. Là, on parle à longueur de journée de l'homme, de l'humanité, de l'inhumanité, on tourne autour, on passe à côté, et un vieux juif a déclaré, avec le dernier reste d'esprit qu'il avait pu sauver, que c'étaient "les six jours du discours". Toute la colonie d’émigrés était naturellement présente, ainsi que Heinrich et Klaus Mann, avec Brecht et Becker, et Feuchtwanger ; parmi les Français, Malraux, Gide, Cassou ; parmi les Russes, Pasternak - mais à la fin, personne ne savait plus ce qu'il avait bien voulu dire. On ne sentait qu'une chose : ils parleront de révolution, jusqu'à ce que vienne le dictateur, qui leur demandera comment ils l’entendent.

Au lieu de parler j'écris le "Tscheljuskin ". Il devrait être terminé d'ici dimanche. Mais Paula arrive demain.

Sasia a déjà un intéressé pour l'Italie. Un rendez-vous général avec Madame Nathalie Ouvry (*). On a établi le nouveau contrat, valable pour tous les pays. Dès que je l'aurai signé, je te l'enverrai.

Hier, au congrès, Hirsch m'adressa la parole et m'annonça que ton livre sur Chaplin paraît à la N.R.F. au milieu de juillet. Il voulait avoir une de "Prière d’insérer" de toi. S'il te plaît, rédige-la comme il te viendra à l'esprit, - je le ferai aussi, de mon côté - et fais le texte définitif en te servant des deux.

J'espère que tu es maintenant tout à fait rétablie et que tu peux livrer tes beaux membres aux sources chaudes.

Je suis perpétuellement près de toi, plein de tendresse et d'amour.

Ivan

* Chez Fernand Léger

** peintres russes

(*) le "masque de Hollywood", (aujourd'hui, rue Royale, Paris), une des affaires, plus tard si prospères, qu'on nous proposa tout d'abord, et que des poètes sont trop peu doués pour mener à bien.

Sur le thème de cette expédition du Tscheljuskin, Goll écrivit en 1935 le texte pour une cantate. La musique fut créée par le compositeur Hans David qui avait émigré de la République Russe de la Volga et qui s’apprêtait à retourner en Union Soviétique avec son épouse, l’actrice Li David-Nolden, pour y travailler dans le domaine artistique.

 

Paula arrive le 25 juin 1935 et habite chez Goll à Paris du 25 juin au 20 juillet,.

 

lettre d'Ivan Goll Paris à Claire  à Bourges du 27.06.35  MST p. 155/156

Paris , 27 juin 1935

19 rue Raffet

Chère petite Suzu,

 Ainsi, depuis hier, Paula habite la chambrette d'en haut, et elle est toute étonnée de ce qui lui arrive. Elle s'habitue difficilement à la pensée de rester dans l'appartement, et elle s'enfuit vite et là-haut, lorsqu'il m'arrive de sortir. Seule, ma présence lui fait tout oublier. Mais elle s'est pourtant déjà débrouillée dans la cuisine et met la main à tout

 Quelle différence entre cette créature aimante, serviable et l'hôtesse précédente de la chambrette ! (") Il émane d'elle tant de douceur et de calme. Depuis 2 jours, nous nous asseyons sur le balcon, et je travaille. Car David me presse, et je veux lui donner à emporter le plus possible du texte de Tscheljuskin, étant donné qu'il file lundi à toute vapeur, en direction de l'Italie.

 Tu trouveras ci-inclus ce qui est rédigé d'une façon à peu près définitive et que David a approuvé.

 C'est une très grande chance, que la vieille Clauzel soit absente. Renée est absolument silencieuse et ne se fait pas voir. Jeannine est là, aujourd'hui, pendant deux heures, et reviendra samedi.

 Je suis heureux que tu aies trouvé un médecin si gentil : encore un qui reprend tout depuis le commencement ! Reste à attendre le résultat. Oh ! si réellement une guérison devait survenir ! En tout cas, il te restera peu de temps pour te sentir seule. Et chez Drisel, qui s'est comporté en malin, je sais au moins que mon petit oiseau est confortablement niché.

 Je t'ai envoyé à lire, hier, le nouveau livre de Cassou qui pourra te distraire - et peut-être aussi t'inspirer. Aujourd'hui partent les deux volumes que tu désires.

 Je donne, aujourd'hui même, en Suisse, l'ordre de t'envoyer provisoirement les 750 francs disponibles.

Et mon coeur t'adresse ses rayons les plus chaleureux.

 Ivan

(*) Doralies Studer, fille née du premier mariage de Claire

 

lettre d'Ivan Goll Paris à Claire  à Bourges ? du 30.06.35  MST p. 156/157/158

Paris, 30 juin 1935

Ma chère petite Suzu,

 

J'ai bien ri de ton prix de beauté : Miss sans Terre ! Miss Poésie ! Certes, c'est le plus beau titre et la plus enviable Jeunesse et sans le "Masque d'Hollywood" qu’une femme peut souhaiter et que même l'épouse légitime de Zeus a tenté en vain de se procurer je pense !

Et, conformément à la logique, je dois me croire aujourd'hui aussi heureux que Zeus, - un Zeus qui, par-dessus le marché, s’est métamorphosé en une biche fragile, qui se repose de lutter et de bramer. Il faut bien que l'on tire un avantage de sa condition de poète : pouvoir fuir hors de soi-même.

Non, je ne puis réellement me calmer au sujet de ce succès que t’a si innocemment décerné la voix du peuple, vox populi. Tu as le droit d'en être fière. Il serait trop dommage que le monde n’en soit pas informé (par un écho).

L'idée d’écrire les Mémoires de Fraulein Spitz me semble être très fructueuse : mais dans ce cas, à ta place, j'écrirais tout de suite le roman des reines de beauté, au-delà de tout élément personnel en reflétant l'époque, en dépassant la petit Spitz tout en l'utilisant.

Ah ! qu’avec tant de génie et de beauté, tu doives souffrir ainsi de solitude cosmique - comme tous les vrais grands de cette terre ! Cela m'attriste et m'attire invinciblement de plus en plus près de toi ! Petit oiseau, déesse secrète de cette terre - Sans Terre - sache-le donc à la fin combien je te révère, combien je t'aime ! Tu n'as pas le droit d'être aussi triste, et surtout, tu n'as pas le droit de douter et de désespérer ! Si seulement tu guéris corporellement, je sais que ton esprit te prépare encore de très grandes victoires et de très grandes joies. Étant donné que tu as, depuis des années, soutenu si vaillamment le combat contre ton corps, le combat contre ton âme devrait à présent t’être facile. Car, intérieurement, tu es supérieure ! Et alors, - quel épanouissement se serait.

e reçois de Paula une influence de calme animal, bienfaisant. Sa confiance illimitée en son amour crée autour d'elle une atmosphère de douceur. Près d’elle, tout devient grand et simple. De plus, elle n'est plus aucunement la créature primitive et naturelle d'autrefois, comment on pourrait le croire encore. Elle a derrière elle des périodes de nervosité et de morbidité. Quand on pense qu'elle arrive à faire son chemin dans le monde, n'ayant toujours encore rien dans les mains, et avec un minimum de travail !

Elle est timide comme au premier jour. L'appartement est parfaitement intouché. Ce n'est pas elle qui y vit, ce n'est que l'ombre de l’être qui m’aime. Pas un atome, pas une poussière d'elle-même ne reste derrière elle, dans une pièce quand elle en est sortie. Quand tu rentreras, elle n'aura pas laissé une trace. Elle n'a même pas jeté encore un regard dans la salle de bains. Quand je sors, elle vole jusqu'à sa chambre, trouvant que c'est le seul lieu qui lui convient.

Pas une fois, elle n'a encore voulu descendre en ville : ni les devantures, ni les expositions ne l’attirent. Elle reste tranquillement sur le balcon, où elle s'affaire, et dans la cuisine, dont je suis le plus souvent tenu à l'écart.

Ci-inclus une lettre de la banque, qui s'excuse de ne t'avoir envoyé que 650 francs au lieu de 1.750 francs parce qu'elle n'avait pas plus de disponibilités. Il faut que je donne de nouveaux ordres de vente, afin qu'on t'envoie, la semaine prochaine, le reliquat.

Pas un mot de Doralies. Mais j'ai été, une seule fois, sur le boulevard Saint-Germain, et là je l'ai aperçue de loin, alors qu'elle traînait d'un air ennuyé, avec sa Viennoise. Elle ne m'a pas vu. C'était il y a trois jours. Son adresse : Hôtel Saint-Pierre, rue de l'Ecole de Médecine.

Toi, baigne-toi sagement dans tes sources, et bois leur eau. Cela te fera du bien. Tu finiras bien par guérir un jour, et par redevenir gaie et active, car c'est dans ta nature. Seulement, encore un peu de patience.

Je pense à toi, plein d’amour et de reconnaissance.

Ivan

Écris donc une petite carte à Nancy.

 

lettre d'Audiberti à Claire du 3 juillet 1935

 Chère Claire,

Je suis très heureux de votre lettre bleue. En effet, c'est toujours quand on se sent vraiment triste et seul que les coeurs sur qui l'on compte ne sont pas là. Et quand ils sont là, et c'est là la grande peine, ils ont tort...J'espère qu'à votre retour vous daignerez, chère Claire, me convoquer auprès de vous en quelque Napolitain de derrière les fagots. Je suis fort favorisé par le côté littéraire de la vie, aujourd'hui, puisque mes petits trucs paraissent de mieux en mieux, mais des joies véritables de la vie, je ne sais pas grand chose. Ivan Goll m'a demandé des vers pour Jeune Europe. Je lui ai envoyé un poème qui s'appelle : « Chanson pour mourir un jour»

 A bientôt, chère Claire, écrivez-moi, je vous en prie, et ne m'oubliez.

  Audiberti

 T. S. V. P.

 

 Vous êtes vraiment ma sœur, sentimentale, capricieuse, un petit peu amie de détester ce que vous aimez. A la pensée que je vous attends, déjà vous vous glacez. Que je ne vous attende plus, vous penserez à moi. les dames...

 

SDdV Aa30/31 (155) - 510.259 III

 

lettre d'Ivan Goll Paris à Claire  à Bourges ? du 04/07.35  MST p. 158

 Paris, 4 juillet 1935

Chère petite Suzu,

 Ta dernière lettre m'a infiniment touché. Tu es devenue très sage et très bonne mais l'un ne conditionne pas l'autre. J'espère que tu emmagasines à présent de la santé pour l'hiver prochain. Il y a eu trois jours de pluie diluvienne, tu en as peut-être souffert aussi ? À présent, les journées sont redevenues fraîches, presque trop fraîches.

 Je voulais, aujourd'hui, aller avec Paula à l'exposition italienne, et j'ai remarqué que tu ne m'en a pas envoyé le catalogue. Peux-tu le faire encore, vite, s'il te plaît ?

 Dans la maison, tout continue à être très silencieux et très contemplatif. Personne ne sonne. Et nous allons peu en ville. Je travaille courageusement au Tscheljuskin.. David est parti pour l'Italie, définitivement.

 Récemment, j'ai rencontré Malraux aux Deux Magots ; il est, comme toujours très excité par de nouvelles idées. Il prévoit aussi pour bientôt, soit un "putsch" du Reich soit une révolution de gauche. Octobre, dernier délai .

 D'ici-là, il faut encore que nous sauvions un petit pécule.

 Je donne en Suisse des indications pour le prochain envoi qu'on doit te faire,

 et t'étreins avec amour.

 Ivan

 

lettre d'Ivan Goll Paris à Claire du 10/07.35  MST p. 159

Paris 10 juillet 1935

Chère petite Suzu,

Ta petite carte, encore pleine de l'odeur de pavot des collines auvergnates, m'a fait un grand plaisir.

Tranquillise-toi, la " prière d'insérer" est déjà en à la.N R F.

  Je n'ai pas pu me retenir de traiter un peu ironiquement Reeves, la fiancée de Chaplin.

 La N R F es d'accord pour n'importe quelle date ; ce n'est pas à 2 jours près.

 Mais pourtant, je voudrais bien savoir pour quelle date précise tu te décides. S'il te plaît, dis-le moi au plus vite, car Paula, elle aussi, doit organiser son départ en conséquence. Pour le 14 juillet, tu n'as rien à craindre : d'abord il ne se passera rien, et ensuite ni Paula ni moi n'avons la moindre envie de nous mêler à une foule idiote. Peut-être même irons-nous à Chartres, car nous avons terminé notre visite à l'exposition italienne. Elle n'était ni intéressante ni instructive.

 As-tu reçu, samedi dernier les 550 francs ?

 Je viens de recevoir 15 francs du Neue Wiener Journal !

 Certainement, tu peux inviter Aldo à prendre le thé, si cela te fait plaisir.

 Alice Cocéa me fait traîner ; mais les perspectives deviennent chaque jour plus faibles.

 Tscheljuskin est bloqué dans la glace.

 S'il te plaît, n'oublie pas de m'envoyer tout de suite l'analyse, dans son texte original, ainsi que le diagnostic

 Monsieur Clauzel est revenu et il a des exigences meurtrières.

 Soigne-toi courageusement et indique-moi exactement ton programme pour les prochains jours.

 En amour

 Ton

 Ivan

 

lettre d'Ivan Goll Paris à Claire du 18/07.35  MST p. 160

 Paris, 18 juillet 1935

Ma chère petite Suzu,

 Qu'est-ce qui s'est fait entendre si mystérieusement, hier soir, au téléphone ? Etait-ce seulement ta voix ? ou ton balbutiement ? Il me semblait que j'entendais un enfant perdu gémir dans une forêt lointaine.

 J'ai à peine compris ce que tu me disais : mais je ne l'ai pas regretté, car il m'a semblé que tu n'avais rien de précis à m'apprendre, comme si tu avais à me dissimuler un quelconque malheur du corps ou de l'âme. Et 5 ou 6 minutes ne pouvaient pas suffire pour pénétrer en toi.

 Je ne puis qu'avoir confiance en toi et en Dieu, et rester assuré que tout sera bien vite arrangé et que, samedi, tu reviendras saine et sauve, définitivement.

 Ci-inclus les correspondances : une gentille proposition du Neue Wiener Journal, naguère si sec, qui offre un travail durable, et la prière d'insérer de la N R F.

 Avec mon amour plein d'inquiétude et d'espérance.

 Ivan

 

Paula Ludwig repart le 20 juillet pour aller voir son fils à Wetzlar tandis que Claire rentre le même jour de sa cure.

 

 Carte d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Wetzlar 26 juillet 1935 ImsL p. 354/355

 vendredi

 [Paris 26 juillet 1935]

Chère petite Paula

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En amour

 Ma

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Wetzlar 30 juillet 1935 ImsL p. 355/356

 vendredi

 [Paris 30 juillet 1935]

Cher Palu

traduire et surtout vérifier la traduction suivante

Je voudrais que tu aies résolu le lourd problème, simultané de la déclaration lyrique et de la forme tactique - comme cela est exigé de la Fugue même - de réaliser. Est-ce réussi ? C'est à apprécier. Tu dois jouer dans un disque "l'Art de la Fugue", ou connais-tu une quelconque autre Fugue, Connais-tu des fugues ? (jeu de mot qui existe en français entre le sens musical et l'action de s'enfuir du lieu habituel)

 Yvan

 

lettre d'Audiberti à Claire du 1er août 1935

 

 Ma chère amie,

 

Je suis heureux de penser, de supposer que votre santé est bonne, mais faute de nouvelles de vous, je n'en sais trop rien.

Vous plairait-il de me faire un petit mot. Dannie est parue. En voulez-vous ?

 Je baise vos mains

 Audiberti

SDdV Aa31 (160)

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Wetzlar 3 août 1935 ImsL p. 356/357/358

 Paris 3 août 35

Cher Palu

 Yvan

traduire

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Wetzlar 8 août 1935 ImsL p. 359/360 **

 Paris 8 août 35

O Palu

 Yvan

Je n'ai rien contre cela que tu donnes la Fugue Ellermann.

traduire

 

Yvan part le 10 août à Sori, chez son ami le compositeur Hans David pour terminer avec lui, ensemble le texte et la musique de sa cantate "Tscheljuskin" où Paula viendra le retrouver le 17 août jusqu’au 4 septembre. Claire est en cure à Challes et ira retrouver Ivan le 4 septembre avant de revenir début octobre à Paris, seule

 

lettre de Claire Challes-les-Eaux  à Ivan Goll à Sori  11 août 35 MST p.160/161

11.8. 35

Dimanche

Hôtel du château

Challes-les-Eaux

 

Mon Ivan,

Il est six heures et demie et je te cherche derrière le cristal transparent infiniment délicat de la chaîne de montagnes italiennes qui s'encadrent dans ma fenêtre, en même temps que la vallée si intime que tu as dessinée un jour. Je suis tout seule dans une délicieuse petite maison perdue, avec jardin, et l'unique étage, que j'habite, a deux petites chambres jumelles, dont tu aurais pu occuper l'une, - et je t'y aurais aimé, si tendrement, purement, et depuis le commencement... Je sais cela, aujourd'hui, plus fortement et plus certainement que jamais je ne l'avais su, depuis longtemps, depuis longtemps... Ah ! toi qui es si bon, toi dont le coeur vibre avec tant de délicatesse,. Faut-il toujours que je sois au loin pour reconnaître ta valeur unique en son genre, ton âme de poète, ton amour, qui est inépuisable. Pardonne-moi bien des choses, toi, et laisse-moi baiser 1000 fois avec dévotion et respect tes mains offensées aujourd'hui par le plus vil des propriétaires (*), ou plutôt des valets. Ah ! si tu pouvais être là-bas, heureux, sous le soleil de Sori ! Je veux savoir que son pauvre visage est rayonnant. Une seule chose peut sécher mes larmes, un mot de toi "je suis heureux !" Envoie-moi ce mot bien vite et laisse-toi baiser sur la bouche, longtemps et fermement par

 celle qui t'appartient éternellement

 Suzu

(*) notre propriétaire parisien, Monsieur Clauzel, après 7 ans d'amitié, inspiré par Hitler, avait traité Ivan de "Juif" (Ivan lui devait 2 mois de loyers).

 

lettre d'Ivan Goll Sori à Claire Challes-les-Eaux   du 13 août 35  MST p. 161/162

Sori, 13. 8. 35

Chère petite Suzu,

Ainsi donc, je suis magnifiquement tombé. La Casina est une villa ravissante, pourvue de tout le confort, sur une colline de figuiers, de vignes, de mimosas et d'agaves, à 10 mètres du sud de la mer. Installation très commode pleine de goût artistique, salle de bains, des carillons et du silence. Une pleine lune dorée rebondit sur le lit

Je suis arrivé dimanche, chancelant de fatigue et amitié. Je ne savais réellement pas ce qui m'arrivait. Tout semblait irréel. Les David (*) m’attendaient à la petite gare - mais lui est encore malade, malheureusement, il se lève pour la première fois depuis des semaines. Sa lettre avait donné une description exacte de la réalité.

 Mais tous deux sont très gentils pour moi. Et nous avons élaboré aussitôt, le lundi, un plan d'économie domestique : tout d'abord, une servante est là, qui fait tout et gagne 100 lires par mois. Il m'en incombe le tiers, c'est-à-dire 35 lires, autant que Jeanine prétend gagner en 3 jours. Je n'ai donc à me préoccuper de rien : pas d'achats à faire, pas à cuisiner, pas à laver, mais j'ai le droit de ne rien faire, de dormir, de me coucher dans l'herbe et - de jouer au tennis.

 Oui, imagine-toi, il y a un tennis, absolument privé, continuellement à notre disposition ! en effet, la villa fait partie d'un groupe de 4 maisons semblables, qu'un riche Italien a fait construire sur un terrain immense. Et trois autres villas, sont habitées par des ménages américains, qui sont d'ailleurs des écrivains et des gens de cinéma. Une des dames est la cousine de David, et lui a procuré la Casina. Vraiment, c'est seulement par les relations qu'on trouve quelque chose, en ce monde, sinon on n’est au courant de rien.

En outre, Li David aura, chaque semaine, 150 lires pour tenir la maison, c'est-à-dire ma participation sera de 50 lires, pour toute la nourriture, la boisson etc.. Peut-on vivre mieux et à meilleur marché ? La servante nous fait des minestrone merveilleux, des spaghettis etc.. Il n’y a plus de poissons dans cette vaste mer : les Italiens ont trop pêché, et sans prudence. La viande est également rare et mauvaise. Nous sommes donc presque végétariens, avec aussi des crudités, presque comme autrefois à. Terrena (*).Mais dix fois moins cher.

A l'instant, une petite fille de 5 ans apporte ta lettre, qui me remplit d'émotion. Je peux te donner tout de suite la réponse souhaitée : je suis heureux

Au premier étage de la Casina, il y a trois chambres contiguës : l'une est habitée par les David, l'autre par moi, et la troisième t'es réservée pour le 5 septembre. Ici, tu pourras réellement bien te rétablir.

Hier matin, nous avons joué au tennis pendant 3 heures, puis nous sommes descendus jusqu'à la mer, qui est à 10 minutes ; il y a une petite baie, presque privée, entre les rochers, et qui rappelle beaucoup celle d'Ischia. D’ailleurs, c'est presque exactement le même paysage, la même vie, seulement bien plus confortable .

Pour l'instant, je me rétablis et ne veut pas encore travailler.

Paris est loin, Clauzel n'existe plus, depuis longtemps.

Rien que du soleil, du vent, des vignobles, qui vous poussent jusque dans la bouche

Donc, je pense à toi et je prépare, pour toi aussi, d’aussi belles semaines

Ton

 Ivan. (qui respire enfin)

(*) à Majorque

 

Ivan Goll Sori à Paula Ludwig Wetzlar 14 août 1935 ImsL p. 361/362

 Sori 14 août 35

Cher Palu

traduire

 

Apporte-moi tes livres pour les David. Ci-joint 50 lires pour le trajet, seulement c'est peut-être trop juste.

J'espère que ce rêve s'accomplisse bientôt !

 Ta

 Ma

Villa La Casina

Sori (Gênes)

Italie

 

Ivan Goll Sori à Paula Ludwig Ehrwald 15 août 1935 ImsL p. 362

 Sori 15.8.35

 Villa Casina

 Sori (Gênes) Italie

 

Chère Palu

En toute éventualité, te t'envoie ici une fois encore le contenu de ma lettre envoyée hier à Wetzlar. Je calculais que tu y arrivais le 16 au matin et que tu voulais quitter Wetzlar le 17 - et que tu souhaitais au lieu de passer par Ehrwald, venir directement ici : 

les David sont des êtres magnifiques. La maison de campagne est admirable dans les vignes et les figuiers, au-dessus d'une anse rocheuse où l'on peut nager chaque jour.

Il y a une chambre prête pour toi. Et voici mon projet : je pense rester ici jusqu'au 1er septembre, et je serais comblé si tu voulais bien venir me retrouver dans ce paysage paradisiaque. J'espère que tu n'as pas d'autre projet. Le voyage ici ne vaut pas la peine pour moins de 14 jours. Le trajet Brenner - Gênes coûte environ 50 lires que je t'ai envoyé par chèque bancaire dans ma lettre à Wetzlar. Viens vite. Aussi vite que tu peux. C'est tellement admirable, ici. Je soupire aussi après toi : 3 années en Italie : si magnifiques. Sori est à 40 minutes de Gênes : le coût du billet, 4 lires pour ici.

Adresse pour ton télégramme : Goll Villa Casina Sori

en attente heureuse

 Ton

 Ma

vérifier ma traduction

 

lettre de Claire Challes-les-Eaux  à Ivan Goll à Sori 16 août 35 MST p. 162/163

Challes-les-Eaux

(Savoie)

16 août 1935

Mon Yvan,

Ta lettre m'a rendue enfin paisible et heureuse. Tu es bien, tu te réjouis, tu revis. Le cauchemar s'éloigne, je respire. Oublions ce monde inférieur haïssable qui vit dans notre appartement, ces animaux méprisables avec qui nous devons partager notre logis, alors qu'il existe des gens si bons, gentils et chaleureux, comme par exemple, ces David. Comme j'aspire au 5, à toi, au soleil !

 Ici, en effet, il y a eu tempête. Audiberti (*) pendant trois jours. Seule avec lui dans cette petite maison ! Il ne m'a rien épargné, depuis les crises de larmes du désespoir jusqu'au murmure dévotieux des formules d'amitié, de la fureur de la jalousie jusqu'aux plus douces, au plus enfantine effusions de gratitude. Même dans cette passion obsédée pour moi, sa nature géniale ne lui laisse pas un moment de répit. Pas de sommeil, aucune possibilité de s'anesthésier. Il se vautre dans sa souffrance, il s'y intensifie, et comme je ne peux pas apaiser la soif qu'il a de moi, explosion sur explosion ! Une épreuve inouïe, qui sera peut-être féconde pour lui, il en sortira peut-être un livre.

 En tout cas, il a fait pour moi un grand poème, chantant mon propre tourment et ma nostalgie de la mort

 Il était déjà dimanche à Chambéry et s'est annoncé à l'improviste, lundi matin, par téléphone. Je te dirai le reste oralement, car c'est indescriptible. Aujourd'hui, je ne suis plus seule dans la maison, des gens ont emménagé au-dessous de moi. La première note d'hôtel sera bientôt échue. Cela fait 44 + 10 % par jour. Je chauffe ma chambre avec un magnifique radiateur à vapeur, car il fait très froid le matin et le soir. Mais le temps s'est remis au calme après la tempête gigantesque qui a marqué, extérieurement aussi, l'arrivée de Jacques.

Écris-moi bientôt un mot

Je t'embrasse très tendrement

  Ta Suzu

 

 

lettre d'Audiberti à Claire du 16 août 1935

sur papier à en-tête :

 HOTEL - CAFE - RESTAURANT

 DU

CHEMIN DE FER & DES NEGOCIANTS

 CHAMBERY

 

  Dannie*aux cheveux roux que d'aucuns nomment Claire, o sabre tout saignant encore et frémissant de tant de coups donnés, de tant de coups reçus, depuis que tes yeux verts comme l'éternité ouvrirent sur le monde une dure lumière, j'écoute encore en moi le fil crissant et doux de ta courbe trempée aux sources de Vénus, le fil coupant et pur de l'arme qui t'habite exaspérer mon cœur d'une infinie coupure. La montagne écrivait sur le limpide ciel des combats de géants, des épopées d'archanges. On les voyait bondir, chargés de butins pâles, d'une falaise à l'autre, et les arbres, plus bas, terrés dans la décence horrible du silence, enchaînés par le pied comme des mitrailleurs, nous regardaient passer avec leurs yeux vidés, sous leur âme étalée ainsi qu'une couronne, et se disaient entre eux, à l'aide des bras noirs, qu'enfin ils avaient vu des archanges le roi. Et puis, la grande peur et la grande colère des célestes troupeaux par les plaines du ciel, par toutes ces Hongrie et toutes ces Bavière qui regardent la terre où je n'existe pas, commencèrent soudain leurs galopades nues, mille et mille escadrons aux croupes de bitume, aux sabots de fumée, aux casques sans espoir.

Dans cette foule grise et pressée et nocturne où pauvrement luttait le soleil piétiné, une traînée plus sombre et plus en plus voisine décelait les chemins des démons de l'élite, un cortège plombé qui vole vers Satan. Alors la pluie, ainsi qu'une énorme souris, qu'une calamité méticuleuse et tendre, qu'une rémission du mal de la clarté, vint sur nous et sur moi, et puisque c'est la cage et puisque c'est la dent qui règnent ici-bas, elle fut la prison, elle fut la morsure avec une franchise auguste et maternelle, un recommencement inépuisable et sage et son bruit coutumier de flamme lente et fraîche, de dissolution à base de pitié, de javelots d'oubli, de flèches de sommeil. Mais le soleil, sculptant les angles responsables, arrachant le manteau pour que la plaie surgisse, le dieu jaloux de voir et jamais las de vaincre, dans ses puissantes mains de pourpre et de cobalt étouffa les traînards de l'armée nébuleuse, brisa les mols épis des moissons de l'ondée, dessina dans les airs le devoir et la honte, redora, repeignit, restaura, rajusta son domaine, et la pierre, et le sel, et le feu, et l'acier. Sans retour des plus frêles oiselles, o Dannie ! Et pourtant je serai le soleil... Le soleil est ma forme au loin que j'atteindrai, la parfaite saison de mon cri solitaire et du pesant orgueil qui m'accable déjà. Comme lui je rayonne au sommet des ténèbres. Je flambe comme lui de triomphes impairs. Mes rayons contre moi renversés dans ma pulpe me percent plus encore qu'ils ne font les nuées. D'autre douceur sur moi que celle de mes larmes je ne connus jamais dans ma hutte de gloire. Tu les a fait couler, ces larmes, o Dannie. Le monde tout entier brilla dans cette goutte, tout le drame de l'homme en proie à la beauté, et cette triste ondée fut quand même un baptême, une onction divine où nous baignâmes ensemble

 

 Audiberti

  • Tel était le nom qu’Audiberti donnait à Claire Goll 

SDdV Aa32 (166)

 

carte de Rebecca Lazard de Mondorf à Yvan à Sori chez Mr David 16 août 35 

  Mondorf le 16 août 1935

 Mon cher Mig,

Ici depuis le 11, nous faisons une excellente cure de repos et avons l'avantage d'une excellente température. Nous avons bien reçu en son temps ta lettre de Londres et de Paris et t'aurais répondu plus tôt si j'avais eu ton adresse. Nous prolongerions volontiers notre séjour ici si des occupations locatives non encore terminées mais en bonne voie de l'être ne nous rappelaient au pays. En te souhaitant bon séjour et parfaite santé, nous t'embrassons bien affectueusement

 Reb.

PS : Nous attendons ta prochaine à Metz

SDdV

 

lettre d'Audiberti à Claire après le 16 août 1935

 Chère et très chère,

dans la petite poésie que je vous ai envoyée de Chambéry, il faut que vous compreniez bien que "le roi des archanges", que les arbres regardent passer, c'est vous. Je tremble que vous ne l'ayez pas compris ainsi, o mince roi d'or !

Jusqu'à nouvel ordre, j'ai dénombré 4 vous (en état de fard)

1°: Telle qu'à côté de la fenêtre, à Auteuil yeux grands ouverts et fulgurants, bouche comme ci-contre : exquise. Inouïe

2° De profil. Penchée. creusée

Combattante " Qui s'en croit ". Moins sympathique

3° Qui rit en buvant. J'aime mieux ne pas en parler

 (ressemble à Georges V)

4° Qui vient vers vous, mauve, humaine, l'amitié, la tendresse.

Mon cœur pour celle-là ! (et pour le n° 1 aussi)

 

SDdV Aa33 (169)

 

le 17 août 1935, Paula quitte Wetzlar pour retrouver Goll à Sori et elle y reste jusqu'au 4 septembre

 

lettre d'Ivan Goll Sori à Claire Challes-les-Eaux   du 20 août 35  MST p. 163/164/165

 Sori 20 août 1935

Chère petite Suzu,

 Il faut que je te raconte un peu la vie que je mène ici.. Je me porte magnifiquement bien, pour la première fois depuis longtemps. Aucun souci, ni provisions, ni cuisine, on me recoud mes boutons ; c'est une existence confiante et amicale.. On se rencontre pour les repas, sur la terrasse ombragée ; il n'y a qu'un plat : gnocchi ou raviolis ou minestrone, dont on peut se remplir le ventre. Ensuite, on se cueille soi-même ses figues. Peu d'extras - on est économe et il ne faut pas dépenser plus de 150 lires par semaine. Avec ça, la famille des David est la plus riche de tout Düsseldorf, ils ont été élevés dans le plus grand luxe. Et ils vont pouvoir aussi s'offrir, à leurs propres frais, un voyage à deux en Russie, bien que l'aller seul coûte 5.000 francs.

 David n'a pas pu travailler, à cause de sa maladie. En outre, il a depuis longtemps une cantate en chantier, de sorte que le Tscheljuskin n'avance pas.

 Par contre, je travaille sans discontinuer à la traduction de César .J'ai déjà 100 pages.

 Deux parents américains de David habitent ici aussi ; avec eux, nous jouons au tennis dès huit heures du matin. Vers dix heures on va dans la baie rocheuse, au bord de la mer, on s'y écorche les pieds et les mains en marchant sur les oursins. Je suis couvert de plaies, du haut en bas. Mais déjà tout bruni. Je dors mal, cinq heures, à cause des moustiques, - mais suis néanmoins en très bonne santé.

 Le 15 août, il y a eu au village une fête italienne bariolée, procession à neuf heures du soir, des pétards toute la journée, baraques foraines avec des jeux de roulettes auxquels j'ai gagné 8 lires. Par contre, j'ai perdu ma belle bague en me baignant dans une mer très tumultueuse, le même jour. La vague, comme une femme, la doucement tirée du doigt. Tu sais qu'elle était trop large. Je n'ai pas été très attristé, car ce n'était pas un témoignage d'affection, une preuve de sentiment : tout à fait impersonnelle. J'espère qu'on m'en donnera un jour une autre. Je suis presque content de ne plus la posséder, car elle était un cadeau bien superflu de Mme Bergner.

 Li David est une femme aimable, gentille, qui se soumet volontiers à ce têtu de David. Elle joue la petite fille, sur le même ton que Mme Bergner . David aime beaucoup ça. Douze années déjà. Au fond, elle n'est pas heureuse. Le mariage raté typique, le manque d'enfants, la prétention à l'éternelle jeunesse... et certainement, elle ne l'a encore jamais trompé...

 Ta tempête - Audiberti semble avoir été aussi forte que celle de la mer d'Ovado, en Italie, le même jour. Dommage que toi, l'écrivain, tu déclares que c'est indescriptible ! C'est justement ta description qui m'aurait intéressé. Je trouve grotesque la carte qu'il m'a écrite.

 Hier, tu as dû recevoir 400 francs de Zurich. À présent, j'ai déjà écrit à Albin Michel qu'il veuille bien t'envoyer 1.000 francs. Pour ta note finale. J'espère qu'il le fera. Sinon, nous nous arrangerons autrement.

 J'espère que tu fais régulièrement la cure du diable ! Et te portes-tu bien ? Tu ne dois pas t'ennuyer, cette fois. C'est bien. Prends de la vie ce que tu peux. Nous voulons encore une fois être non des anges, mais des diables.

 Ton Ivan, qui reprend des forces

 

lettre d'Audiberti à Claire du 22 août 1935

 

 Chère, chère Claire,

 Jacques peigné, rasé et lavé – le tout en l'honneur de votre fantôme – vous écrit du fond de sa détresse humaine et de son ratage fatal. Quelques vers péniblement extraits de la lourde éponge de ma substance corporelle (corporelle bien plus que sentimentale ou cérébrale) constituent ma seule monnaie. Elle est bien maigre. Vous la dites très haute. J'aurai au moins eu ça (vos éloges, votre admiration sincère ou charitable, ou les deux à la fois).

 Votre lettre ici arriva peu de temps après ma propre arrivée, comme si nous avions, elle et moi, voyagé ensemble. Ainsi, d'ailleurs fîmes-nous. Toutes vos faces derrière ma face, et de votre odeur, encore sur mes vêtements. J'étais le possédé peut-être possesseur et, aussi, ce bloc de boue modelable en proie à votre art, ô subtil sculpteur. Déjà, je ressemble à ce que vous voulez, par la grâce de votre amitié tutélaire, et je promène l'apparence d'un amant qui, pour être platonique, n'en est pas moins fier et comblé. Mais, autour de moi, passent les couples d'heureuse chair. La longue jambe nue des jeunes femmes brille dans les nuits. La perfection de ma solitude physique, après m'avoir fait pleurer, commence à me faire rire. Peut-être arriverai-je à me barder tout entier d'une pellicule divine que ne traverseront plus les prestiges cruels de la beauté muselée, élancée, balancée. Au loin, ma femme, statue noire et insondable, ne sait pas que c'est la nuit, car elle est la nuit. Elle ne sait pas que sur moi s'étend la nuit.

 Merci, Claire chérie, pour votre gentille puissance et sagesse, et pour avoir si bien, et si courageusement, su ménager mon amour-propre sans compromettre vos devoirs. Nous partageons un pacte tendre et difficile et cette communauté me déchire autant qu'elle me console.

 Jacques

(6 avenue Saint-Roch, Antibes)

SDdV Aa34 (172) - 510.299 III

 

lettre de Claire Challes-les-Eaux  à Ivan Goll à Sori 22 août 35 MST p. 167/168

 Hôtel du Château

 Challes-les-Eaux (Savoie)

 1935 jeudi

Chéri,

Depuis ta carte de Rapallo, je n'ai reçu aucun signe de vie de toi. Est-ce que réellement tu vis encore ? Je me fais l'effet d'être si abandonnée, quand tes petits oiseaux griffonnés sur le papier ne volent plus vers moi. Tous ces jours, j'ai été si seule. Seul Jacques (*) m'a adressé un grand poème et une lettre démentie. Avec ça, le livre sur Chaplin trouve des échos dont je m'étonne fort. On m'écrit de partout. Même Wolfenstein se souvient de mon existence et demande un exemplaire. Et il est arrivé une longue lettre de Gaston Chéron : " votre livre m'a passionné, etc.".

 Aujourd'hui, enfin, vient une visite, avec voiture, pour trois jours. On pourra peut-être excursionner jusqu'à Chamonix où le Grand Saint-Bernard.

 Souvent je contemple avec la tendresse la plus profonde tes traits "photogéniaux". Dans quinze jours, je regarderai ton visage. S'il te plaît, écris-moi vite s'il sourit, s'il est heureux, afin que je n'ai pas à me réveiller, la nuit, et à pleurer.

 Avec mon ancienne fidélité, je t'embrasse.

 Ta Suzu

 

Lundi, je suis invitée, avec Georges Suarès, chez charmant ménage, dont j'ai fait la connaissance à la salle à manger, des amis de Dufour. Un peintre extrêmement doué, qui a fait une grande toile pour un panneau mural du "Normandie".

 Et toi ? Vois-tu des gens gentils, à part les David ? Travailles-tu ? J'adresse un doux salut aux Davidsbundler.

 Tout de même, je voudrais encore te dire quelque chose sur ces 3 jours avec Audiberti. Il demandait de l'amour à grands cris, et - tu le sais - je ne puis lui donner que de l'amitié. Il m'arrive avec lui la même chose qu'avec Frantz Werfel : j'étais alors une toute jeune fille, et son premier baiser m'a fait reculer pour toujours devant l'homme qui était en lui. Et quand il m'a dit, plus tard, à Paris : "maintenant je t'aimerais en mettant en jeu toute ma personnalité" (à cet instant, il devait avoir totalement oublié l'Errynie Alma, à l'hôtel Royal Madison), je sus pourquoi j'avais reculé : son physique me répugnait. D'autant plus qu'entre-temps, j'avais été gâtée par le corps d'Adonis de mon Ivan. Vis-à-vis de Jacques, même paralysie. Peut-être le génie n'est-il qu'une maladie des glandes, et elle défigure le corps (Rilke). En outre, je suis protégée de Jacques par la nature et par le respect qu'il a pour le poète de "Jean sans Terre". Tout à coup, j'ai eu mes règles et j'ai dû m'aliter, naturellement. Il resta assis près de mon lit, balbutiant : " Dannie.! Dannie ! ". Car pendant ces jours-là, comme toujours, j'étais désespérée. Tout particulièrement par ta rechute dans l'ancienne infidélité. Et comme je m'exclamais : " si je pouvais m'achever.... ", il commença à tout prendre par écrit. Il travailla, toute la nuit, à un poème : La période, dont je t'envoie quelques vers :

 tu sais, la petite maison se trouve dans les vignobles,  

 

 Parmi l'astre de l'aventure

 Devant les monstres du verger

 La douloureuse créature

 Ecoute son sang la manger ...

 

Et un peu plus loin : "O Cléopâtre achève-toi", sur quoi je lui conseillai d'intituler le poème "La mort de Cléopâtre". Il en écrivit encore deux autres : "Sémiramis" et "La maison de Dannie".

 Je n'aurais pas supporté cet ouragan plus de trois jours, bien que tu m'aies habituée aux tempêtes.

 Encore une fois tienne.

 Suzu

 

(*) Audiberti

 

lettre de Claire à Challes-les-Eaux  à Ivan Goll à Sori 27 août 35 MST p. 165

 Hôtel du Château

 Challes-les-Eaux (Savoie)

 1935 jeudi [27 août]

Chéri,

 Reçu ce matin ta lettre, qui m'a un peu surprise. Tu es chez des gens aimables - et non solitaire comme moi - et tu te plains de ta solitude. Tu justifies ton invitation de Paula à Sori en disant que, dans la vie, tu n'as jamais été l'objet de tendresse. Ne pouvais-tu pas motiver tes actions avec plus de franchise et sans digressions blessantes ? Car, pendant douze ans, je n'ai été, à ton égard, que tendresse. Peut-être tendresse non sensuelle, non celle dont tu as besoin, mais néanmoins tendresse. De plus, la manière hypocrite dont tu interprètes l'union conjugale des D. me déplaît. Il faut toujours chercher à rester juste quoi qu'on fasse. Paula est donc auprès de toi.. A cela, je n'ai qu'une chose à ajouter : espèrons que tu es apaisé et parfaitement heureux. Quand j'arriverai le 4, elle ne sera certainement déjà plus là, et tu ne m'en voudras donc pas de devoir abréger, par ma faute, ton bonheur idyllique. Vous pourrez d'ailleurs vous rencontrer encore, cet hiver, même de manière non officielle, chez des amis communs.

 Pensées affectueuses.

 Suzu

lettre d'Ivan Goll Sori à Claire Challes-les-Eaux  du 28.08.35  MST p. 168/169

 Sori, 28 août 1935

Chère petite Suzu,

 Foin de discussion : on ne devrait jamais écrire en partant de la mauvaise humeur d'une nuit d'insomnie. Pensons tout de suite à l'avenir proche, merveilleux : la mer fortifiante et sauvage pour toi, des figuiers murs, des terrasses ensoleillées, le plus profond repos.

 À vrai dire, depuis huit jours, ici, le temps est pluvieux et tempêtueux, et la pauvre Paula, qui n'a jamais vu la Méditerranée, n'aura guère une idée de ce qu'est le Midi. Mais les indigènes disent que, dans huit jours, il refera beau.

 Tu peux accomplir le trajet en un jour : je crois que je t'ai indiqué le trajet le plus agréable ; il est vrai qu' il y a une attente de cinq heures à Turin. Donc, mercredi 4 septembre.

 Mais je vais te prier, en ami, très énergiquement, - je laisse la galanterie à tes adorateurs - d'arriver ici en toute simplicité et sans bagages prétentieux. Tout le monde, ici, très simple. On ne met perpétuellement que des costumes de bains, des robes de plage, dans lesquels on descend directement sur les rochers de la baie. Bref, exactement comme à Ischia. Pourtant, ne pas oublier des vêtements chauds pour la nuit. La pelisse aussi.

 Ici, il ne sera pas question pour toi de travailler. Laisse donc la malle de livres à Challes, ou expédie la à petite vitesse à la maison. Et si tu voulais renoncer aussi à la malle-cabine, tu serais tout à fait dans le style d'ici.

 Tu devras, avant ton départ, aller une fois exprès à Chambéry, pour y faire établir le billet italien " Modane - Gênes - Modane (*) avec une réduction de 50 %. Il doit coûter environ 120 lires (150 francs) en deuxième classe. Peut-être un peu plus. Mais je crains que l'enregistrement d'une malle en coûte tout autant. De Chambéry à Modane, le voyage ne peut pas être cher.

 Deux américains, qui partaient d'ici pour la Grèce, m'ont laissé leurs 2 billets de retour pour Paris (et même jusqu'à Londres). Ils sont périmés le 10 septembre. Si tu connaissais quelqu'un qui puisse les utiliser, cela nous rapporterait une assez grosse somme. Mais cela aussi est très difficile.

 J'ai récemment téléphoné à Lindner - il est à la campagne, avec sa famille, jusqu'à fin septembre. Cela, le consulat ne voulait pas me le dire.

 Ton télégramme au sujet du Monde Illustré m'a surpris : j'ai mis cet article dans la boîte aux lettres, le samedi soir qui a précédé notre départ. Ce serait-il perdu ? Damnation!

 En même temps que ta lettre de mardi, j'ai reçu ta carte de dimanche ; comment se fait-il que tu ne supportes pas du tout la solitude ?

 Mais la mer emportera bientôt toutes les eaux de Challes, ainsi que tes larmes.

 Ton

 Ivan

(*) par Vintimille

 

lettre d'Ivan Goll Sori à Claire Challes-les-Eaux  du 31.08.35  MST p. 170

 Sori, 31 août 1935

Chère petite Suzu,

 Je me réjouis beaucoup de ton arrivée, mercredi. J'espère que mon horaire était exact : renseigne-toi encore une fois.

 Clauzel fait encore parler de lui. Il a écrit trois lettres à Daniel, et là-dessus, je lui ai envoyé le mot ci-joint, par un bureau de poste français (Nice). Il l'a alors transmis à Daniel, qui est muet de stupeur !

 Alors, il a fallu que j'explique tout à Metz, en détail. Je n'ai pas voulu te préoccuper non plus.

 Tout le reste oralement.

 Mais il ne faut pas que tu fasses réexpédier notre courrier directement de Paris à Sori . Fais- le, comme précédemment, suivre à Challes, et de là, à Sori : ne donne ton adresse qu'à Challes (ce courrier est si restreint que c'est kif-kif bourriquot).

Apporte deux ou trois paquets de gauloises bleues et dix timbres français de 50 centimes.

 Ici, temps magnifique ! mer, figues, raisins, paradis ! Paradis ! On oublie tout.

 Je t'attends vite

 Ton Ivan

 

Paula part mercredi

 

lettre de Claire à Challes à Ivan Goll à Sori du 31 août 31 ou 35 , n’est pas dans MST

à traduire

 

Le 4 septembre, Paula Ludwig repart à Ehrwald où elle va rester jusqu'à la fin de l'année 1935 tandis que ce même 4 septembre, Claire rejoint Goll à Sori et reviendra seule début octobre à Paris.

 

 

Ivan Goll Nice à Paula Ludwig Ehrwald 9 septembre 1935 ImsL p. 363/364

 Nice 9 sep..35

Chère Palu, comme il est déjà tard dans la soirée de mercredi,, et le train si inhumain, que je m'échappe vers toi. Tant que je reculais, j'équilibrais le croissant de lune au-dessus de la mer et je me taillais la gorge par les nerfs (! ?)

…le télégramme libérateur arrivait alors vendredi mais samedi je revenais en France par Vintimille.

 

…je me lamente après toi

 Ma

Ivan Goll Sori à Paula Ludwig Ehrwald 13 septembre 1935 ImsL p. 364/365

 Sori 13 sep..35

Chère Palu,

Maintenant, je n'ai pas encore trouvé le chemin du retour auprès des pères, certes pas les saints de Paris, Dieu merci, mais au contraire auprès d'Adam et David, à l'éternelle belle terre d'Adam et à la musique bienfaisante de David.

 

 

lettre de Claire à Paris  à Ivan Goll à Sori 5 octobre 35 MST p. 170/171/172/173/174 ***

Paris, Jour du Grand Pardon, 5h½

[5 octobre 1935]

[19, rue Raffet]

 Chéri, tu as aujourd'hui une longue journée. Aussi je veux venir vers toi dès le petit matin, afin que tu ne passes pas ce jour si seul et que tu ne te frappes pas la poitrine seul. Alors, faisons-le tous les deux, oublions les vétilles qui parfois nous divisent et entrons ensemble, réconciliés, dans cette nouvelle semaine et dans un monde nouveau. Car un autre monde s'ouvre : j'ai un appartement ! Au 21 Quai des Fleurs ! Cela sonne comment ? Cela n'a-t-il pas l'odeur d'une place pleine de fleurs, de la Seine et d'un rivage plein de pêcheurs dominicaux perdus et des Tours de Notre-Dame qui se bousculent en même temps qu'un cloître pour entrer derrière dans la fenêtre de la cuisine et l'immense fenêtre côté sud de la troisième pièce, baignée toute la journée de soleil ?

 Alors je vais commencer par le début, pas par la fin : je suis bien arrivée à Paris et rue Raffet . Dès le lendemain, nous sommes allés quai d'Anjou ; l'appartement était loué! j'étais désespérée, si désespérée que nous avons aussitôt continué à chercher dans l'île, que D. avait déjà prospectée durant trois jours dans tous les sens. Nous avions déjà perdu tout espoir lorsque je vois de l'auto quelques fenêtres sans rideaux au 4e étage d'une maison. Tu sais que j'ai du flair. D. me dit : "il n'y a pas d'écriteau, donc pas d'appartement à louer " .Je persiste à vouloir demander et je trouve notre appartement. Et D.dit qu'il est de beaucoup préférable aux autres, non obtenus, justement parce qu'il a une pièce orientée au sud ; car aussi bien le Quai d'Anjou que le Quai des Fleurs donne sur le nord. Sur le quai sud on ne peut rien trouver du tout. - la maison est en face de l'Hôtel de Ville qui est entièrement caché par des arbres, ce qu'on ne remarque jamais qu'en passant en voiture, si bien que de la fenêtre on voit la Seine et la rive opposée plantée de plusieurs rangées d'arbres ; un peu plus loin est le pont qui mène vers la place de l'Hôtel de Ville. On n’entend presque pas de bruit alors que dans l'autre maison, les autobus passaient au ras de la maison qui se trouvait directement près d’un pont.

Deux pièces sur le devant et entre ces deux et la pièce de derrière un espace assez grand dans lequel sera aménagé la salle de bains, car il n'y a ni bain ni chauffage. D. nous installera les deux à prix coûtant.

Le propriétaire habite au-dessus de nous, c'est un Monsieur distingué d'un certain âge, officier de marine en retraite qui nous a plu énormément à l'un et à l'autre, il voulait 5000 plus de 20 % de charges et à ce pris en soi modéré ne voulait pas faire faire de travaux d'aucune sorte dans l’appartement. Au bout d'une heure de discussion toute en souplesse, D. a obtenu tout ce que nous voulions : 5100 sans charges et il fera faire les plafonds en blanc et repeindre les murs pour que nous puissions y coller des papiers peints neufs car les anciens sont vieux comme tout et doivent être enlevés.

Trois pièces à 5.000 francs au coeur de Paris, sur les quais, donc la situation la plus convoitée où on ne trouve que rarement quelque chose, dit D. Le chauffage en plus, environ 1.800 francs de charbon pour tout l'hiver. Mercredi après-midi (j'ai demandé ce délai pour avoir ta réponse d'ici là) nous avons à nouveau rendez-vous avec le propriétaire pour mettre le contrat au net.

 D. a obtenu que nous n'ayons pas à nous engager pour trois ou six ans mais que seul le propriétaire soit lié, mais que nous puissions donner congé tous les trois mois. Il m’a expliqué ensuite que pour nous cela était important dans les conditions actuelles. Le propriétaire ne voulait d'abord absolument pas, mais D. lui dit qu'il n'avait aucune crainte à avoir, que nous ne partirions pas tout de suite après y avoir engagé plusieurs milliers de Francs de frais et il indiqua 2.000 francs pour l'installation de la salle de bains et 2.500 francs pour le chauffage, en présence du propriétaire. Mais il nous le fera pour moins cher. Dès que le contrat sera signé, je te l'enverrai jeudi ou vendredi et tu le retourneras aussitôt, je ferai commencer les travaux. Nous pourrons alors emménager dans quatre ou cinq semaines.

La poésie de la fenêtre (sans voisins) fera mûrir de beaux poèmes, cela est certain. Sur notre quai il n'y a guère de circulation car il est directement sur l'île entre plusieurs ponts. Vers l'arrière nous avons, seulement séparée par quelques rues cahoteuses qui ne sont certes pas visibles à cause de vieilles maisons, vieilles mais basses (nos fenêtres arrière sont plus hautes) cette vue ravissante sur Notre-Dame et l'autre bras de la Seine.

La lettre à Clauzel est partie hier, sa réponse arrivera sans doute demain.

Il est arrivé une convocation du Juge de Paix "organisée" par l’Argus pour le 10 octobre. J'ai écrit une lettre recommandée déclarant que tu étais encore dans le Midi "en train de te soigner" et que je priais Monsieur le Juge de Paix de vouloir bien reporter la convocation à novembre. Encore une fois, tu en as fait de belles ! Etait-ce bien nécessaire ? Pourquoi ne pas payer tout de suite ? Vraiment et sans tergiversations ?

D'ailleurs dans ton classeur je n'ai trouvé qu’un reçu de 100 francs versée à l’Argus pour 1935. Ils ont sûrement raison. Et le dommage, c'est moi qui l'ai car je ne reçois plus aucune coupure pour Chaplin.

Tu compliques toujours les choses. D. trouve que dans l'affaire avec Clauzel tu ne t'es pas bien conduit non plus. Les lettres avec "Juif par-ci, juif par là ", tu n'aurais pas dû les écrire et qu’auparavant tu l’as aussi irrité inutilement. Par ailleurs : si un appartement aussi vieux revient à 7000 avec frais de chauffage, celui-là à 9000 n'était quand même pas exagérément cher. Des frais, on en a partout.

Dans l'appartement du Quai d'Anjou qui nous a échappé il fallait aussi installer chauffage et bain. Bien sûr, la situation y vaut de l'or.

Trois pièces dans une construction neuve coûtent 8500 m'a déclaré D. Et tout logement à ses avantages et ses inconvénients. Mais n'en parlons plus. Espérons qu'en revanche tu t'entendras d'autant mieux avec notre nouveau propriétaire qui est très cultivé

D. lui a dit " Vous aurez un homme charmant, un célèbre écrivain comme locataire ". Est-ce que le contrat doit être établi au nom de I. Lang ou I. Goll ou bien aux deux noms ?

Est-ce que le compteur à gaz de notre appartement nous appartient ? Peut-on l’emporter ? Là-bas non nous n'aurons pas non plus à payer l'eau et nous aurons un marchand de légumes dans la maison juste à côté.

Comment va ton petit doigt ? Le talon d'Achille ? Le poème des péchés? As-tu du soleil ? As-tu été à Recco nous excuser toi et moi et y a-t-il eu du grabuge ? Mieux vaut que non. La guerre qui a commencé avant hier semble devoir devenir bien sérieuse. Je t'envoie aujourd'hui l'Intran et Paris-Soir. Espérons qu'ils te parviendront.

Une prière : téléphone ou écrit à la (baronne) Mumm pour avoir l'adresse du café instantané et rapporte-m'en de Gênes et ne mange pas la commission, je serais très déçue.

 En outre l'adresse privée exacte de Lindner s'il te plaît, tu la trouveras en bas dans la localité dans l'annuaire téléphonique. Gamboro ou Gambari et quel numéro ?

 Aujourd'hui, nous sommes le 5. Mais nous n'allons qu'à Chartres et nous rentrons le soir.

 Jeannine m'a laissée tomber. Les clefs étaient en bas avec une lettre. Elle ne m'a même pas fait mon lit ! Mais j'en ai déjà une nouvelle, une amie de Victoire la jolie vendeuse de bronzes..

 Le livre "Le coeur est éveillé " m'a beaucoup déçue. Un amour littéraire de bas-bleu, à la manière de Rilke en beaucoup de phrases et un hymne à l'Allemagne, de sorte qu'on a les yeux pleins de croix gammées de tant de patriotisme . Je le rendrai à Lindner en même temps que le Jean d'Agrève et le Conrad .

 Et maintenant salut, j'espère que tu as eu un " god Jomtoff "[jour de fête : Yan Kippour]. Continue à être heureux sur cette douce colline. D'ailleurs les hommes ne te font rien. Tu n'entends que les voix des oiseaux, bienheureux paradis. Salue les Daniel. Je les remercie pour la façon aimable, douce, bonne et fraternelle dont ils m'ont gâtée, sans penser à eux, et le respect qu'ils m'ont témoigné.

 J'aurai besoin de quelque temps pour me remettre de tout cela, je vais encore mal mais cela ira mieux bientôt et tout de suite après mon indisposition, mardi ou mercredi j'irai chez Gerson.

  Bien des choses à toi

  très affectueusement

 ta Suzu

J'attends une réponse par express 8 heures. Vient d'arriver la lettre de la N R F. Je te félicite.

 

 

lettre d'Ivan Goll Sori à Claire 19, rue Raffet, Paris du 7.10.35 (Jour du Grand Pardon)  MST p. 174/175/176

 Sori, 7 octobre 1935

 Lundi matin

 Jour du grand pardon

Chère petite Suzu,

 Comme le début de ta lettre était pieux et sain ! c'est ainsi seulement que nous voulons éprouver le divin. Le temple de Gênes m'a guéri pour toujours de ces bigoteries collectives. Je ne veux plus m'agenouiller que sous des oliviers.

 Et c'est aujourd'hui, et non samedi, le jour du Grand Pardon .Que l'arrivée de ta lettre est étrange ! J'avais grand besoin d'elle, car j'ai déjà grand' faim ; je jeûne et 6 heures du soir est encore loin . Les David sont hors d'eux parce que je manquerai le repas de midi en revanche, ils achètent un poisson pour ce soir !

 Et maintenant, aux choses terrestres.

Je suis d'accord pour l'appartement du Quai aux Fleurs et je te laisse "carte blanche" pour tout .  Fais établir au contrat ou nom d'Ivan Lang-Goll Envoie-le moi. je le signerai aussitôt

 À vrai dire, l'idée de cette nouvelle demeure ne ne me réjouit pas encore beaucoup. Pourquoi ? Je me l'explique à peine . Il est difficile de se représenter cette nouvelle vie . Je me sens géné par la pensée que je ne présiderai pas à toute cette installation . Oui, je serai un étranger là-bas, malgré tout. Il n'est certainement pas bon que le propriétaire habite au-dessus de nous, étant donné les conditions d'existence très bizarres que nous avons maintenant. Mais cela ne fait rien. Je te le dis, à toi : pourquoi ne pas tout essayer ? Le monde est grand . L'homme est petit (David, compose justement cela sous ma chambre)

 Sais-tu aussi pourquoi je ne m'excite pas sur la question d'emménager à bref délai, à Paris ? parce que je suis de plus en plus préoccupé par l'idée d'une petite maison sur la côte ligurienne. Je cours en tous sens, tous les jours, et je sais que toute offre serait une affaire . Mais je n'ai pas encore trouvé juste ce qu'il faut . néanmoins, je dois trouver cela et le saisir à la volée.

 Comme je déplore que tu n'aies pas mis ici, un seul jour, à ma disposition ta volonté active et tes " antennes " Nous aurions trouvé . au lieu de cela, tu remettais sans cesse à plus tard la petite promenade à Recco . A présent, j'ai été là-bas, Zega m'a montré dix maisons

 Ravissant était le palais rose sur la colline, avec 4.000 m carrés d'oliviers, tout entouré du bruissement des pins. Il a été vendu, il y a 15 jours, à une dame qui ne l'a pas vu (elle n'était pas là ) pour 60.000 Je suis aussi triste que tu l'as été de perdre le Quai d'Anjou !

 Maintenant, je suis quotidiennement en route. J'ai aussi écrit à Nancy, au sujet de mon intention. Comprends-tu que je préférerais installer ici, pour ma vieillesse, un chauffage central !

 Le même jour, je suis monté chez les Weils, qui m'ont retenu à dîner. Ils ont parlé de toi avec enthousiasme. Je leur ai donné tes livres, qui les ont vraiment enchantés .

 Voici l'adresse des Lindner : 20, via Gambaro. Oui, renvoie-leur, s'il te plaît, rapidement, tous les livres . j'ai déjà téléphoné, pour remercier.

 Tu ne m'as pas raconté, en somme, si tu as déjà parlé aux Clauzel ? Et quelle solution a-t-on trouvé ?

  Puisqu tu prévois 4 ou 5 semaines de travaux Quai aux Fleurs, il est bien que je ne rentre pas plus tôt à Paris . pourvu que la situation politique ne nous joue pas un tour

 Inutile de t'énerver au sujet de l'Argus . Tu n'as pas non plus besoin d'écrire au Juge de Paix : j'écris tout de suite à l'Argus pour lui donner mon opinion : toi, téléphone seulement à l'étude de l'Avoué, de Lavarde, Anjou 30 - 87, que je m'occupe d'une conciliation avec l'Argus, que je serai à Paris à la fin de ce mois et que je paierai tout

 Merci pour la lettre NRF.

 Je pense à l'Instant Café

 Et aussi à ton anniversaire, pour lequel je me procurerai le spencer tyrolien.

 N'as-tu pas trouvé, peut-être, parmi les imprimés, la revue japonaise ? cela me ferait grand plaisir, si tu voulais bien me l'envoyer

Et tu as raison, envoie-moi régulièrement Paris-Soir, etc. ; cela peut être important.

.  Je porte vite cette lettre, avant 10 heures, à la poste. As-tu reçu ma lettre de samedi avec la recommandation de Gerson ? Vas bientôt là-bas.

 Recommence à bien manger

 Aujourd'hui, je continue à bien jeûner .

 Ton

 Ivan

 

 

lettre d'Audiberti à Claire du 7 octobre 1935

 

 Chère Claire,

 

J'ai été très secoué par une histoire idiote : une douleur dans la jambe, un peu au-dessus de la cheville. Enflure, petites nodosités sous la peau, douleur intolérable. Le médecin a parlé de synovite, inflammation des gaines sérieuses des tendons. Pas très grave, mais très gênant, surtout que je ne dors pas et que je m'énerve beaucoup. On me fait des piqûres de novocaïne dans le tendon pour diminuer la douleur et me permettre de marcher un peu. Aujourd'hui, j'y suis parvenu un peu, et à peu près sans souffrir. Je suis venu au PP. Où vous pourrez m'écrire, si vous le désirez ce qui me fera grand plaisir. J'ai bien reçu votre pneu et je vous en remercie vivement. Quand nous verrons-nous ? Mercredi ? Jeudi ? Si vous pouviez venir du côté du PP., au Nègre, par exemple, j'en serais bien heureux, car je dois, autant que possible, éviter de circuler trop. Bien entendu, s'il ne vous est pas possible de sortir, ou que ces dates vous semblent trop rapprochées, je ne vous en voudrais pas. Mes amitiés à Ivan Goll et croyez que je suis, très affectueusement, votre ami, votre poète.

 

SDdV Aa35 (177) - 510.299 III

 

lettre d'Audiberti à Claire du 9 octobre 1935 [mercredi]

 Ma bien chère amie,

 

Je suis très heureux, très heureux de vous voir dimanche. Il faut que vous sachiez tout de suite comment les choses se présentent. En fait, il m'arrive d'avoir à moi quelques heures l'après-midi, mais entrecoupées de téléphonages. En principe, j'appartiens au Petit Parisien et il m'est impossible de savoir si je passerai le dimanche au journal, ou, librement à l'extérieur ou à l'extérieur mais en enquête. Il m'est donc difficile, amèrement difficile, de vous promettre qu'il me sera possible de circuler tranquillement dimanche après-midi, tandis que je serais très sûr (dans la mesure où une créature humaine peut être sûre de quoi que ce soit) de pouvoir dîner dimanche soir et passer la soirée ensuite avec vous. Je n'ose, naturellement, pas vous proposer que vous vous rendiez, à tout hasard, vers cinq heures, en quelque Nègre. Si, par extraordinaire, vous deviez vous y trouver, de toute façon, je serais ravi de courir l'exquise chance de vous y retrouver l'après-midi ; dans un bistro des environs du PP., Nègre ou non, j'aurais, d'ailleurs, beaucoup de chance de pouvoir vous rejoindre à cette heure, assez creuse. Mais je ne voudrais pas vous imposer une attente, ou un déplacement, qui vous déplût? Donc, belle amie, veuillez me dire :

1° S'il vous est possible de me consacrer dîner et après-dîner, en sacrifiant l'après-midi

2° si votre flânerie dominicale vous conduit, l'après-midi, en quelque lieu que je puisse, à l'occasion, atteindre facilement, sans que vous dussiez m'en vouloir si les nécessités professionnelles alias "l'abondance des matières", m'en tiennent éloigné

3° En quel endroit vous désirez que, vers sept heures ½, nous nous rencontrions ?

 

 Je baise votre main et je prie le ciel que le monde, dimanche, existe encore

 Audiberti

 

 

SDdV Aa36 (181) - 510.299 III

 

lettre de Claire à Paris  à Ivan Goll à Sori 9 octobre 35 MST p. 176/177

Tu ne m'as pas envoyé l'article pour Cognat.

Je ne peux donc pas y aller.

 Paris , 1935

 19, rue Raffet

 mercredi matin

Chéri,

 Merci pour ta lettre. On l'a apportée 2 fois dans l'après-midi, comme je n'étais pas là, on l'a remportée. Quand je suis rentrée, à huit heures, j'ai trouvé l'avis dans la boîte, comme quoi je devais aller chercher cette lettre au bureau de poste, le lendemain matin. Soudain, à 8 h et quart, en sonne : c'est ce touchant Bureau 53 qui m'apporte encore une fois ta lettre. Ainsi donc, j'étais en ta compagnie, hier soir. Si tu m'envoies encore une lettre express, adresse-la, je te prie à Claire Lang pour que je n'aie pas de difficultés à La Poste au sujet du passeport. Les Clauzel n'ouvrent pas, et tout reste sur le palier.

 Donc, ils n'ont pas répondu à une troisième lettre très énergique de D S. Nous avons été hier chez maître Martin, l'Avoué de D. S., lequel nous a dit qu'on ne peut pas forcer un propriétaire d'immeuble à reconnaître que son loyer est trop élevé. Mais étant donné que nous n'avons qu'un contrat moral, tu n'as qu'à provisoirement faire le mort en ce qui concerne l'argent et le laisser aller jusqu'à la sommation (mise en congé) dont il m'a menacé. La première partie de la lettre est de Martin j'ai ajouté la deuxième, je la soumettrai à D; aujourd'hui à midi, et lui demanderai si lui ou moi doit l'expédier et si c'est sous cette forme (joint : une copie).

 Le Journal japonais n'est pas encore arrivé, malheureusement. Mais j'attends tous les imprimés, en retour de Challes, aujourd'hui ou demain.

 Notre terrasse serait maintenant très dépréciée, car la nouvelle maison de D. aurait vue sur elle, de toutes ses fenêtres. Même de mon lit, on voit une haute muraille.

 L'affaire avec l'Argus est très ennuyeuse. Car Thomas m'a dit qu'il a vu plusieurs grandes critiques, entre autre une colonne et demie de Daudet, dans Candide.

 Ta prise de position, au sujet d'un nouvel appartement, me paraît un peu étrange. C'est pourtant important pour toi aussi d'avoir un pied-à-terre à Paris, même en faisant abstraction de moi. En outre, maître Martin est d'avis que tu ne devrais plus en aucun cas te montrer rue Raffet cela ne pourrait que provoquer un malheur. Tu devras donc habiter tout de suite une chambre, 21, quai aux Fleurs, même pendant les travaux qu'on fera là-bas le propriétaire de la maison est un homme distingué qui ne s'occupera pas de nous . Avec 6 étages, il aurait trop à faire.

 Reproche au sujet de la petite maison italienne sont injustes. Tu étais là un mois avant moi, tu n'avais qu'à chercher - trouver ! Naturellement, pas un immeuble de rapport à deux étages sur les routes de 100 à mardi à Rita déclaration car nous ne voulons pas nous tromper nous-mêmes, nous ne voulons pas faire des affaires de sous-location d'appartement, mais avoir un nature, les arbres, amer en ce aussi petite que la ouvrit " Casina" ou encore plus modestes. Reste simplement à Sori jusqu'à ce que tu aies trouvé puisque, tu ne tiens pas à Paris.

 As-tu maintenant du soleil ? Comment va ton petit doigt ? Et le Tscheljuskin ? Moi, je vais remarquablement bien, physiquement. L'intestin fonctionne normalement. Pour combien de temps ? Mais je suis reconnaissante. Je ne souffre plus, enfin D. pense que cela venait de la nourriture et du vin, lui-même ne peut pas supporter le vin italien..

 Je pense tendrement à toi et avec amour.

 Suzu

 

 

lettre d'Ivan Goll Sori à Claire 19, rue Raffet, Paris du 9.10.35  MST p. 177/178

 

Sori, 9 octobre 35

Ma chère Zouzou,

 Merci de ta carte. Elle est si optimiste que je me sens le cœur plus léger. Tous ces jours-ci, le temps était si gris, si pluvieux, et les soucis m’ennuyaient jour et nuit.

 En ce qui concerne le Quai aux Fleurs, j’attends la suite de tes nouvelles. Dans les circonstances actuelles, je ne vois en tout ceci que du provisoire, et je me demande s’il est bon de fourrer tant de choses dans ce nouvel appartement Mais je m’en remets entièrement à toi . Et aussi : est-ce que tout va te convenir, en particulier les bruits, et l’air (n’est-il pas humide au bord de la Seine) etc.

 A la nouvelle que tu devais payer aussi la note d’électricité, je me suis mis aussitôt à ma table et j’ai tapé, aussi bien que je l’ai pu l’article pour Le Monde Illustré. Il est composé d’un mélange de réminiscences et de fraude. Porte-le tout de suite à Cognat et fais-toi remettre les 200 Frs. Tu expliqueras que ce n’est pas de ma faute et ce texte n’est pas tel qu’il était ; ce n’est pas de ma faute s’ils ont égaré le manuscrit primitif Car il doit sûrement leur être parvenu. A ce moment-là, Cognat * était en vacances. Les photos, à elles seules, valent plus de 200 Frs. – 4 photos à 50 Frs. Vu me paye 125 Frs. pièce d’autres photos.

 Merci aussi pour les journaux – mais pourquoi tant dépenser pour cela ? Si tu me les envoies sous bande, cela ne coûtera que 10 ou 30 cts.

 Ci-inclus aussi, copie de la lettre de l’Argus. Je ne lui dois que 100 Frs. comme tu pourras le voir. Tu as, entre temps, téléphoné ?

 A part ça, rien de neuf.

 Je travaille farouchement.

 Et suis souvent près de toi,

 I.

* Raymond Cognat, Rédacteur en Chef du Monde Illustré

 

lettre de Claire à Paris  à Ivan Goll à Sori 11 octobre 35 MST p. 178/179/180

  

 19, rue Raffet, Paris , XVI

 vendredi  1935

 

Chéri,

 Merci pour ta longue et belle lettre. j'espère que tu as beaucoup de soleil, que tu vas bien et que tu es en harmonie avec toi-même, avec les pins et les oliviers (et avec moi) et que tu es sur les traces d'une maisonnette . Naturellement, je rendrai à Lindner ses livres, y compris Jean d'Agrève et Crime en Province, comme je le lui ai promis.

À sa Lore j'ai envoyé un collier de bulles de savon

Clauzel a enfin répondu à D. mais il n'insiste que sur le mot "départ ".. Il dit qu'il est volontiers prêt à résilier le bail. Ma lettre, dont je t'ai expédié une copie, lui sera envoyée bientôt, mais il faut encore que l'avocat la relise et l'approuve. Ci-joint les deux nouveaux contrats pour le nouvel appartement ; il faut que tu me les renvoies, signés (sous pli recommandé à Claire Lang). Ne prends pas ombrage des formules démodées du contrat, c'est ainsi qu'elles sont dans le Code Civil et Monsieur Migeon, qui a hérité sa maison de ses grands-parents, imite encore les usages de ses ancêtres, car sa maison existe depuis 1860 et est aussi vétuste que ses locataires. Nous sommes les premiers à y introduire une radio, à ce qu'il m'a dit. Cela te permettra d'évaluer quelles sortes de fossiles sont là, en train de regarder paisiblement, de leur fenêtre, couler la Seine. Quoi qu'il en soit : c'est tranquille à l'intérieur, moins à l'extérieur. Mais sur tous les quais, c'est la même chose. Ce n'est pas mieux chez Lise, et pourtant, tu voulais l'ile Saint-Louis.

 Cependant, pour que nous soyons plus libres et pour que, selon les circonstances, nous puissions quitter à nouveau cet appartement sans nul regret, et plus facilement, j'ai décidé - après quelques réflexions - de ne pas installer de chauffage : rien qu'un radiateur à gaz dans chaque pièce ; la compagnie du gaz les louent et les installent à très peu de frais. De la sorte, il ne nous reste à faire que l'installation de la salle de bains, dans la 4e pièce, qui est sombre, et que notre propriétaire, dans le contrat, appelle sans vergogne une 4e chambre ; avec la lumière électrique, on pourra l'utiliser à cela.

 Nous emploierons mes appareils sanitaires, qui seront arrachés de notre salle de bains actuelle, et cela ne coûtera pas cher. Si tu pouvais, avant d'aller chez tes parents, venir rapidement ici pour voir l'appartement, j'aimerais réellement mieux ça que d'en prendre toute la responsabilité. Il faudrait alors que ce soit dans les prochains jours, car Monsieur Migeon a déjà prié de lui verser ses premiers 1.200 francs le 15 octobre J'ai dit : " mon mari est en Italie... " . lui : " Ah ! vous avez sûrement ici une aussi petite somme". S'il savait que j'ai encore 145 francs dans mon sac, car j'en ai versé, à l'instant, 48 à ma femme de ménage... Ci-joint, de plus, deux lettres de banques. Qu'advient-il à présent des 12.000 prélevés par l'Angleterre ? Ainsi donc, viens, si cela peut se faire. Sinon, renvoie les contrats. Car enfin, cet appartement est ridiculement bon marché, de l'avis de D.. Sa situation est ravissante, et il est pratique et vaste. Et contre le bruit du quai, on se fera poser, comme Lise, des doubles fenêtres !

 Tous mes voeux pour toi !

 En grande tendresse

 Ta Suzu

 

Je vais tout à fait bien. L'intestin fonctionne brillamment de. Ne te fais donc pas le moindre souci. C'est seulement la nourriture des David, à-bas qui m'a nui.

 

PS J'ai encore une fois tout à l'heure reparlé à D. Il veut aller voir encore Monsieur Migeon pour lui faire rogner un demi-terme, c'est-à-dire que nous n'aurions à payer le loyer qu'à partir du 15 novembre, donc 600 francs seulement pour 1935, étant donné que les travaux dureront bien six semaines. À moins que tu veuilles aménager avant le 15, car, au cas contraire, tu devras attendre à Nancy . Ecris donc par retour : viens-tu de suite, et en passant, regarder l'appartement ? Quand emménageons-nous ? Dès le 15 novembre ? Il faudra alors que je porte des contrats à cet homme, pour qu'il y ajoute une phrase concernant le demi-terme, c'est ce que m'a dit D. Il est inutile de les envoyer avant cette modification.

 

lettre d'Ivan Goll Sori à Claire 19, rue Raffet, Paris du 11.10.35  MST p. 180/181

 Sori, 11 oct. 35

Ma chère Sou

 Merci pour ta gentille lettre et pour tout : Paris-Soir, le Japon, etc..

Avant hier, j'ai déjà répondu d'avance à tes demandes concernant Cogniat et l'Argus.

Tout à fait excellent, le brouillon à Clauzel. En retour, ci-joint. Il faut que cette lettre soit en sa possession avant le 15 ! je trouve absolument génial la situation extraite de sa propre lettre du 28 mars.

 Et déjà je m'apprivoise avec l'idée du Quai aux Fleurs.

 Ici, il n'y a toujours pas de soleil - mais du travail et une paix agréable . Tous les jours, je cherche Tusculum dans à la région. Difficile à trouver. Tu as raison, naturellement : seulement petit, rien que des oliviers et la mer. On m'offre, de bien des côtés, du terrain, par exemple près de la propriété du Comte C.. Construire une maison reviendrait à 20.000. Mais...

 Et tout serait encore beau ici pour le moment, si je n'avais pas trouvé par hasard cette coupure sur Marie Bashkirtcheff ! Quelle peur ! Probablement l'autrichienne. Je suis malade de désespoir. Que dois-je faire ? Peux-tu obtenir des renseignements ? Téléphone à Bruckner. Son adresse provisoire, en été, était chez Jenny Holt, cette petite actrice, tu sais, dont il était aussi question pour MB. Galvani 78-18, 1, rue Catulle Mendès. Là, tu en apprendras plus long. Oh ! Aide- moi !

 Mon doigt a été guéri au bout de deux jours.

 Je t'enverrai prochainement deux paragraphes achevés de Tascheljuskin.

 Combien je suis heureux que maintenant, tu te portes bien.

 Très tendrement ton

 Ivan

Va aussi chez Alice Cocéa. Une bonne occasion pour la connaître dans son intérieur, rue Nungesser et Coli. Tu trouveras la maison. Elle est là, tous les soirs, vers 6 heures, même le dimanche. Demande-lui d'abord ce qu'elle pense de M.B. ; au cas où sa réponse serait négative, raconte-lui les histoires Pitoëff - propose lui d'entrer en concurrence avec elle. Elle a le manuscrit.

 

 

lettre d'Ivan Goll Sori à Claire 19, rue Raffet, Paris du 12.10.35 ***  MST p. 181/182

Sori, 12 oct. 35

cinq heures du matin

 

Chère petite Zou,

Je suis de nouveau, indiciblement triste, depuis que le monde extérieur, sous la forme d'une petite coupure de presse, a fait irruption dans mon paisible tête à tête avec la nature!

Ma destinée toute entière m'est apparue clairement : rien ne me réussira, rien ne doit me réussir !

N'ai-je pas de talent ? n'ai-je pas de zèle ! n'ai-je pas de patience ? Peut-être beaucoup plus que d'autres. Et cependant, rien ne me réussira !

Marie Bashkirtcheff en est le meilleur exemple, le dernier peut-être, car maintenant, je jette le manche après la cognée.

 Tout un hiver, avoir étudié le sujet, tout un printemps avoir écrit la pièce, tout un été, avoir cherché un théâtre et une actrice ! ceux qui ont lu la pièce en ont fait l'éloge. En vain ! en vain ! le jour même où la pièce était terminée et où je voulais la donner à Bruckner, j'apprends qu'un autre auteur a choisi le même sujet et l'a déjà fait représenter à Vienne !

C'est ainsi qu'on devient un raté !

J'avais pensé à Cocéa , à Marie Bell , à Boggaert, à Ozeray - pas à Ludmilla, que j'avais sous la main - et le destin m'a joué son tour.

C'en est trop ! comment aurais-je à présent le courage d'entreprendre un travail de quelque importance ?

Un raté, un déchu, un oublié !

Sori, ensevelis-moi sous tes oliviers !

Ma place n'est pas en ce monde.

Et où est-elle, la maisonnette aux murs délabrés, hantée de lézards, qui me cachera définitivement à tous ? Aucun travail ne me la procurera. La Bashkirtcheff devait me la fournir...

Pleure avec ton

 Ivan

 

Sori, 12 oct.

10 heures du matin

 

Le désespoir dure.

 Je ne supporte plus de rester à Sori.

Les David ne sont certes pas les gens qui peuvent consoler quelqu'un. Je ne le leur dirai pas du tout. Croirais-tu que ce pédant [David] travaille actuellement au "Tscheljuskin" ? Il copie d'abord proprement mon autre texte…Cela l'occupe jour et nuit ; C'est ainsi qu'il m'a composé deux chansons, "Berceuse pour Karina" et une autre. Mais ce n'est que du bricolage. Tu sais comment il travaille. Il faudra des semaines, des mois. Et ils partent le 29. Mais Tscheljuskin n'est pas là. Et qu'arrivera-t-il ensuite, à Moscou ?

Encore un été perdu, un automne...

Le Tscheljuskin est-il mauvais ? Le talent a-t-il manqué, ou le travail ? ou la patience ?

Le destin ne me fait pas la faveur d'un seul succès !

Il me faudrait si peu pour être heureux.

Jamais je ne parviendrai à avoir une petite maison !

Hier, j’ai vu quelque chose de splendide ! à Mulinetti, en face de Becco, sur une hauteur qui domine tout le golfe, un palais, 2.000 m² de terrain, la maison magnifiquement conservée, des murs épais d'un mètre. Au rez-de-chaussée, une salle gigantesque et une autre au premier étage, au deuxième quatre petites chambres, les escaliers en marbre, une citerne de grande dimension ; propriétaire : un avocat gênois, ex préfet, 70.000 lires. C'est donné. À Maisons-Laffitte, cela coûterait 800.000 francs. Qui sait s'il n'y aura pas, un jour, une grande hausse sur cette côte ? 300 arbres fruitiers : citronniers, orangers, pêchers, etc.

Et si, de plus, la lire baisse ? Incroyable de bon marché !

À Sori, un terrain seul coûte 35 lires le mètre carré ; cela fait 70.000 lires pour 2.000 m². Juste celui qui est derrière le Conté, là où il y avait un écriteau.

Du coup, j'en oublie presque ma souffrance.

Dieu, je serais si facile à contenter ! avec un palais !

Ivan

 

Crois-tu que l'on peut encore sauver quelque chose pour Marie Bashkirtcheff ? Il le faut ! Ô tourment  Je ne supporte plus d'être ici Je voudrais rentrer à la maison la semaine prochaine, par exemple le jeudi 17. Quelle maison ? Sais-tu où je pourrais loger à Paris ? Écris-moi vite ce que tu en penses.

 

En Octobre 1935, David et son épouse partent pour l’Union Soviétique. Li David-Nolden est engagée au Théâtre National à Engels, Hans David devient directeur de la chorale allemande de la Volga.

 

lettre de Claire à Paris  à Ivan Goll à Sori 13 octobre 35 MST p. 183/184

19, rue Raffet, Paris XVIème

Dimanche 

Cher petit Yvan,

 Je suis très attristée par la nouvelle que la Pitoëff veut jouer la Bashkirtcheff. La malchance, cette fois, est réellement bouleversante, mais vois, mon pauvre petit garçon, il se peut que la pièce viennoise déplaise, et alors tu pourrais encore arriver avec la tienne, à moins que tu ne te hâtes et paraisses le premier : car la Pitoëff semble, en effet, mettre cette pièce à son programme, mais ne pas avoir l'intention de la jouer en premier lieu. En tout cas, je ne puis faire grand-chose à cela . Même si je vais voir Alice Cocéa elle te connaît bien. Éventuellement, elle me jettera dehors parce que je suis une femme. Avec beaucoup de grâce, sans doute, si tout va bien. Non, il faut ici que tu voies toi-même ce qu'on peut faire d'autant plus que je crois ta présence utile pour l'appartement. J'hésite de plus en plus à louer celui du Quai aux Fleurs . Il y a beaucoup de bruit par devant, même pour toi ! on est obligé de fermer les fenêtres pour pouvoir causer, à ce que m'a dit imprudemment le propriétaire lui-même, ces jours-ci . En hiver, la Seine donne des brouillards. Sans doute, j'ai du soleil par derrière, mais tu vas recommencer à geler. Il y a aussi que l'installation du gaz est payante, contrairement à ma supposition, et le chauffage au gaz coûte cher. D'autre part, installer le chauffage central et les bains dans cette maison vétuste, peut-être pour peu de temps, cela profiterait ensuite, encore une fois, au propriétaire Bref : j'hésite et je crois devoir attendre que tu décides (après avoir visité). Certes, il faudrait alors que tu viennes vite et, en conséquence, prendre quelque temps une chambre d'hôtel quelque part, tandis que je resterais rue Raffet, et j'incline de plus en plus à trouver que ce dernier appartement n'est pas trop cher car lorsqu'il faut payer 7000 plus le chauffage pour trois vieilles chambres, plus le déménagement, Dieu sait combien, l'installation électrique, le tapissier : de nouveaux papiers muraux, car là-bas il n'existe rien, des rideaux, des placards, l'impôt qui est de 5000, te non de 2000, etc. .On peut dire que 9000 pour la rue Raffet, ce n'était guère excessif. Si seulement, on pouvait s'entendre avec Clauzel ! lundi, je lui enverrai la lettre contresignée par l'avoué.

 À présent, on trouve beaucoup de grands appartements, mais rarement de petits.

Je ne sais pas si Cogniat me donnera les 200 francs vendredi matin (son jour de réception). Le mieux est que tu m'envoies un peu d'argent. Ici, il fait très froid. As-tu du soleil ? Travailles-tu ? Dans la Italia Letteraria a paru un grand article sur Chaplin et ma "célébrité internationale ". Et dans le dernier numéro, un superbe article de Carossa sur Rilke

 Gemma Luini, - tu te rappelles cette admiratrice de moi ? - veut écrire un livre sur moi. J'en suis presque honteuse. Devant de telles manifestations d'admiration, on se sent toujours si minuscule.

 Je continue à ne porter très bien corporellement et je deviens très gâtée. Aussi, sois sans aucun souci en ce qui me concerne. Espérons que ton âme est intérieurement aussi rose que la Casina l'est extérieurement.

 En grande tendresse

 Ta Zouzou

 

 

lettre d'Ivan Goll Sori à Claire 19, rue Raffet, Paris du 13.10.35  MST p. 185

Sori, le 13 octobre 1935

Dimanche matin

Petit Zou,

À l'instant même, la lettre express. Elle me ramène à des pensées plus salubres . Vite la réponse :

 Demi- terme ou pas du tout.

 Voici ce qui plaide en faveur du demi-terme :

 1) Si je viens aussi à Paris, je peux habiter dans un hôtel quelconque. Je connais aussi un sculpteur à Boulogne, tous près, qui loue 1 ou 2 chambres charmantes.

 2) J'arriverai probablement à la fin de la semaine, en particulier à cause de Marie Bashkirtcheff. Je dois aussi aller à Nancy. Impossible de préciser déjà le jour de mon arrivée, vu que je n'ai pas 1 centime, et que Daniel, avant-hier seulement, m'a demandé 500 lires.

 3) Peut-être, tout de même, un chauffage à l'eau chaude ? Alors, cela durera longtemps.

 a) Combien coûte l'installation ? 2 500 ?

 b) Je crains, en effet, que le chauffage au gaz soit follement coûteux ! Tes poêles, le bain, la cuisine, 500 francs par mois, sûrement ! Par contre, le chauffage à l'eau chaude pourrait servir en même temps le bain et la cuisine. Comment ? Jadis, Hellessen avait à payer 500 francs de gaz. Non : le chauffage au gaz est impossible.

 Et tu ne pourrais pas te décider pour un petit poêle à combustion continue, à l'anthracite ? 

  Mais peut-être pourra-t-on reculer jusqu'à la fin de la semaine toutes ces signatures de contrats ? Dis pourtant à Migeon que je lui verserai volontiers de suite les 500 francs. Quel chiffre agréable !

 Je vais m'arranger pour arriver dans la matinée, et t'enverrai alors un pneu, pour que nous nous rencontrions.

 Je ne comprends pas ta question au sujet de la banque de Londres : les 12.000 francs = 180 livres y sont placés. Il faut les laisser dormir.

 Aujourd'hui je suis plus gai.

 Je voudrais envoyer cette lettre en express mais aucun courrier ne part avant demain matin. Je vais la porter au chemin de fer et la donnerai à un voyageur allant à Gênes. Espérons que ça ira.

 Comme c'est magnifique que tu sois si bien portante ! Magnifique.

 Et beaucoup de remerciements pour ton amour.

 Ton

 Ivan

À l'instant, deux exemplaires Paris-Soir Mais, 1,50 c'est trop cher. Les David les rapportent toujours à présent de Rapallo, où leurs parents séjournent.

 Merci encore

 

 

Carte de Claire à Paris  à Ivan Goll à Sori 13 octobre 35 MST p. 186

 Dimanche 13

 

Chéri,

 Encore une fois, j'ai passé l'après-midi à parcourir l'île Saint-Louis. Rien que des appartements a 10, 12 ou 15.000. Finalement, je suis passée, sans être vue par la concierge, dans la maison du Quai d'Anjou, dont l'appartement nous a échappé. Les gens déménagent après-demain et ils m'ont fait visiter : deux pièces et demie, tout y est ravissant et remis à neuf par ces gens. Douche, waters, lavabo, délicieux.

J'avais le coeur très lourd. Pourquoi, à ce moment, ne m'as-tu pas laissé partir ? Mais ils m'ont dit qu'à cause des déchargements sur les quais, il y a plus de bruit sur le quai d'Anjou que sur le Quai aux Fleurs. Là-dessus, j'ai été tourner plusieurs fois autour de notre future demeure. Elle est joliment située et très appréciable, si seulement elle avait le chauffage et une salle de bains. Il faut que tu viennes vite : éventuellement, un aller retour, en troisième classe.

 Momentanément je suis au Napolitain avec Jacques Audiberti. Il me conseille l'appartement, mais seulement si nous y faisons mettre le chauffage ; car le gaz est trop malsain et trop coûteux, et sans chauffage, l’appartement est invivable

 Tendrement tienne

 

 Zouzou

 

Lettre d'Ivan Goll Sori à Claire 19, rue Raffet, Paris du 15.10.35  MST p. 186/187/188

 Sori, 15 octobre, 35

 Mardi matin

Ma chère Zou

 Ta carte et ta lettre de dimanche arrivent à l'instant, aussi vite que des express. Leur contenu coïncide tout à fait avec celui de ma lettre de dimanche, que tu as reçue tout aussi rapidement, je l'espère ? Je m'inquiète un peu, car je l'ai donnée à un inconnu, à la gare, à dix heures, pour qu'il l'emporte à Gênes, et celui-ci a fait un salut très fasciste. Il inspirait la confiance.

 Dans cette lettre, je répondais à presque toutes tes questions : nous sommes d'accord pour trouver qu'il ne peut être question de chauffage au gaz je comprends aussi ta peur du changement de logis et surtout ta crainte de l'inconnu. Je redoute également pour toi les froides brumes nocturnes de la Seine. Et si réellement cela nous donne tant de peine d'installer et d'organiser quelque chose dont on est persuadé que ce n'est pas "pour la vie", il y a de quoi s'inquiéter. Je le comprends bien.

 Attends donc jusqu'à mon retour. Je ne puis encore préciser exactement le jour : je voudrais partir à la fin de la semaine, si l'argent arrive à temps. Dimanche, je ne peux pas partir, car, - étant donné que le train quitte Gênes vers 4 ou 5 heures, je voudrais consacrer la journée (de 10 heures à 4 heures) à faire là-bas des achats (Instant-Café, etc. et billets de chemin de fer). Je ne pourrai donc partir que lundi, mais c'est le dernier délai ; je serais mardi matin à Paris. Je t'attendrais pas exempt à 10 heures, au Café-Tabac de la place du Trocadéro.

 Ces deux jours y compris le dimanche n'ont plus beaucoup d'importance. J'avais fait un grand pas : j'ai commandé à Rapallo, sur les conseils de David, un costume authentiquement anglais,dans une étoffe qui durera dix ans, tailleur de première classe, 350 lires, le même qui à Paris me coûterait 1000 . Le tailleur est un maître, un personnage d'Opéra ; quand je pense à la saleté que j'ai eue à Paris pour le même prix sur les Boulevards, et que je vais revendre, je l'aurai jeudi.

 Mon énervement à propos de Marie Bashk s'est quelque peu apaisé. Mais ce malheur a aussi éteint mon enthousiasme pour une maison. Oui, avec les droits d'auteur sur la pièce on aurait pu faire tout cela ! Hélas !

 Peut-être peux-tu encore d'ici mon retour regarder autour de toi, à Neuilly, ne serait-ce que par curiosité. Fais un petit tour à droite et à gauche près,de la Seine, en arrivant à gauche du Boulevard de Neuilly, on a construit là de magnifiques maisons neuves .

 Rends donc une fois visite à Ophuls, Maillot 56-59, 10 rue Ernest Deloison, Neuilly . Ce qui ne veut pas dire que nous abandonnons complètement l'idée du Quai aux Fleurs . Mais, ne pas se fixer à tout prix.

 À oui, s'il y avait une entente sur la rue Raffet, est-ce que tu préférerais cela ? de toute façon tu n'es pas à la rue . Nous avons trois mois. N'est-ce pas ?

 Que Gémina Luini ait envie d'écrire 1 livre sur toi, je trouve cela splendide et plus que largement mérité...

Tu devras absolument l'y encourager. Grandiose !

Je te conseille aussi aller à la N R F : de là, tu pourras consulter sans frais toutes les coupures de presse sur le livre-Chaplin.

 Et ensuite, tu achètes les plus intéressants des journaux en question.

 As-tu reçu la lettre de Guttmann ? (*)

 Sotte, tu pourrais aussi bien aller lundi ou mardi chez Cogniat. ! préviens-le par téléphone : ELY 93-64. Le jeudi seulement, il est à l'imprimerie.

 Va tranquillement voir Cocéa. De ce côté, il n'y a plus grand-chose à perdre, de toute manière. Je ne crois pas qu'elle jouera cette pièce sinon, j'irai la voir avec toi, mardi après-midi. Cela t'intéressera et nous n'y retourneront tout de même jamais plus

 La traduction avance convenablement. Presque page 300. Le plus difficile est fait.

Ici aussi, il continue à pleuvoir. Plus question de la mer ni du soleil. Mais les pentes sont toutes vertes, pleines de nouvelles fleurs. Vraiment, un second printemps ! Pour cette terre-ci, l'été était pays béni !

 La minestra a toujours bon goût. Et cela d'autant plus que je te sais momentanément bien portante.

 Je te prends dans mes bras

  Ivan

(*) Bernard Guttmann, écrivain et journaliste. Correspondant du Frankfurter Allgemeinen Zeitung à Londres, Berlin et Paris

 

 

Ivan rentre à Paris le 22 octobre.

de novembre 1935 au 1er janvier 1936, il habitera dans la maison d'un ami sculpteur tout près de Paris (Boulogne)

 

Claire habite 19, rue Raffet puis 19, rue Copernic

 

lettre d'Audiberti à Claire du 2 novembre 1935

 

 Liebessima Claire !

 

on me dit que vous êtes malade. Etes-vous malade - malade ou seulement malade ?

Je veux dire, est-ce grave, inquiétant, ou seulement - et fâcheusement, bien sûr - une manifestation de votre coutumière fragilité ? Un mot pour me rassurer, je vous prie. J'étais étonné de ne plus recevoir de vous quelque bleue petite lettre si chaude au cœur.

 Donnez-moi de vos bonnes nouvelles, bien chère amie,

 et sachez que je pense à vous

 Audiberti

 

SDdV Aa38 (187) - 510.299 III

 

lettre d'Audiberti à Claire du 12 novembre 1935 [mardi]

 

 Chère amie,

 

bien que vous soyez, à mon égard - non, je ne veux pas dire ce que vous êtes - je vous écrit deux mots, pour vous dire que j'ai très mal dormi, moi chanteur de la solitude. Rendez-moi deux services (vous allez dire non, n'est-ce pas ? C'est mon habitude d'entendre qu'on me dite non). Indiquez-moi, si vous le pouvez, le dispositif de double vitre dont vous m'avez parlé, et puis, ne montrez pas cette lettre (je veux dire, celle que j'ai la faiblesse de vous remettre)

 Je ne baise pas vos mains.

 Je ne vous dis rien d'agréable

 

 J

SDdV Aa39 (190) - 510.299 III

 

 1936

 

1er janvier : Yvan et Claire louent un logement 37, Quai d'Anjou

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 2 janvier 1936 ImsL p.387/388

 

 Iwan

à traduire

* Ma mère part ce soir

 

Paula Ludwig Ehrwald à Ivan à Paris lettre du 2 janvier 1936 IsmL p.388 à 391

à traduire

 

carte d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 3 janvier 1936 ImsL p.391

 

 Ton Iwan

à traduire

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 17 janvier 1936 ImsL p.392/393

 

 Ton Iwan

à traduire

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 23 janvier 1936 ImsL p.393

 

 Paris, Jeudi [23.1.1936]

 Ton Iwan

à traduire

 

carte d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 29 janvier 1936 ImsL p.394

 Paris, mercredi

 Ton I.

à traduire

 

lettre d'Audiberti à Yvan Goll du 30 janvier 1936 [jeudi]

 

 Cher Ivan Goll,

Je vous parlerai de ce que vous me dîtes dans votre si belle, si juste lettre, quand bientôt, j'irai vous voir, berger d'hexagones, ami de la Seine. Je suis bien fatigué par la bronchite, bien fatigué par un déménageur (" Nous, c'est moralement que nous déménageons…") Certes, la révolution n'est pas finie. Elle commence (Quand je parlais de réaction, je parlais d'un certain formalisme substitué à un certain manque de formalisme, mais nous reparlerons de ces choses)

 J'ai bien reçu les épreuves. Je vous annonce tout de suite qu'il y a, sans compter la dernière, dont vous me dites qu'elle est à la composition, encore deux ou trois strophes à rajouter. Je vous les enverrai insérées à leur place exacte dans le poème.

 (Vous pensiez bien, n'est-ce pas ? qu'il était loin d'être fini)

 Bien cordialement l'amen, cher oiseleur de fumées qui savent où elles vont, o l'auteur de Thanatos en pleine course, que j'aime tant

 Audiberti

 

SDdV Aa40 (194) - 510.299 III

 

lettre d'Audiberti à Yvan Goll du 1er février 1936 [samedi]

 

 Cher Ivan Goll,

et voici la catastrophe. Ecoutez, je ne pouvais laisser le poème tel quel…

 Ce n'était rien, rien qu'un thème, un tremplin. Il part, maintenant, il est parti. Il se compose donc de 15 strophes que voici, plus celle que vous avez entre les mains (ou dans un tiroir ou dans un vieux soulier). Je me rends bien compte que c'est tout un nouveau travail pour l'imprimeur, et un retard pour la revue. Mais je ne pouvais pas faire autrement. Je suis bien certain, d'ailleurs, que vous aimerez beaucoup plus cette présente version.

 Je serais très content d'avoir de nouvelles épreuves, non pour les chambouler encore, mais dans l'intérêt de Jeune Europe, de la poésie et du mien.

 Je vous serre très cordialement la main, Ivan Goll, et vous prie de m'excuser mille fois

 

SDdV Aa41 (194) - 510.299 III

 

Les Nouvelles littéraires n° 694, 1er Février 1936. Direct. Maurice Martin du Gard.

Ivan Goll : La Chanson de Jean sans Terre

 

carte d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 1 février 1936 ImsL p.394

 Paris, samedi soir

 Ton I.

à traduire

 

Pneumatique de Claire à Ivan Goll à Paris 3 février 1936 MST p.188/189

 Lundi 11h30 [3.2.36,19, rue Copernic]

  Chéri

Je me suis rendue libre pour toi ce soir et je t’attends donc chez moi à 8 heures et demie. S'il te plaît, apporte une grande de faim, et aussi l'autre coquillage, mais sans Vénus !

 Je voudrais vivre encore une fois la belle indécision d'hier.

 La dernière page de la nouvelle est peut-être terminée ?

 Un salut à la blanche feuille de trèfle, de la part de celle qui t'est tendrement dévouée,

 Suzu

 

lettre d'Audiberti à Yvan Goll du 4 février 1936

 [ 4.2.36] ?

 Cher Ivan Goll,

 encore tout charmé de cette heure (plutôt deux qu'une) au bord de la Seine, je vous

envoie ce petit souvenir. Si vous avez une gomme, passez la sur le crayon. Merci.

 Et bien cordialement

 

SDdV Aa40 (198) - 510.299 III

 

Du 5 février au 25 mars, Yvan vit chez Paula Ludwig à Ehrwald

 

lettre d'Ivan Goll, Landeck à Claire 19, rue Copernic Paris du 06.02.1936  MST p.189

 Landeck, 6.2.1936

 12h (11h en France)

L. Z. [Chère Zouzou]

Je viens à l’instant même d’arriver à la gare de la vallée. Départ retardé : toute la nuit allongé, endormi. Presque comme un wagon-lit. Peu de passagers. Hier ! une heure d’arrêt : je le découvre municipal, bizarre. Et il me vient à l’esprit que j’ai naturellement oublié le plus important, mon complet de sport habituel : il est plus important que mon pantalon de Golf : s’il te plaît, envoie-le moi tout de suite comme échantillon sans valeur. Ce ne fera pas un paquet volumineux. Je peux me passer de la veste .Envoie-moi aussi s’il te plaît. les longues chaussettes blanches que tu trouveras dans ma nouvelle armoire.. Merci.

 Je pensais très fort à toi et à tes grands yeux dans le bleu de la nuit de la pleine lune, mais ils ne doivent pas pleurer, n’est-ce pas ?

Si j’en ai encore le temps, je m’occuperai aussi de l’étoffe.

 

Ivan Goll Ehrwald/Tyrol à Claire 37, Quai d'Anjou Paris du 08.02.1936  MST p.189/190

  Ehrwald, 8.2.1936

Chère Zou,

Après un jour de neige et de tempête, le soleil le plus merveilleux rayonne aujourd'hui de toutes parts : nous avons même pu ce matin, prendre le petit déjeuner sur le balcon. Paula dit que sous ce soleil de février, on brunit vite, parce qu'en cette saison, les rayons ultraviolets sont plus actifs ; quel dommage, petite Zuzu, que tu ne puisses prendre ta part de cet air et de ce soleil, et de cette abondance de lait et de ces montagnes de beurre : pourquoi faut-il toujours que chacun de nous soit heureux à sa manière, et n'ait pas le droit de partager avec l'autre, comme il le voudrait, ses jours de bonheur. Et pourtant, ces expériences n'existeraient pas, si chacun n'avait justement conquis pour lui-même et à sa manière d'autres univers humains, d'autres fragments de la planète.

Ainsi que l'enrichissement et l'achèvement soient pleinement accordés à chaque partie de notre alliance amicale. C'est là l'avantage que présente notre philosophie de la liberté, sur la morale bourgeoise de la persistance, qui, elle aussi, a certains avantages.

 Je ne me suis pas encore risqué à faire du sport. Mais j'essaierai bientôt les skis de Friedl.Nous ferons aussi de la luge.

 Ehrwald est paisiblement enneigé et abandonné. Ici, personne ne s'occupe de ses semblables. A l'hôtel, il y a quelques françaises qui sont très courtisées.

 J'ai oublié tout ce qui est important : pour travailler à la maison, ma robe de chambre rouge me manque. Ne pourrais-tu, s'il-te-plaît, me l'expédier vite ? j'espère que cela ne te causera pas trop de travail. A part cela, comment vas-tu ? Comment tes visites se sont-elles passées ?

 Tendrement

 Mignon

 

Ivan Goll Ehrwald à Claire Paris du 10.02.1936  MST p.190/191

 10.2.1936

 Lundi soir

Chère petite Suzu [Ehrwald]

 

 Il faut que je te renseigne plus en détail sur cette belle existence que je mène à Ehrwald. Hier et avant-hier, nous avons eu deux magnifiques journées de soleil. Dès 9 heures du matin, le soleil flambait au-dessus des montagnes neigeuses. Le ciel était d'un mauve joyeux, jamais vu encore. Et dans les endroits abrités, le soleil était si chaud qu'on pouvait s'y exposer tout nu. Mais il paraît que de semblables journées sont rares en février : en mars, par contre, elles sont très fréquentes. On affirme que je suis déjà bruni.

 Et maintenant, j'apprends réellement à faire du ski. Tout d'abord, j'ai hérité des skis et du costume de skieur de Friedl. Je t'enverrai bientôt une photo de mon coquet équipement.

Les guides de montagne et skieurs, Mertl et Lucki, sont les meilleurs compagnons de beuverie de Paula, pendant ses mois de solitude. Ils restent assis longuement dans le "Gasthaus in Stern" pour boire un bock. Mertl nous donne quelques cours de skis : quand j'aurai bien appris dans la colline en pente douce, je pourrai plus tard faire des tours avec eux. Mais, j'en suis encore loin. Sur la colline d'essai, il n'y a pas le moindre danger. D'ailleurs, il faut attendre que la neige soit favorable.  

 Personne ne devinerait qu'on est si près de Garmisch. Comme je l'ai déjà dit, personne ne s'occupe de ce qui se passe là-bas. C'est la vie silencieuse d'un village autrichien, sans la moindre nuance politique.

 Naturellement, Paula m'a reçu tout à fait solennellement. On avait retardé l'arbre de Noël jusqu'au jour de mon arrivée (il était plus frais que le nôtre !) Et, nous nous sommes faits des cadeaux. Ta veste verte a produit une grande impression. Le coquillage rose a été très bienvenu: nous avons feuilleté un manuel illustré et nous avons trouvé son image : il s'appelle "oreille de Diane".

 Je suis heureux que tu aies passé quelques bonnes soirées. Ne te laisse surtout pas envahir par le spleen.

 Après quelques journées consacrées à la joie du ski, je me mettrai à finir la traduction de César.

 Comment marche ta Nouvelle ? As-tu été chez Elie Richard ?

De temps en temps, tu pourras m'envoyer "Paris-Soir". Ici, le papier est très apprécié (pour le chauffage). Et les journaux allemands sont mauvais et coûteux.

 Je suis seulement peiné que tu m'aies expédié le costume de sport complet : si cette lettre n'arrive pas trop tard, laisse la robe de chambre tranquillement pendue à son cintre. Entre temps, j'ai su m'organiser.

 Avec mon plus tendre souvenir,

 Ton

 Iwan

 

Ivan Goll Ehrwald à Claire 19, rue Copernic Paris du 13.02.1936  MST p.192

 Ehrwald Jeudi

 13.2.1936

 Chère petite Suzu

 Merci pour cette triste petite lettre bleue qui me remplit de mélancolie, comme toujours, et pour le reste du courrier

 Il semble que Shermann soit devenu fou. S'il te plaît, mets dans une boîte aux lettres la missive ci-incluse à son client. Pour le tranquilliser, je lui ai écrit que tu me représentes à Paris. Laisse paisiblement déferler sur toi sa correspondance. Satisfais peut-être à l'une ou l'autre de ses petites demandes. Quand il viendra à Paris, tu pourras peut-être, tout de même, entreprendre avec lui quelque chose qui rapporte de l'argent. Mais ne lui révèle surtout pas le nom du journal n qui m'a écrit à cause de lui : dis que je ne t'en ai rien raconté.

 Merveilleux temps ensoleillé. Aujourd'hui, bain de soleil tout l'après-midi sur l'Alm (1800m). Puis, descente vertigineuse en ski, non sans peine, il est vrai.

 Je lis un livre merveilleux : "Schau heimwärts Engel" ! de Thomas Wolfe, un jeune américain. Edité par Rowolt. Si tu peux l'emprunter dans une librairie amie… Toute l'Amérique y est :psychologie balzacienne, plus le style de Joyce, qui est continuellement dompté

 Je pense tendrement à toi.

 Iwan

 

Ivan Goll Ehrwald à Claire 37, Quai d'Anjou Paris du 18.02.1936  MST p.192/193

   Ehrwald, 18.2.1936

 

Chère Zou,

 Aujourd'hui, je t'envoie un nouveau poème de la Seine [1], pour te prouver que je ne vis pas seulement à Ehrwald, mais aussi, par instants, à Paris, Quai d'Anjou, en ta délicate présence. J'ai écrit cette chanson ce matin au réveil, d'un seul trait, et je crois, à vrai dire, qu'elle est bonne, bien que je n'aie pas encore le recul nécessaire.

 Depuis avant-hier souffle le foehn et la neige est rapidement devenue mauvaise. Il fait, à nouveau un temps tiède. Cependant, on attend une nouvelle neige (?). Le costume de sport que tu m'as envoyé me rend à présent les meilleurs services. Et la robe de chambre est arrivée à l'instant, en sorte que j'aurai maintenant de confortables matinées de travail. Merci, merci beaucoup.

 N'es-tu pas seule ? pas trop triste ? J'ai vu Dans la National Zeitung ta fameuse histoire de Jeanne. Comme elle est merveilleusement réussie !

 Je t'embrasse bien tendrement. 

 Iwan

 

 

Ivan Goll Ehrwald à Claire Paris, Quai d'Anjou du 19.02.1936  MST p.193/194

 Ehrwald 19.2.1936

 [mercredi]

Chère petite Zouzou,

 Ce matin, la carte postale, si triste exprimant ton abandon. Et pourtant, que je t'ai écrit de choses ! Et j'avais l'impression qu'il y avait une déficience dans les communications postales. Dès samedi, je l'ai senti…

 Laisse-moi récapituler :

 Le vendredi 14.2. je t'ai expédié une longue lettre à Copernic, avec une lettre à Daniel et une à un client de Shermann. Régulièrement, tu aurais du la recevoir dimanche matin. 

 Samedi 15.2. une carte postale sur laquelle je te confirmais (également à Copernic) la réception du costume de sport, ainsi que la lettre du vendredi, qui t'annonçait qu'une lettre du lundi précédent t'attendait au bureau de poste Victor Hugo. 

 Mardi 18/2, j'ai envoyé une carte à Copernic, qui t'annonçait simplement que le même jour :

 Mardi 18/2, une lettre épaisse t'était adressée à Victor Hugo, avec une lettre pour Daniel et un poème : Chanson des pêcheurs et des goujons.

 Tu vois donc que je ne t'oubliais pas, au contraire, j'étais encouragé par ta pensée et passionnément uni à toi.

 Redoutant que du courrier se soit réellement perdu, j'adresse cette lettre Quai d'Anjou.

 Elle contient un nouveau poème : "Chanson des grues", dans laquelle je développe mon expérience au bord de la seine. Cela formera un cycle avec la "Chanson sur les Ponts" et d'autres Il s'intitulera " Chanson de la Seine". Mais je n'ai aucune idée de ce que vaut ce nouveau poème. Je te l'envoie seulement pour rester en contact chaleureux avec toi. Pardonne si c'est manqué. Par ailleurs, j'attends que tu me fasses une critique détaillée, aussi bien de la Chanson d'aujourd'hui que celle d'hier.

 En tout amour

 Ton

 Iwan

 

Ivan Goll Ehrwald à Claire Paris du 20.02.1936  MST p.194/195

  Ehrwald 20.2.1936

 

Chère petite Zou petite soeur ,

Ta lettre de mardi a balayé mon inquiétude. A présent, tu ne te plaindras plus de la rareté de mes lettres. Je t'inonde maintenant, à proprement parler, de ces feuilles vertes d'hiver. Mais je ne sais toujours pas exactement à laquelle des 3 adresses je ferais le mieux de les envoyer. Tu sembles ne pas aller très volontiers à la poste Victor Hugo.

 Je continue à travailler ferme au cycle de la Seine. Preuve, ce troisième poème, qui n'est en réalité pas nouveau, mais une fusion de deux précédents, celui "Sur les Ponts" et un que tu ne connais pas. Comment te plaira-t-il ? Il y a deux versions. Laquelle prendre ? Aujourd'hui déjà, celui d'hier "Les Grues" me semble t'avoir été expédié prématurément. C'(est certainement le plus faible des trois. Je voulais fusionner en une vision les 3 concepts "grues" : oiseau, mécanique, putain. Entreprise peut-être impossible.

 Cette histoire de la note d'électricité m'irrite. J'espère qu'elle n'a pas provoqué la mauvaise humeur de la concierge ? Tu as bien fait de payer les 20 Frs.

 A présent, c'est la note du Gaz qui arrivera ces jours-ci. Environ 95 Frs. S'il te plaît, paye la de suite avec l'argent du 1er mars. De plus, je voudrais te prier de donner 10 francs à la concierge. Cela suffit. Après que tu auras souscrit de l'argent de mars ta part et le montant du gaz, je te prie de m'envoyer le reste. Ce sera très maigre. Jusqu'à présent, je continue à jongler avec les 250 francs que j'ai emportés. Paula fait très bien la cuisine. Aujourd'hui, il y a un énorme chou-rouge avec du lard, qui suffira pour 2 jours. Le dimanche, nous sommes régulièrement invités chez une amie riche.

 J'ai pris très à cœur tes désirs de tissus.

 Magnifique, que tu aies découvert pour toi la piscine Molitor. Cela te procurera un renouveau de force vitale. Quand il fait beau, tu devrais t'y rendre à pied.

 Ici aussi, tout est devenu printanier. Ci-joint la première petite fleur qui s'est épanouie sous la neige.

 Ton tendre

 Iwan

Ci-inclus, je t'envoie aussi la déclaration d'impôts. Je n'ai déclaré que ce que nous gagnons en réalité, afin qu'on nous respecte. Mais il faut que tu te renseignes auprès de la concierge sur l'adresse de notre nouveau Contrôleur des Contributions directes de Paris IV.

Cependant, expédie toi-même la déclaration : elle n'a pas besoin d'y jeter les yeux

 

Ivan Goll Ehrwald à Claire Paris du 22.02.1936  MST p.195

 Ehrwald 22.2.1936

 

Chère petite Zou,

 Merci pour ta lettre de jeudi. Comme je suis heureux que tu déclares valable la "Chanson des goujons". Tu me donnes du courage. A présent, les autres.

 La critique du "Mercure de France" m'a amusé.

 Sur la carte de Flouquet, j'ai aussitôt rédigé ma réponse à l'enquête : la voici, adressée à Pulings, l'enquêteur. Mets-la dans une boîte aux lettres. Flouquet sera trop jaloux s'il apprend que je suis dans le Tyrol. L'autre fois, il s'est fort excité au sujet de mon voyage en Italie : et je ne puis payer l'édition ?

 Ah ! comme cela m'accable, que tu continues à être si malade !

Va donc vite, je t'en prie, chez ce médecin allemand qu'on t'a recommandé de plusieurs côtés : même si tu n'as pas confiance, il faut tout essayer. Et son influence psychique peut avoir de bons effets. Il paraît que c'est un type si consolant.

 Je pense à toi, plein de douleur et d'amour.

 I.

 

Ivan Goll Ehrwald à Claire Paris du 23.02.1936  MST p.196

 Ehrwald 23.2.1936

 

Chère petite sœur,

Ta tristesse persistante à laquelle s'ajoute ta faiblesse corporelle me donnent un grand souci. Je t'entends pleurer dans les nuits. Je voudrais tellement te venir en aide. Tu es dégoûtée de tous les médecins. Je me demande si peut-être l'influence de ce sage et bon Jean Boos ne te ferait pas du bien. Ecris-lui que tu veux le voir. 17, rue Lévis, Paris XVII. Mais sois prudente.

 Sassia, qui était autrefois si généreuse, est devenue très jalouse à la suite de nombreuses désillusions. A présent, je ne sais pas du tout si elle est encore en voyage : Alger-Le Caire, etc.... Depuis Noël, je n'ai pas entendu parler d'elle. Mais tu peux écrire à Boos, que tu as besoin de le voir, en mon nom, à cause de Shermann, auquel il s'intéresse démesurément. Et comme celui-ci viendra prochainement à Paris, tu peux lui proposer de les réunir : dis-lui que je suis au Tyrol, etc...

 Après les 3 chansons, une pause subite s'est faite dans mon travail.

 Cette nuit, il a beaucoup plu ici et s'en ai fini momentanément des excursions à ski, etc. Par contre, nous avons eu quelques soirées de carnaval très animées, comme elles ne sont possibles qu'en Autriche. Il y a eu, presque tous les 2 jours, un bal masqué, une fois au "Gasthaus von Stern" [Auberge de l'Etoile], puis au "Grüner Baum" [ L'Arbre Vert ].

 Tu sais que j'ai écrit quelque chose sur les déguisements et masques tyroliens, si dramatiques. Mes amies ont l'usage de se déguiser et se masquer ; ensuite elles se cachent et se cherchent l'une l'autre. J'ai participé à ce jeu. Un soir, j'étais costumé en vieille femme, avec tous les accessoires : jupon, jupe, châle, jabot de dentelle, chapeau, sac à main, parapluie, bas, gants : tout m'allait et c'était criant de vérité. Les gens du village se prêtent les uns aux autres toute leur garde-robe. Personne ne m'a reconnu. C'était charmant.

 Mais à partir du Mercredi des Cendres, Ehrwald redeviendra un petit trou silencieux et endormi.

 J'espère recevoir bientôt de meilleures nouvelles de toi et je reste

 celui qui t'aime toujours

 Iwan

 

Ivan Goll Ehrwald à Claire Paris du 26.02.1936  MST p.197/198

  Ehrwald 26 février 1936

 

Chère petite sœur, 

 Tes lettres sont de plus en plus tristes et mon cœur de plus en plus battant. Tu ne dois pas t'abandonner à des pensées si sombres. Tu dois t'adonner aux forces de la confiance. Le printemps est proche et le Portugal nous fait signe...

 As-tu été chez le docteur ? Et as-tu écrit à Boos ?

 En ce moment, je suis dans une bonne "passe" de travail, comme on dit ici. En dépit du ski et du carnaval. L'atmosphère poétique est favorable.

 Aussi, je continue à écrire des poèmes, même alors qu'ils ne sont pas toujours réussis. Pourquoi déconseilles-tu les chansons populaires, alors que sur les 3 chansons, 2 t'ont bien plu ? (il m'intéresserait, en outre, de savoir pourquoi la 1ère version de "Pont-Marie" t'a séduite et pas la 2ème. Dans quelle mesure la première est plus forte ?)

 A présent, voici un nouveau chant de "Jean sans Terre". Je suis absolument incertain de sa valeur. C'est toi qui décideras. Je crois que toute une série de chants analogues (Jean sans Terre au Ghetto, etc., etc.) pourrait constituer un bon cycle ? Tu remarqueras que ce nouveau chant a un rythme beaucoup plus strict que le premier. Je me laisse maintenant, très volontiers, séduire par la forme, qui n'est, à vrai dire, qu'une femme coquette, mais qui enflamme fort le poète.

 Mais peut-être cette Chanson du Pont, par laquelle je voudrais en finir avec le motif du pont, n'est-elle bonne qu'à jeter au fumier ? Je m'y attends.

 Merci pour les autres développements de tes lettres. Mais j'ai dû sourire du trait rouge dont tu as souligné l'information, qu'une des poésies publiées dans "Les Cahiers du Sud" portait en dédicace le nom de Thérèse Aubray. Voici l'explication. Tu pourras lire sur la première page de la revue que Th. A. fait partie du comité de rédaction. Or, tu sais que, dans le volume, une poésie lui est dédiée *. Elle m'a prié de lui laisser choisir les textes à reproduire dans la revue. Pourquoi pas ? elle a choisi justement le poème qui lui était dédié. Sinon, jamais un de mes poèmes n'aurait paru là-bas, peut-être. C qui, d'ailleurs, ne serait pas un malheur. Mais...

 Plus d'argent pour le port d'un exemplaire ? Pauvre malheureuse !

Mais à la fin de cette semaine, arrivera le chèque violet de Nice.

Prends pour toi, comme je te l'ai dit, ta part, paie le gaz et l'électricité, et adresse-moi le reste. Donne-au concierge 20 Frs. Car le 15 avril approche.

 Je te serre sur mon cœur,

 Yvan

"Le septuple Tour" : il y a dans le 1. poème :

Il fait sept fois 

Le tour de la terre

[ Jean sans Terre sur le Pont ]

*Les Veuves, 31 ème poème du "Métro de la Mort".

 

24 février, premier poème de Jean sans Terre : J.s.T. fait 7 fois le tour de la terre

3 mars : 2 autres dont Dom Juan sans Terre et sans femme

 

Ivan Goll Ehrwald à Claire Paris du 4.03.1936  MST p.198

 Ehrwald, 4 mars [1936]

 

Chère petite Zou,

 Tes lettres se font plus rares. Ta dernière paraissait avoir été retardée, car elle m'annonçait l'arrivée des fruits confits de Nice, alors que déjà on s'inquiétait d'eux par télégramme. Comment as-tu pu attendre si longtemps pour me les annoncer ? Je n'avais pas encore rédigé ma lettre de remerciements, car je ne pouvais pas non plus supposer que ma mère enverrait déjà l'argent le lundi 24 ! Sans doute sur tes instances. Et celle qui t'était adressée devait provoquer une confusion complète ! J'avoue que ce fut le cas aussi dans mon esprit. Je ne sais plus du tout quand et quoi je dois écrire.

 Crois-tu que la carte d'anniversaire pour le 6 mars aura remis tout en ordre ?

 J'espère que tu as, au moins écrit pour arranger cela.

  Voici encore un chant de "Jean sans Terre".

 Sans doute, tu m'adresses des louanges pour le premier, mais elles ne sont pas très convaincues. S'il te plaît, dis-moi exactement ce que tu penses des 3 poèmes, et si je ne m'expose pas, dans ces eaux, à un danger réel. Tu t'exprimes trop peu, et tu n'es pas assez attentive aux vers. Est-ce qu'ils ne t'intéressent pas ? Ou désires-tu ne pas me désillusionner ?

 J'ai été très heureux d'apprendre que tu vas mieux, et qu'en outre, tu as été bien soignée.

 Ton état moral semble aussi être redevenu plus ensoleillé.

 Ici le foehn souffle à travers la maison et le cœur.

 Qu'il porte mon baiser jusqu'à toi.

 

 Yvan

Merci pour Paris-Soir

 

Ivan Goll Ehrwald à Claire 19, rue Copernic, Paris du 06.03.1936  MST p.199/200

  Ehrwald, 6 mars [1936]

Chère petite Zouzou,

 

 Encore aujourd'hui, pas de lettre de toi.

 La communication avec Nice-Nancy est complètement interrompue. C'est grave. Comme je te l'ai dit, tu ne m'as jamais fait savoir si les fruits confits étaient arrivés. Aujourd'hui, je ne sais pas s'ils sont encore dans le Midi ou non. Que dois-je écrire ?

 Voici, peu à peu, un nouveau Chant de "Jean sans Terre". Si je t'ai priée, dans ma dernière lettre, de discuter ces poèmes avec moi, à fond, c'est parce que j'ai réellement besoin d'une directive. Tu auras sans doute remarqué que ce thème lyrique se développe lentement en une œuvre assez grande, dans laquelle je voudrais dire tout ce qu'on peut dire à un homme d'aujourd'hui. Je reprends et rassemble en un tout les contenus de centaines de petites poésies éparpillées que je n'ai jamais achevées, et je cherche à leur donner une forme définitive.

 Bizarre, peut-être : la forme rigide m’est extraordinairement utile et ne me freine à aucun moment, mes idées sont aussi libres et faciles à exprimer que précédemment dans le vers libre. Je voudrais apprendre de toi si je ne me trompe pas. Je t'en prie, donne-toi cette peine et soumets le tout à une réflexion sérieuse.

Il n'est pas encore nécessaire de montrer ces Chants à d'autres, tels qu'Audiberti, etc.. Je te prie de n'en rien faire.

 Je continue à travailler. Finalement, qu'est-ce que ça peut faire, même si je me trompe ? La neige et le soleil ne me détournent guère de mon chemin.

 Tendrement ton

 I.

 J'envoie cette lettre rue Copernic, car il me semble que tu vas maintenant plus rarement Quai d'Anjou.

 Tes corrections sont-elles arrivées de Bruxelles ?

 As-tu envoyé ma lettre aux Döblin ?

 Je n'ai pas reçu le numéro des Cahiers du Sud.

 N'envoie Paris-Soir que lorsqu'il s'y trouvera quelque chose d'important, pas régulièrement : le port est si coûteux.

 Reçu les 131 schilling : et avec ça, je dois tenir pendant 31 jours ! ici ou là !

 Je donne à présent des leçons de français à une dame : à 3 schilling. De quoi payer mes cigarettes.

 A l'instant je trouve à la poste la lettre ci-incluse de Jahr-Salzburg, avec échantillon.

 En effet, je ne suis pas passé par Innsbrück, car je me suis arrêté à Landeck, où le train arrive une heure avant, et d'où un autobus conduit maintenant à Ehrwald.

 Rien que le voyage jusqu'à Innsbrück coûterait 25 schilling.

 Réponds, s'il te plaît, et renvoie la lettre et l'échantillon.

(Les boutons ne sont pas encore arrivés à ce jour).

 

Ivan Goll Ehrwald à Claire 37, Quai d'Anjou Paris du 7.03.1936  MST p.200/201

  Ehrwald, 7 mars [1936]

Chère Zou,

 Encore une journée sans lettre.

 A présent, tu inaugures la lettre hebdomadaire. Bon. Je me suis seulement énervé à cause de Nancy, et finalement, aujourd'hui, dernier délai, j'ai rédigé une lettre au petit bonheur. S'il te plaît, lis-la exactement, ce que tu ne fais pas toujours. Je crois que Daniel commence à être très méfiant, et si tu trouves une faute quelconque dans cette lettre, ne l'expédie pas. Mais, fais-moi savoir aussitôt en quel sens je dois écrire.

 Malheureuse : un nouveau Chant de Jean sans Terre te choit aujourd'hui sur la tête ! Peux-tu te représenter ce qu’aurait été notre petit univers si depuis vingt ans j’avais fait des poèmes sous cette forme ? Peut-être alors te serais-tu détournée de moi beaucoup plus tôt.

Mais ne t'endors pas, ne baille pas. Malgré ce ronron, tu trouveras, de-ci de-là une pensée bien construite et une strophe pleine de sens. Heine a bien écrit « Deutschland » de cette manière. Et tous les autres. Tout dépend de la construction et du sens - de cela, je suis de plus en plus conscient.

 Surtout ne crains pas que le public s’ennuie : tel est le secret d'œuvres plus secrètes. En outre cela ne va pas continuer longtemps de la sorte. Il y aura probablement 7 Chants en tout, sur lesquels tu en possèdes 5. Et je sais dès à présent que certaines des strophes devront être rayées ou changées ou remplacées, parce qu'on les a dactylographiées trop tôt.

 Je pense que tu me feras savoir comment tu vas.

 Ton Iwan

 Les boutons d'argent t'ont été expédiés ce matin

 

Ivan Goll Ehrwald à Claire 37, Quai d'Anjou Paris du 11.03.1936  MST p.201/202/203

  Ehrwald, 11 mars 36

 

Chère petite sœur,

 

 Merci pour tes lettres de vendredi et de lundi, entre lesquelles il est survenu un si grave événement historique [2]. Il est d'une très grande portée, mais il ne conduira pas à la guerre! Encore une fois, la réaction des gouvernements occidentaux sera tiède, bien trop tiède : on le remarque déjà à l'attitude de l'Angleterre .On écoute Hitler, on pèse ses paroles : on réfléchit ! au lieu d'ordonner aussitôt, avec une énergie de fer : "Halte-là ! Cette fois, non ! Arrière ou…", Mais devant ce "ou", tout le monde a peur, et il est pénible de lire que même le ministre français de la guerre apaise le pays, cherche à expliquer que l'occupation de quelques forteresses à l'Est était prévue de toute manière. Encore une fois, ce tour de Hitler paraît presque réussi. Il ne lui arrivera rien. Il a eu raison !

 Ainsi donc, les choses n'en sont pas encore arrivées assez loin pour qu'on s'inquiète. Je suis attentivement le déroulement de la situation. on négociera de nouveau - ce qui était démilitarisé sera remilitarisé. Ça dure ainsi depuis 15 ans - jusqu'à ce que ça explose. Mais sans crier gare. Quand ça lui plaira. Les démocrates sont bien trop convenables pour pouvoir s'entendre avec des démons.

 Je crois que nous pouvons continuer, encore un bout de temps, encore un bout de temps à faire des poèmes. Plus très longtemps. Mais juste assez longtemps pour qu'on ait vidé son cœur. Après nous le déluge. Tu as tort de croire qu'on n'a pas le droit de se contempler dans un miroir : qu'y a-t-il de mieux à faire, je te prie ? Je veux dire : de mieux, qu'écrire des poèmes comme "Jean sans Terre" ? Je te suis très reconnaissant de ta critique ; mais cette fois, elle ne me persuade pas et, Dieu merci, ne me décourage pas non plus. Je veux continuer à rimer aussi longtemps que ça ira : et voir ensuite, après deux mois de rafraîchissement, ce que vaut le vin. Il me semble malgré tout que la forme me fournit un grand appui et une économie des moyens de composition. Que reste-t-il alors de toutes ces choses sans forme que j'ai créées antérieurement, et les années précédentes ? Toujours, j'avais devant les yeux une grande composition poétique compacte, et toujours tout se dissolvait, parce que je n'avais pas trouvé de forme.

 Ne plaisante pas sur ce vers court. C'est une lame difficile à manier. Autant que je puisse m'en souvenir, cette strophe brève et rimée a souvent été employée dans les oeuvres classiques étrangères, comme par exemple le romancero espagnol, et - je te l'ai déjà dit - dans les longues compositions de Heine. Ou devrais-je peut-être choisir l'alexandrin ? Jamais !

 En admettant que, de ci de la, une strophe puisse être raturée, par exemple l'espagnole - Et puis après …il subsiste tout de même quelques valeurs poétiques. Donc je continue, jusqu'à ce que je ne puisse plus. Et cela pourrait bien arriver assez tôt.

 Je sens mes forces m'abandonner. Mais je ne voudrais pas fixer une date d'avance pour mon départ d'ici.

 Il faut aussi qu'à ce moment, la traduction de César soit terminée. Il y a une chose que tu devrais, tout de même, me concéder : c'est que j'ai travaillé beaucoup et avec acharnement, et que ce n'est certainement pas du temps perdu.

 Chanson des Goujons et Chanson du Pont-Marie paraissent déjà prochainement dans un tirage à part des Quatre Chemins.

 Hier, un jour après leur réception, je t'ai envoyé les feuilles corrigées de "Métro", avec la prière de les faire suivre aussitôt à Bruxelles. Merci bien. Ainsi, à mon retour, j'aurai à m'acquitter d'un joli service de presse.

 S'il te plaît, ne prends pas trop au sérieux la lettre du Dr. Mayer. L'homme et la lettre sont beaucoup plus inoffensifs que tu ne crois. Mais le "Don Juan sans Terre et sans Femme" doit t'irriter fortement. Je lui envoie une carte illustrée d'ici et je lui dis que j'aimerais bien mieux aller bientôt au Portugal qu'à Boulogne.

Ci-inclus, une lettre de Shermann, arrivée aujourd'hui. Il sera à Paris vendredi soir, comme tu peux le voir. Il ne faut pas que je le laisse tomber, il est le seul espoir qui me reste de gagner quelque argent. S'il te plaît, remplace-moi sérieusement auprès de lui, jusqu'à mon retour. Tu peux faire cela pour moi. Sinon, où serait la fraternité ? Je t'en prie, cultive-le soigneusement pendant quelques jours. Téléphone-lui samedi matin dès 9 heures, et dis-lui que tu veux le voir en mon nom. Vous pourrez déjeuner ensemble, dimanche. Tu peux lui dire aussi le nom du journal qui veut entreprendre quelque chose avec nous : c'est Philippe Soupault qui est maintenant le rédacteur d'Excelsior (Petit Parisien, rue d'Enghien). Téléphone aussi, samedi matin à Soupault et va ensuite le voir, éventuellement, avec Shermann. Une conversation avec Soupault t'intéressera certainement, en même temps.

 Par ailleurs, je crois que Shermann, pour le début, sera un peu ladre, jusqu'à ce qu'il ait repris pied. Si tu ne lui téléphones pas, il nous échappera. Drach, qui est sans situation en ce moment, va vouloir le tirer à lui.

 Et voici une nouvelle lettre à mes parents. Quand leur as-tu envoyé la précédente (de samedi) ? Pas trop tard, j'espère. La chute des rentes de lundi est une belle histoire. Hélas, hélas, mes prévisions se réalisent …

 Comme je me réjouis de ta meilleure santé corporelle ! De ton Philipp, de tes perce-neige, de tes soirées chez Deharme et Desnos.

 Avant-hier, je suis descendu sur mes skis de la Stugspitze : excursion divinement belle, diablement fatigante. Tout s'est bien passé.

 Aujourd'hui, c'est de nouveau le printemps ici, et je t'envoie un petit zéphyr-baiser.

 Iwan

J'écris à Salzbourg. As-tu reçu les boutons, as-tu choisi, et m'as-tu réexpédié le lot ?

Ci-inclus, les formulaires remplis : porte-les de préférence toi-même au bureau (renseigne-toi pour savoir où), la concierge n'a pas besoin de jeter un regard sur notre âge, notre origine, etc.

 

lettre d'Audiberti à Yvan Goll du 14 mars 1936 ***

 mon cher Ivan Goll,

Vos vers me paraissent très significatifs de cette maladie que je vous ai communiquée, celle de la méningite chorégraphique, de l'algèbre mnémotechnique, de la périodicité du remords, de l'angle droit qui serait une circonférence, de la circonférence qui, dans le secret d'elle-même, se veut un paraphe tendu vers l'ailleurs, vers le sud sublime ou le nord le plus grand. Voilà bien des mots pour essayer de désigner l'aptitude prosodique que le mystérieux murmure des siècles humains nous confia pour que nous en fassions le meilleur usage. En réalité, il est bien inutile, sinon dans l'intention évidente de dresser un petit autel du pur verbiage, de s'embarquer dans un démontage ou une justification de ce procédé - la prosodie régulière - qui, comme la plupart des créatures de ce monde, comme toutes, puise sa plus efficace référence, et découvre aussi sa plus touchante excuse, dans ceci qu'elle existe. Tout ce qui existe est sacré, n'est-ce pas ? Tout ce qui existe, une punaise, un camembert, une sirène, un pied, un silence et la peur, renferme, suppose, oblige, annonce et remplace tout le reste de ce qui existe. Mets-toi devant un arbre, o Goll, et mange-le. Mange le des yeux. Mange le du cœur. Touche le tant que tu peux. Qu'il t'entre ! Qu'il te possède : son poids supputé… sa couleur percée … son branchage appris, et, sans doute aimé … ses feuilles comptées, et chacune écoutée …Et bientôt, son langage et, bientôt, sa chanson, de l'écorce venus par les chemins du rêve et de la contemplation … Le monde sur le plateau que portent les bras d'un arbre… Ainsi de la poésie classique …Un thème d'activité sensible, une déesse, un peu maigre et fade, de l'école, avec son organisme, sa façon générale, sa place dans l'espace, dans l'histoire. Eh bien ! si ce n'est pas la seule des déesses, si même ce n'est que la plus humble d'entre elles, si ce n'est pas la plus auguste des religions, si même ce n'est que le plus modique des ritualismes, contemplons la, pressurons la, visitons la, faisons la vibrer à fond, trions en toutes les odeurs de la semence, conférons lui, sur les ambigus divans des noces, toutes les attitudes possibles de la volupté et de la terreur et ne la laissons que comblée et vidée, son trésor en nous et le nôtre en elle, ointe d'humain des pieds à la tête, et nous-mêmes tout rayonnant des prestiges subli-physiques dont les rapports si poussés nous valurent le singulier revêtement. Tendons, avec elle, aux plus parfaites épousailles, non parce qu'elle est elle, mais parce qu'elle est une bête au torse de matière, aux ailes d'inconnu, et qu'un travail achevé, une passion emplie à ras bord, une totalité qui se conçoit et s'exprime, cela avance extrêmement l'homme vers la connaissance, c'est à dire vers le divin, c'est à dire vers la beauté.

Naturellement, on pourrait nous répondre que d'autres occupations, le billard, la philatélie, l'alpinisme, comportent les mêmes privilèges d'exaltation subjective, aux yeux des témoins attentifs qui, dans leurs mains, tiennent la terre, la même vertu spectaculaire. Rétorquons que la poésie est de race hautement royale et qu'il existe une hiérarchie dans les maîtresses symboliques qui attendent - et menacent - l'homme laborieux et créateur.

En ce moment-ci, je suis étrangement bien portant… Vais-je perdre une inspiration qui semblait assez liée à ce que de solitude et d'effroi perpétuels engendrait ma fatigue haletante? Par contre, je m'initie aux ennuis d'argent, sévèrement.

J'ai été chez vous hier, à dix heures et demie, mais vous n'y étiez pas (vous seriez bien surpris si je vous annonçais que vous y étiez…) J'ai salué avec sympathie la voiture d'enfant qui se trouve en-bas, dans le vestibule.

 Avez-vous toujours ma jeune fille, et meiner Baum [ mon arbre ]

Ne les perdez pas. Merci.

 Herzlichst

 

SDdV Aa43 (200/201/202) - 510.299 III

 

Ivan Goll Innsbruck à Paula Ludwig Ehrwald 24 mars 1936 ImsL p.395/396

 Ma

à traduire

 

Yvan chez sa mère à Nancy [ 25 mars 1936 ] à son oncle (?)

Mes chers,

Vu tous ces bruits de mobilisation, je viens vous prier de tenir strict silence sur tout ce qui me concerne et où je me trouve. Si un avis militaire devait être envoyé à mon adresse, mettez le s.v.p. sous nouvelle enveloppe et envoyez-le immédiatement ici à l'adresse Daniel Kahn. Je ne sais pas encore ce que je déciderai et à quand mon retour. Il est sûr qu'une fois à Metz, il me serait plus facile de retraverser la frontière.

 La population ici est très énervée. En cas de guerre, je ne sais pas encore quelle marche il y aurait à suivre. Néanmoins tout n'est pas perdu. Nous avons encore tous un peu d'espoir. Quelques nouvelles de Metz nous feraient bien plaisir, peut-être un conseil émanant de la famille à mon sujet !

 Je vous réitère de ne répondre que vaguement à toutes les questions sur moi.

  Voici un Tischebof qu'on célébrera dans un état d'âme bien ressemblant à l'histoire. Tachez, sous toutes ces circonstances de garder le sang froid et une bonne santé. Je voudrais bien être autour de vous et suis pourtant si heureux d'être auprès de ma chère maman et de Daniel qui ne sait que faire pour moi.

 Je vous embrasse ainsi que toute la famille bien affectueusement

 Mig

/ Détruisez toute notre correspondance aussitôt lue.

SdDV 510311

 

carte d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 27 mars 1936 ImsL p.394

 27 mars [1936]

  [Paris]

 Chère Palu

 Iwan

à traduire

lettre d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 29 mars 1936 ImsL p.394

  Paris 29 mars 1936

 

 Chère Palu

 Ton passionné Ma

à traduire

 

lettre d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 4 avril 1936 ImsL p.399

  [Paris le] 4 avril 1936

 [ Hôtel Majestic, Av. Kléber]

 Chère Palu

 

 Je me réjouis de ton nouvel article.

 Ton inondé par la pluie Ma

à traduire

 

lettre d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 9 avril 1936 ImsL p.400

 Jeudi vert

 [Paris 9 avril 1936]

 

 Chère Palu

 

 Ton joyeux excité

  Ma

à traduire

 

lettre d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 10 avril 1936 ImsL p.401

 Vendredi-Saint

 [Paris 10 avril 1936]

 

 Chère Palu

 

 Palu, comme je t'aime !

  Ma

à traduire

 

lettre d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 20 avril 1936 ImsL p.402

  [Paris le] 20 avril 1936

 [ Hôtel Majestic, Av. Kléber]

 Chère Palu

 

 Ton frémissant (tremblotant ?) Ma

à traduire

 

lettre d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 24 avril 1936 ImsL p.402/403

  [Paris le] 24 avril 1936

 [ Hôtel Majestic, Av. Kléber]

 Chère Palu

 

 Je t'embrasse  Ma

à traduire

 

29 avril 1936, mort brutale à l'âge de 73 ans, de Daniel Kahn, beau-père d'Yvan

 

lettre d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 29 avril 1936 ImsL p.403/404

 Paris 29 avril 1936

 

 Chère Palu,

 

Mon adresse à Nancy :

Poste Restante, Bureau Saint-Jean, Nancy, Meurthe-et-Moselle, France

 Ton très abattu-brisé

  Iwan

à traduire

 

lettre d'Ivan Goll Nancy à Paula Ludwig Ehrwald 4 mai 1936 ImsL p.404/405/406

 Nancy 4 mai 1936

 

 Chère Palu,

 

 Ton tout frémissant

  Iwan

à traduire

 

Ivan Goll Nancy à Claire 37, Quai d'Anjou Paris du 4.05.1936  MST p.204

  Nancy, 4 mai 36 [lundi]

 

Chère petite Zouzou,

 

 Rarement, j'ai éprouvé un sentiment si noir et si étouffant qu'hier après-midi après que tu m'eus laissé derrière toi - pour tout l'avenir me sembla-t-il - dans l'atmosphère grise de cette ville et dans le froid mortel de la maison maternelle.

 Pour me consoler, en quittant la gare, j'ai voulu boire quelque chose d'intellectuel et j'ai acheté Les Nouvelles Littéraires. Et qu'y ai-je trouvé ? Mes poèmes sur le Printemps et la Mort, qui avaient certainement paru le 1er mai, jour de l'enterrement du pauvre Daniel (1) alors que je me trouvais effectivement en face du printemps et de la mort au cimetière de Préville !

 Ce matin, de nouvelles causes de souci s'abattent sur nous en tempête. Ces élections à la Chambre ! Je me suis battu comme un lion avec ma mère, qui ne voulait rien savoir et ne pensait qu'à sa douleur, et j'ai obtenu tout de même qu'elle m'autorise à placer une somme, comme j'en avais l'idée depuis longtemps.

 Dans ce but, je viendrai demain à Paris. Je pars à 8 h. 48 d'ici, suis à 13 h 18 à la gare de l'Est, m'acquitte aussitôt de mes affaires et repars à 18 h. pour Nancy.

 Si tu reçois cette lettre à temps, je te prie d'être au Café Napolitain à 3 H. Ensuite, je ferai encore un saut au Quai d'Anjou.

 L'action et le mouvement ont secoué l'abattement où je me trouvais.

 En tout amour

 Ton Yvan

 

 (1) beau-père d'Yvan Goll

 

lettre 7 mai 1936 de Goll, Nancy à la Loyd and National Provincial, Paris

 Nancy 7 mai 1936

 Lloyds and National Provincial,

 Foreign Bank Ltd

 Agence Paris

 Paris

Je vous envoie ci-inclus :

18 Bons du Trésor 4 ½ % 1934 à 1000 fr

 01708813 à  01708820

 01317282 à  01317286

 01440453 à  01440459

 

5 Bons du Trésor 4 % 1935 à 1000 fr

 00609045 à  00609049

1 Bon du Trésor 4 % 1935 à 5000 fr

  00089015

et vous prie de les vendre au mieux

à la Bourse la plus prochaine.

 En outre, je vous prie d'acheter

à la même bourse pour la contre-valeur du

rendement de ces Bons un chèque en Livres Sterling

sur Londres ou mieux,

et envoyez-le à mon compte de votre maison

de Londres : West End Brand, 72 Kaymarket

à mon crédit

 Comme je suis en voyage, conservez toute la

correspondance à ma disposition à vos guichets.

Et croyez à mes salutations distinguées

 Isaac Lang

 37 Quai d'Anjou

 Paris

 

 

lettre d'Ivan Goll Nancy à Paula Ludwig Ehrwald 8 mai 1936 ImsL p.406/407

 Nancy 8 mai 1936

 

 Chère Palu,

 

 Ta fleur printanière

  Iwan

à traduire

 

Ivan Goll Nancy à Claire Paris, 31 rue Raffet du 8 Mai 1936  MST p.204/205

  Nancy, 8 mai 36

Chère petite Zouzou

 Tous mes voeux de santé et d'amour dans ta nouvelle cellule (°), qui sera ouverte à tous les vents !

 Merci beaucoup aussi pour ta carte de beurre.

 Maman est maintenant un peu plus calme. Il s'est passé toutes sortes de choses que je te raconterai oralement.

 Nous partons dimanche matin pour Metz et je reviendrai probablement à Paris lundi. En conséquence, s'il te plaît, ne fais plus suivre de courrier

 Ton un peu moins pâle

 Yvan

 

 

(°) l'architecte parisien Germain DOREL avait bâti pour moi et m'avait offert un appartement "duplex", avec terrasse fleurie, ayant vue sur le Bois de Boulogne. Yvan et moi voulions faire un essai d'existence séparée.

Après cinq mois, [de mai à septembre 1936] nous retournâmes vivre ensemble.

 

carte d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 15 mai 1936 ImsL p.408

  [Paris 15 mai 1936]

 

 Chère Palu

 Iwan

à traduire

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 16 mai 1936 ImsL p.408

  16 mai 1936 [Paris]

 

 Chère Palu

 avec mon salut d'oiseau

 Iwan

à traduire

 

lettre d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 23 mai 1936 ImsL p.409

 Paris 23 mai 1936

 

 Chère Palu,

 

 Ton Mignon

 

à traduire

carte d'Ivan Goll Nancy à Paula Ludwig Ehrwald 27 mai 1936 ImsL p.410

 Nancy 27 mai 1936

 

 Chère Palu,

 Dans cette ville, il y a une grande place totalement entourée de grilles et de portails en fer forgé recouverts d'or que l'on doit à Jean Lamour. Dans laquelle, rêve de toi ton

 Jean sans Terre

 

Ivan Goll Metz à Claire Paris, du 28 Mai 1936  MST p.205

  Metz, 28 mai 36

Chère petite Zouzou,

Partout, à chaque pas, je redécouvre les chemins, les routes, les rêves de mon enfance. Metz est vraiment une ville très vivante, et la nature qui l'environne pourrait bien nourrir et enchanter un cœur de poète. D'ailleurs, je n'ai aucune raison d'avoir honte de cette ville natale : non seulement Verlaine, mais aussi Gustave Kahn, le premier des symbolistes, ami de Mallarmé, et à une époque plus récente, de Ribbentrop et Adrienne Thomas ont passé leur enfance et leur jeunesse entre ces murs. Tante Gaby a collectionné pour moi ces certitudes historiques.

 J'aurais bien aimé partir dès demain pour aller te rejoindre - mais Mère désire que je l'accompagne demain, encore une fois, à Nancy, où elle doit faire beaucoup de commissions pénibles. J'ai donc décidé de rentrer à Paris dimanche : je prends le train à 12 h 03 et arrive à 16 h 45 à la gare de l'Est. C'est une heure où tu pourrais très bien venir me chercher à la gare : alors, nous irions ensemble prendre le thé Quai d'Anjou.

 En ce qui concerne l'argent, ma mère affirme qu'elle est obligée d'aller le chercher à Nancy : et demain, cela n'aura plus guère de sens de l'expédier extra : je l'apporterai dimanche avec moi. Ce jour-là, il me sera d'autant plus facile de partir que Mère sera emmenée par Edgard en excursion automobile dans le Luxembourg. J'étais invité aussi, mais tu vois ce que commandent mes sentiments à ton égard.

 Je me réjouis beaucoup de te revoir

 Yvan

 

Ivan Goll Metz à Claire Paris, du 30 Mai 1936  MST p.206/207

  Metz, 30 mai 36

 [samedi]

Chère petite Zuzu,

 

 Je suis obligé de te décevoir terriblement : je ne peux pas encore revenir demain dimanche ! Crois-moi, c'est pour moi une plus grande punition que pour toi. ! Mais les affaires règnent sur le monde, tu le sais (peut-être trop peu) : pour les autres, toute l'année, pour moi, parfois 3 jours à la Pentecôte.

 Comme tu le sais, j'ai été hier, avec ma mère, à Nancy. Là-bas, nous avons cueilli à la banque les gentils petits coupons multicolores. Alors, il s'est agi de les réaliser, et dans ce but, nous avons été, ce matin, jusqu'au poétique Luxembourg, où ces fleurettes printanières sont cotées plus haut que chez nous.

 Mais hélas, que notre déception fut grande : ce pays-la est si saint, que les bureaux y ferment dès le samedi de la Pentecôte, tandis que chez nous, et aussi, comme tu le sais, dans toutes les villes civilisées, ils restent ouverts jusqu'à midi. Résultat : un voyage pour rien. Il faut que nous y retournions mardi. Tu ne peux pas te représenter quelle torture a représenté pour moi ce voyage manqué et inutile en compagnie d'une femme hypernerveuse. J'avais dû me lever à 4 h 1/2 pour prendre le train de 6 h 50. Et nous étions déjà de retour à 11 h., pour prendre le train de 12 h 15 … et ces dépenses inutiles !

 Néanmoins, je ne dois pas me relâcher. Si elle s'habitue à entreprendre sans moi ce genre de choses, ma présence perdra plus tard toute valeur à ses yeux.

 En outre, pour le placement des fonds, il faut que je me tienne encore énergiquement derrière elle. Là, il faut, une bonne fois, dominer sérieusement la fameuse sentimentalité.

 A présent, j'aurais voulu t'envoyer aujourd'hui les 500 fr. en guise de consolation : mais, même en recommandé,, comme en mandat, ils ne te seraient pas remis un jour férié. C'est pourquoi, je préfère inclure ici 100 fr., et je te donnerai le reste mardi - car ce jour-là, je me rendrai directement à Paris.

 J'ai été très surpris que tu ne m'aies pas écrit un seul petit mot de tous ces jours-ci : pas fait suivre de courrier, pas de nouvelles de Shermann, Deharme, Mozart, ni de ta santé ! Et le chèque Brody n'est-il pas arrivé ?

 J'espère que tu ne passes pas là-bas une Pentecôte trop triste.

 Excuse et comprends l'importance de ma présence ici, surtout en considération de la semaine Blum, qui menace plus gravement. Et ne va pas croire que l'excursion automobile dont je te parlais dans ma dernière lettre me ravit ! L'atmosphère, ici, est telle que je sors de mes gongs et que j'en ai sérieusement mal au foie. Mais, c'est trop important !

 Je t'embrasse très chaleureusement

 Yvan

 

 

carte d'Ivan Goll Echternach à Claire Goll, Paris 2 juin 1936 MST p. 207

 

  Mardi de Pentecôte

 [Echternach 2 juin 1936]

Etrange vision : des dizaines de milliers de pèlerins sautent, au son d'une polka, trois pas en avant et deux en arrière: symbole de toute notre Europe actuelle moyenâgeuse.

 Cent baisers

 I.

carte d'Ivan Goll Echternach à Paula Ludwig Ehrwald 2 juin 1936 ImsL p.410

  Mardi de Pentecôte

 [Echternach 2 juin 1936]

La même vision de la procession des habitants d'Echternach : des dizaine de milliers de pèlerins sautillants au son d'une polka, trois pas en avant, deux pas en arrière : exemple de toute l'Europe d'aujourd'hui. Comme je serais heureux de vivre cette journée avec toi.

 Ton I.

 

Goll est de retour à Paris le 4 juin, va à Nancy le 15 juin, retour à Paris où il reste jusqu'au 30 juillet. C'est le 30 juin que paraît : La Chanson de Jean sans Terre

 

lettre d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 4 juin 1936 ImsL p.410/411

 De nouveau Paris 19 juin 1936

 

 Chère Palu,

 

 Ecris vite à ton triste  Ma 

à traduire

 

carte d'Ivan Goll Nancy à Paula Ludwig Ehrwald 16 juin 1936 ImsL p.411

 Nancy 16 juin 1936

 

 Chère Palu,

 Mignon

à traduire

 

lettre d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 20 juin 1936 ImsL p.412/413***

  Paris 20 juin 1936

 

 Chère Palu,

à traduire

 

 

Maintenant, la froidure de mai dans lequel ton cœur se glaçait est depuis longtemps passée et les ailes de ton esprit se mettent à frémir comme nos papillons de mars : l'été brûlant est là, le souffle de l'Etna, les feux de la Saint-Jean et les vers luisants doivent aussi nimber ta chevelure d'amour. J'espère voir les feux de la Saint-Jean chez mes chers parents patients ?…

 

 

Mais tu ne sais plus maintenant toi-même à quel saint te vouer. Tes quatre strophes de Jean sans Terre sont aussi sévères que lui-même. Et je deviens triste quand j'y pense comme si la mort pouvait anéantir notre été

à traduire

La critique du Frankfurter est très correcte et très soignée. Je te l'envoie à part. Ci-joint 20 sh. pour les nouveaux flirts que tu dois rapprocher de moi.

 M.

 

 

lettre d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 7 juillet 1936 ImsL p.413/414**

  Paris 7.7.36

 

 Chère Palu,

à traduire

 

carte d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 17 juillet 1936 ImsL p.415   Paris 17.7. [1936]

 

 Chère Palu,

 I.

à traduire

 

lettre d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 19 juillet 1936 ImsL p.415/416**

  Paris 7.7.36

 

 Généreuse Palu,

 

à traduire

 

Je te raconterai la prochaine aventure de Jean sans Terre et de ton persécuté

 Ma.

 

lettre d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 26 juillet 1936 ImsL p.417/418**

  Paris Dimanche 26 juillet. 36

 

 Chère Palu,

 Je pense à toi : je suis encore à Paris, et j'ai ta lettre de Saint-Jean qui m'est parvenue ici. Quel bonheur ! Je reviens ce matin de Nancy et j'étais très triste de n'avoir rien reçu là-bas.

Comme tu vois, c'est une affaire grave de retourner une expédition. Mais je reste encore quelques jours à Nancy; après l'adresse de ma mère ne sera plus valable, car elle s'installe à Metz. Les deux villes sont seulement à une heure de trajet. S'il te plaît, écris-moi ta prochaine lettre à Metz, Poste Restante (France). Cela suffit.

"L'Enfant au Village" m'a diverti pendant quelques jours.

à traduire

 

Ivan Goll Nancy à Claire Paris, du 31 juillet 1936  MST p.207/208/209

  Nancy, 31 juillet 1936 [vendredi]

 

Chère petite Susu,

 Tout couvert et tout gris de la poussière des plâtres et du fatras d'un demi-siècle de désordre bourgeois, rongé de vert-de-gris et de rouille, je ne jette même plus un regard au-dehors, tant que tout n'est pas accompli ici. On ne peut pas se représenter ce qu'une économie ménagère conduite par des êtres primitifs et moyenâgeux peut engendrer de stupidités désespérantes, de crasse inhumaine - la description du tiroir dans Le Microbe de l'Or, est encore un conte de fées, à côté de la réalité que je trouve dans la demeure de ma mère.

 Par là-dessus, la pluie lorraine, cinq jours de pluie continuelle : grise et automnale, comme il n'en existe que dans ces régions. Mais elle m'a fait du bien, elle m'a lavé un peu, et purifié. Qu'aurait-ce été, s'il avait brillé un beau soleil du sud !

 Cependant, hélas, il brille ce vendredi matin et il me rend tout triste. Non seulement à cause de mon âme de mineur, mais encore parce que c'est demain l'ouverture des Jeux Olympiques et que le monde entier va crier à nouveau : C'est un temps pour Hitler ! Pendant six semaines, un ciel endeuillé s'est étendu sur l'Europe, mais à chaque date de triomphe nazi, Dieu sourit sur l'Allemagne. Il y a déjà trois ans que cela dure. N'est-on pas obligé d'y apercevoir réellement quelque chose de fatal ?

 Et, dans le monde, cela poursuit son cours ! Toujours plus mal, toujours plus dangereusement pour nous ! Est-ce qu'en Espagne maintenant, ne se forme pas un troisième front fasciste contre la France et contre la liberté ? Bientôt, nous serons pris comme des souris dans ce beau silo à blé.

 Comme je te l'ai déjà annoncé, nous irons demain et dimanche à Metz, 5 rue Dupont des Loges : mais je n'ai pas encore reçu, ici, que ta lettre d'hier, avec le maigre courrier. Merci. Tranquillise-toi d'ailleurs : le jour précédant mon départ, j'avais déjà expédié l'argent, - l'Argus, ta lettre est donc superflue.

 Le mardi, aura lieu le vrai déménagement. Tu sais ce que cela signifie.

 Je suis heureux que l'édition de Candide t'ait plu. Lis et deviens sage, apprends là, comment Voltaire, avec une simplicité grandiose, parfois presque naïve, traite des vérités des plus profondes, valable pour tous les temps. Candide reste pour moi le chef-d'œuvre de la littérature française.

 Une montagne de littérature classique s'est abattue ici sur moi. Je suis rompu. J'ai lu cette nuit, Boileau et Lamartine, en vrac : cela reste de la toile raide. Et pourtant, je veux m'occuper davantage à présent de l'étude des vieux maîtres : je connais bien trop peu Rabelais, Chamfort, Vigny.

 Une petite partie de la bibliothèque de Daniel pourrait être vendue. Un jeune professeur boira avidement à la source des précurseurs. Pour nous, ce n'était que du verbiage grammatical. Mais j'en traînerai une grande partie jusqu'à la maison.

 Hier, nous avons empaqueté le linge de maman - quelles magnifiques toiles anciennes, par instants : beaucoup de pièces qui n'ont jamais été touchées ni lavées depuis cinquante ans.

 Elle nous donnera tous les draps, torchons, etc. Ainsi que la célèbre théière. Et de la vaisselle.

 Comment vas-tu au point de vue santé ? Dans ta haute tour, si près du ciel, tu respires l'air de la campagne. N'aie pas trop vite la nostalgie de venir ici : tu tomberais dans une atmosphère affreuse.

 Je pense beaucoup à toi et j'aimerais, bien plus encore que les années précédentes, parcourir avec toi un paysage italien : mais la mort et le destin m'enchaînent sans condition à cette région sans âme.

 Mon âme ne s'en révolte que plus fort et voltige vers toi

 Yvan

 

lettre d'Ivan Goll Metz à Paula Ludwig Ehrwald 1er août 1936 ImsL p.418/419***

  Metz 1 août 36

 

 Chère Palu,

 

 Ma.

à traduire

Claire Paris à Ivan Goll Nancy du 2 août 1936  MST p.209

  [ Paris, 2 août 1936 ]

 

Laisse-moi venir à Nancy, je t'en prie; Je vais devenir folle ici .

Je t’en supplie, ne fais pas venir maintenant Paula . Tu le feras dans deux mois quand je me serai habituée au Quai Bourbon. Je ne peux plus, je ne peux plus vivre pour l’instant rue Raffet, Je préfère encore mourir. Je me cache toute la journée. Dès 5 H. je ferme les rideaux et les volets pour que l’on ne voie aucune lumière. Là je suis délivrée d’elle et je ne veux plus 

désormais la voir. Plus tard mais pas maintenant. Je t’en supplie encore une fois. : Tu as maintenant une bonne excuse : Renvoie-la chez elle ! J’en ai beaucoup supporté toute une année, mes nerfs sont à bout et il va y avoir un malheur. Je ne peux pas vivre au Quai Bourbon à cause du poêle défaillant et parce qu’il n’est pas encore là. Séparons-nous, ensuite tu seras libre.. Mais délivre-moi d’ici.. J’ai jusqu’à présent tout fait par amour pour toi, fais maintenant le nécessaire à mon égard. Je suis très mal en point, je cherche maintenant la force qui me manque pour subsister

Suzu

 

Fais-moi venir vite !

Demander son avis à Nicole, s’agit-il d’un homme ou de Paula ?

 

Claire Paris à Ivan Goll Nancy du 2 août 1936  MST p.209

 [ Paris, 2 août 1936 ]

 

Laisse-moi venir à Nancy, je t'en prie; Je vais devenir folle ici .

Je t’en supplie, ne fais pas venir maintenant Paula . Tu devais partir dans deux mois quand j’aurais été habituée au Quai Bourbon. Je n’en peux plus, je ne peux plus momentanément vivre rue Raffet, Je ne peux plus qu’y mourir. Je me cache toute la journée. Dès 5 H. je ferme les rideaux et les persiennes pour que il ne voit pas la lumière. Ici, je lui suis livrée et je ne veux pas le voir maintenant. Plus tard mais pas maintenant. Je t’en supplie encore une fois. : tu as maintenant un bon prétexte : Renvoie Paula chez elle ! J’en ai trop supporté pendant une année, mes nerfs sont à bout : il arrivera un malheur. Et je ne peux pas vivre Quai Bourbon à cause du poêle manquant et parce qu’il n’y a encore rien là-bas. Déménageons-nous, ensuite tu seras libre.. Mais fais-moi partir d’ici. Car enfin,j’ai fait à cause de toi, fais maintenant le nécessaire à mon égard. Je suis tombée trop bas, je n’ai plus la force de continuer à vivre

Suzu

 

Fais-moi venir vite !

 

 Ivan Goll Nancy à Claire Paris du 4 août 1936  MST p.210

  Nancy, 4 août 36 [mardi]

Chère petite Souzou

 Merci beaucoup pour ta lettre d'un dimanche de pluie. Je suis heureux que tu supportes si bien la solitude. Ton commerce avec Chateaubriand est précieux. Peut-être travailles-tu aussi ?

 Les grands d'aujourd'hui ne sont nullement aussi petits que tu le dis. Nous manquons de recul pour apprécier leur grandeur. Je parie qu'un Montherlant est égal à Chateaubriand puisque nous parlons de celui-ci. Peut-être même un Cocteau. Lis-tu, depuis trois jours son reportage : Tour du Monde en 80 jours dans Paris-Soir ? C'est tout aussi beau, si ce n'est même plus poétique que "L'itinéraire de Paris à Jérusalem".

Avant-hier, sa vision d'Athènes était un poème inimitable. Il a également senti remarquablement Rouen. J'ai gardé ses articles, si tu ne les as pas ?

 Je ne veux rien te dire de ma situation ici : je suis moralement si brisé, je me sens si abaissé, humilié par toute cette atmosphère, qu'il m'est impossible de reprendre un peu de gaieté. La douleur, au lieu de rendre ma mère plus sage, l'a rendue encore plus "rapiate", encore plus impitoyable, encore plus nerveuse que naguère. Le ton des paroles, le train de vie, chaque parole, chaque geste, sont pour moi des gifles. Je ne puis me risquer à te faire venir ici : tu aurais à subir d'indicibles tourments. Je préfère revenir à Paris la semaine prochaine, je te propose un séjour de vacances, le 15 si le temps ne veut pas redevenir beau. D'ailleurs, le 15 tombe un samedi. On le remarquera à peine. Puis nous ferons des projets pour la suite.

 Demain, transfert définitif à Metz, 5 rue Dupont des Loges. Adieu, Nancy, prison dorée - porte Stanislas. Il s'en ouvre une plus noire à ton

 Yvan

 

 

 

 Ivan Goll Metz à Claire Paris du 6 août 1936 MST p.211/212

  Metz, 6 août 36 [vendredi]

O petit cœur,

 L'averse de tes larmes a ébranlé ce matin, en une heure étrange, les fondements et les caves de cette maison natale dans laquelle j'ai de nouveau dormi en qualité de fils, pour la première fois depuis trente ans : ta lettre, féconde et lourde d'un amour contenu depuis vingt ans, a touché ma vie même, juste comme je dressais un bilan mélancolique.

 Après les jours noirs que je viens de vivre - noire comme le Tischo Beav - ton amour s'est ardemment rappelé à moi : une grande porte claire née de ma sombre jeunesse. Et rappelle-toi avec quelle force et quelle ferveur, avec quelle ruse et quel désespoir j'ai combattu pour toi. C'est pourquoi, on n'a qu'un seul grand amour dans sa vie : parce que l'énergie humaine ne peut parvenir deux fois à cette intensité.

 Par toi, j'ai appris à connaître les parfums des fleurs, le nom des oiseaux, la puérilité des femmes, les Lieder de Schumann, tels que les a sanglotés une gorge tremblante… Par toi, j'ai été délivré de la cécité de notre temps et de la malédiction du sang qui naguère a abreuvé toute la terre …

 Vois donc, mon petit cœur ! ne pleure pas des larmes si insensées. Nous nous appartenons l'un à l'autre jusqu'à la mort, qui en aucun cas n'est plus lointaine, dût-elle se faire attendre encore quarante ans ! Car dans une existence humaine, il n'y a pas autant d'expériences à faire qu'on le croit. Seule la première est grande !: toute répétition a perdu la force lumineuse et la robuste foi de la première.

 Si tu demandes si je suis heureux - en un temps où tu es loin, loin de moi, et si triste - je ne puis malheureusement pas nier, pas complètement, que je le suis. Mais cela ne provient pas du fait que je ne peux plus t'accorder ma protection aimante, ou que je pourrais en aimer d'autres mieux, - la cause en est toujours restée une grande énigme pour toi. "Je solliciterais vainement d'être introduite devant tes yeux … " écris-tu. "Toujours, on s'égare avec toi et on ne sait où on va ".

 Ne pourrais-tu écrire la même chose des yeux d'un chat (que nous avons si souvent loués, presque enviés ?).

 J'ai toujours été un solitaire, sauf avec toi. Toute ma jeunesse, je me suis assis à une table familiale où l'on criait et se querellait ; j'ai dû m'évader, et j'ai construit en moi les collines d'Arcadie artificielles.

 C'est ainsi que je suis devenu un isolé. Aujourd'hui, précisément, je comprends à quel point ce masque était et demeure nécessaire.

 Auprès de toi, j'ai vécu simplement et avec des yeux chaleureux, brûlants. ici, ils redeviennent de verre.

 Mais combien je suis heureux, quand je puis à nouveau rêver dans la prairie, sans me cuirasser, sans me boucher les oreilles. De là, mon être, qui n'est pas double, mais qui a un visage et un masque.

 C'est par la dureté que je suis devenu solitaire. Ah ! quand je n'ai plus besoin de l'être, quand je peux me blottir dans la chaleur infinie de la Femme, quelle molle tendresse apparaît dans mes yeux ! Comme je me donne volontiers, moi qui étais si réservé.

 Mais, prends garde à la nuance : "me donner" est autre chose que "donner".

 De quoi parlons-nous ? Si je suis heureux ? peut-être oui, parce que tu es toujours debout à l'arrière plan de ma vie, parce que tu m'éclaires, tu brilles sur moi :. Si tu n'étais pas en ce monde, j'y serais certainement l'Errant sans appui, qui depuis longtemps me guette au fond de moi. Tu es ma bouée, et tu n'as pas le droit de l'oublier jamais. C'est pourquoi tu n'as jamais à douter de notre amour,

 qui est aussi mouvant, mais aussi éternel que la mer

 Ton

 Yvan

 

 Ivan Goll Metz à Claire Paris du 8 août 1936  MST p.212/213

  Metz, 8 août 36 [samedi]

Chère petite Souzou,

 Cela va déjà mieux moralement.

 Tes lettres bleues s'ouvrent devant moi, comme au milieu des nuages ces lambeaux de ciel nouveau qui font présager un temps meilleur.

 Nous allons voir un peu ce qui serait possible comme séjour à la campagne. En tout cas, pour ce qui est du 15, jour férié universel, où tous, du bourgeois à l'ouvrier, se donnent pour tâche d'aller se faire refuser par les hôtels bondés, nous le passerons tranquillement sur notre quai paisible. Ne m'as-tu pas dit déjà que, pour toi aussi, c'est un "jour rouge" ?

 J'ai écrit une nouvelle ballade, ce matin, de bonne heure. Regarde si elle vaut quelque chose.

 Ci-joint, mes deux derniers coupons, avant une attaque éventuelle au moment du départ.

 Ma mère est quelque peu apprivoisée.

 Et je suis un peu plus calme

 et plein d'amour pour toi

 Ton

 Yvan

 

lettre de Rebecca Metz à Claire Paris 9 août 1936

  Metz le 9 août 1936 [dimanche]

  Ma chère Claire,

 Merci d'abord, de votre si charmante lettre qui m'a fait un immense plaisir et si je ne l'ai pas fait plus tôt, ce sont les travaux de tous genres qui m'ont absorbée constamment. Je veux aussi vous dire combien mon cher Ivan m'a été d'un grand secours, car il m'eût été impossible d'entreprendre une pareille besogne sans aide. Grâce à Dieu, le ménage est ici maintenant, mais il y a encore beaucoup à faire, mais,ayant l'existence pour cela, je prendrai mon temps, puisqu'aujourd'hui, je suis absolument seule et pour longtemps peut-être. J'apprends avec peine que votre fragile santé est toujours très précaire, mais je sais que vous luttez avec tout le courage nécessaire, contre le mal si tenace qui vous accable. Prenez courage et soignez vous de votre mieux puisque pour vos travaux littéraires et de l'esprit il faut aussi être d'aplomb. Je vous renverrai Ivan avant la fin de la semaine, à mon très grand regret, comme bien vous le pensez. Recevez, chère Claire, mes baisers les meilleurs,

  R.

 

carte d'Ivan Goll Metz à Paula Ludwig Ehrwald 10 août 1936 ImsL p.419

  Metz 10 août 36

 

 Chère Palu,

J'espère que tu as reçu mes envois jusqu'à aujourd'hui sans retard.

Aujourd'hui seulement ce mot pour te dire qu'après-demain je retourne pour dix jours à Paris, pour y régler quelques affaires pour ma mère

Ensuite, je reviens en Lorraine et ensuite …

Donc, s'il te plaît, tout courrier chez mes parents

Saluts radieux à vous deux et à tous Iwan

 

carte d'Ivan Goll Metz à Paula Ludwig Ehrwald 12 août 1936 ImsL p.420

  Metz 10 août 36

 

 Chère Palu,

 I.

à traduire

 

Le 15 août Goll revient à Paris et il repart à Metz fin août pour emmener sa mère dans le sud de la France

 

lettre d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 19 août 1936 ImsL p.420/421/422**

  Paris 19 août. 36

 Chère petite Paula [ Paulchen]

 I.

à traduire

 

lettre d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 25 août 1936 ImsL p.422/23/24/25***

  Paris 25 août. 36

 Chère Palu

 I.

à traduire

 

carte d'Ivan Goll Ile de Port-Cros à Paula Ludwig Ehrwald 28 août 1936 ImsL 425  [Ile de Port-Cros, Var] 28.8.36

 

 Chère Palu,

 I.

à traduire

 

 

Ivan Goll Port-Cros à Paula Ludwig Ehrwald 4 sept. 1936 ImsL 425/426   Port-Cros  4 septembre 36

 

 Chère Palu,

 

 Ma.

Ile de Port-Cros (Var)

Hostellerie Provençale

à traduire

 

Paula Ludwig Ehrwald à Ivan Goll Ile de Port-Cros 7 septembre 1936 ImsL 426/427/428***  7. Sept. 36

 

 Cher Ma -

 Ton impatiente

  Palu

à traduire

 

Ivan Goll Port-Cros à Paula Ludwig Ehrwald 7 sept. 1936 ImsL 429  Port-Cros  7 septembre 36

 

 Chère Palu,

 

 Ma.

à traduire

 

carte d'Ivan Goll Port-Cros à Paula Ludwig Ehrwald 12 sept 1936 ImsL 425  Ile de Port-Cros,  12.9. 36

 

 Chère Palu,

 Ton I.

à traduire

 

 

 Ivan Goll, 37 Quai d'Anjou à Claire 31, rue Raffet du 16 sept. 1936  MST p.213/214

 mardi matin 4H [ 37 Quai d'Anjou ]

Chère petite Suzu,

Quatre heures : ton réveil était inutile. Ton destin m'empêche de dormir. Je pars avec un coeur déchiré, dans ces jours de fête.

Mais bientôt, tout ira bien de nouveau.

J'ai réfléchi que je pourrai te consacrer toutes mes soirées, même pendant que Paula sera là, de 7 à 10 . Je dînerai avec toi et je te mettrai tous les soirs au lit. À elle, je dirai que j'ai un service dans une rédaction, de 7 à 10. Cela ne lui fera rien : elle sait qu'un homme ne peut pas et ne doit pas être toujours là.

 Puisque tu seras ma voisine, quai Bourbon, tout cela sera facile et splendide. Le matin aussi, je ferai un saut chez toi, et t'apporterai ton déjeuner. Je ferai simplement les provisions en double.

 Ainsi donc, installe-toi bientôt quai Bourbon! Alors, tout sera immédiatement arrangé. Dès la semaine prochaine.

 Ne serait-ce pas mieux pourtant que nous achetions tout de suite au moins les tapis et les rideaux, avant que le prince Bibesco revienne et s'en avise lui-même ? 150 francs est un prix ridicule. La tenture rouge, à elle seule, vaut davantage. Peut-être téléphoneras-tu ce matin pour dire à Richer qu'il écrive tout de même à Bibesco, comme déjà dit, dans le sens où nous en étions convenus hier. (Mais ne montre pas ta hâte au téléphone !) Dis-le, comme ça, incidemment : et en ce qui concerne les meubles, nous nous entendrions sûrement avec le Prince. Mais il faudrait que tu aies un contrat ferme au sujet de la moquette, car tu désires déjà tout de suite faire poser les papiers peints, longtemps avant octobre, avant l'arrivée de Bibesco. Et il est nécessaire que ces papiers muraux soient harmonisés avec les tapis et les rideaux. À présent, au moment où Bibesco apprendra qu'on lui verse tout de suite 7000 comptant, il donnera les choses à bas prix.

 Ensuite, qui sait ?

 Ce soir je prie pour toi

 Ivan

 

Ivan Goll Metz à Paula Ludwig Ehrwald 19 septembre 1936 ImsL p.430/431

  Metz 19 sep. 36

 

 Chère Palu,

 

 Ton impatient I.

à traduire

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 23 septembre 1936 ImsL p.431/432

  Paris 23 sept. 36

 Chère Palu

 I.

à traduire

 

28 septembre Paula vient à Paris et habite 37, Quai d'Anjou ; elle va y rester jusqu'au 4 novembre

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Zurich 29 septembre 1936 ImsL p.431/432

  Paris mardi soir

  [29.9.36]

 Chère Palu

  Ton

 I.

à traduire

 

 Ivan Goll, 37 Quai d'Anjou à Claire 31, rue Raffet 8 octobre 1936  MST p.214/215

Jeudi soir

Dix heures [ 8 octobre1936 ]

Chère petite Suzu,

 

 À l'instant, il y a 10 minutes, j'ai reçu le télégramme ci-inclus, qui bien entendu m'inquiète fort  

 Je pars demain matin à 7 heures pour Metz. Je ne crois guère que la maladie soit très grave, car avant hier soir, ma mère m(a encore écrit une longue lettre où il ressortait qu'elle était très gaie.

Paula reste pour l'instant dans mon appartement.

Je crois qu'en tout cas, il vaut mieux que vous deux, vous ne vous rencontriez pas.

Si je devais être retenu trop longtemps à Metz, elle retournerait simplement à Zurich et à Ehrwald.

Mais il est possible que tu sois obligée de venir à Metz ! Je t'écrirai demain, aussitôt, avec précision.

Aujourd'hui, j'ai appelé au téléphone à midi moins le quart et à 8 h et quart : chaque fois, tu étais sortie "depuis quelques minutes " Dommage que je n'ai pas pu te parler. Je voudrais savoir comment tu vas.

Dans l'inquiétude et l'amour

Ton

Ivan

Le poêle est arrivé aujourd'hui et il brûle magnifiquement.

 

du 9 octobre au 12 Goll vient auprès de sa mère à Metz

 

Claire 31, rue Raffet à Ivan Goll, Metz 9 octobre 1936  MST p.215

 vendredi 

   9.10.36 [Paris ]

Chéri,

 A l'instant, ton pneumatique. Verte espérance. Merci pour le chapitre et pour ton amour. J'espère que la maladie de ta mère n'est pas grave. Je t'en prie, ne prends pas froid toi-même dans sa demeure glaciale ! Dois-je écrire tout de suite quelques lignes à ta mère? Rédige-les, je t'en prie, à cause des gaffes.

 Ici, les jours s'écoulent amers et noirs comme le Styx. J'ai déjà un pied dans ce fleuve... Et l'autre dans la Seine, Quai Bourbon, espérant le printemps.

N'as-tu pas oublié de donner congé ? Fais-le, en recommandé. Tu peux d'autant mieux le faire, que je conserverai toujours cet appartement, ici. Car tu connais la loi : plus l'un des 2 est froid et lointain, plus l'autre le désire. Ainsi en est-il maintenant ici : seulement, l'autre ne désire, comme déjà dit, qu'une ombre du Léthé.

 Je suis toujours avec toi, réchauffe-moi de tes yeux.

 En tout amour

 Ta

Zouzou

 

 Ivan Goll, Metz à Claire Paris 9 octobre 1936  MST p.216

 Metz. 9 octobre 36

 Chère petite Souzou,

 Fausse alerte ! Dieu merci ! J'arrive ce matin à 10 heures à Metz : ma mère est folle de joie de me voir. Jamais encore elle n'avait eu si bonne mine . Les lèvres rouges, une langue tout à fait saine, elle n'avait qu'un refroidissement intestinal, le médecin lui avait prescrit quelques pilules, et lui avait demandé si elle ne voulait pas aller dans une clinique, étant donné qu'elle est seule et sans son soins. "Non, mon fils peut très bien me soigner, il fait excellemment la cuisine fermer ", et le télégramme est parti. Ce voyage était absolument inutile, Gaby en a convenu elle même. Une autre fois, je téléphonerai d'abord, avant de partir.

 Dimanche, je reviendrai en toute hâte j'espère que tu ne coules plus des jours aussi sombres. Pour les éclairer, voici 1 livre = 104 francs changeables n'importe où.

 Travailles-tu ?

 (Peut-être partirai-je dès demain soir : alors je pourrai cuisiner pour toi, dimanche à midi ?) je téléphonerai dimanche matin, si...

 Un baiser aimant

 Ivan

lettre d'Audiberti à Claire du 25 octobre 1936

 Très chère

J'ai tardé à vous écrire, occupé que j'étais à mettre au point ce poème que je ne trouvais pas très réussi

 Je baise vos mains trop belles

 Audiberti

 A bientôt ? Tout mon cœur …

 J

SDdV Aa37 (204) - 510.299 III

 

lettre de Goll Paris 3 novembre 1936 à Paulo Duarte, lui disant son intention de reporter son voyage au Brésil, pour mettre en ordre ses affaires, Claire l'accompagnera, voir article de Pierre Rivas dans Europe : Goll codirigerait le Département du patrimoine historique et artistique du Musée de Saõ Paulo et Claire en deviendrait la Secrétaire Générale.

 

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 5 novembre 1936 ImsL p.433

  Paris 5 Nov. [1936]

 Chère Palu

 Ton solitaire

  Ma

à traduire

 

Carte d’Ivan Schlettstadt à Claire Paris du 8 novembre 1936  MST p.213

  Schlettstadt 1. septembre 36

Cher Ange céleste,

 Mon père te remercie pour ton cœur aimant et il t’envoie , en échange ces fleurs,

 Eternellement tien, Ivan

 

carte d'Ivan Goll Colmar à Paula Ludwig Ehrwald 9 nov. 1936 ImsL 434

 Colmar,  9 nov. [1936]

 

 Chère Palu,

 

 Ton Ma

à traduire

 

carte d'Ivan Goll Colmar à Claire, Paris 9 novembre 1936 MST p.217

 Colmar, 9 novembre [dimanche]

Chère Zou, 

 Je me suis agenouillé dans l'éclat du soleil devant le tombeau de mon père et tout de suite après, sous la voûte conventuelle, devant la résurrection de cet esprit immortel (Isenheimer Altar). Un jour saint.

 L'Alsace m'a accueilli de façon touchante, par du beau temps, après une nuit reposante, pendant laquelle j'ai beaucoup et bien pensé à toi. J'espère revenir vendredi et je te rapporterai de Schlettstadt un rameau de lierre.

 Ton

 Yvan

 

Ivan Goll Zurich à Paula Ludwig Ehrwald 10 novembre 1936 ImsL p.434/435

  10 Nov. 36

  [ Zurich, Select Bar, Limmatquai, 16]

 Chère Palu

 

 Ton

 Ma

à traduire

 

 Ivan Goll, Metz à Claire Paris 12 novembre 1936  MST p.217/218

Metz le 12 novembre 1936

Chère petite Zouzou,

 Pluie et jours inactifs. Un monde sombre et sans âme, ce Metz tout en pierre

 Il est loin derrière moi, ce jour traversé d'éclairs de soleil, au-dessus de de l'Alsace : des éclairs qui faisaient éclater les tombeaux et libéraient le Sauveur.

 Ici, parmi les vivants, on ne fréquente que la mort grise et les hommes nombreux.. Ma mère s'agrippe à sa douleur personnelle et ne lui laisse aucune relâche.

 Et pourtant, je ne peux pas encore partir demain : je dois l'accompagner à Nancy chez le notaire. En sorte que je ne reviendrai à la maison que samedi soir, et pourrai alors de préparer un dimanche hospitalier au quai d'Anjou.

 Depuis mon départ, je suis en très bonne santé, peut-être grâce à ta prière bleue du soir.

 Voici 50 francs pour les jours supplémentaires, et la chaleur de mon coeur.

 Ivan

 

carte d'Ivan Goll Metz à Paula Ludwig Ehrwald 13 novembre 1936 ImsL p.435/436

  Metz 13 Nov. [1936]

 

 Chère Palu,

 Ma

à traduire

 

Paula Ludwig Ehrwald à Ivan Goll Paris 19 novembre 1936 ImsL 436/437***   Ehrwald 19 Nov. 36

 

37, Quai d'Anjou !

 

 Paulalu

à traduire

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 23 novembre 1936 ImsL p.438/439/440*** 

  37, Quai d'Anjou

  23 Nov. 36

Palu,

Je crois à ta souffrance.

Je la comprends.

Mais, je veux t'aider

 Iwan

à traduire

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 24 novembre 1936 ImsL p.438/439/441/442*** ******* 

  37, Quai d'Anjou

  24 Nov. 36

Chère Palu,

 Iwan

à traduire

 

[ deuxième lettre 24.11.36] ImsL p.442/443

 

 

 

 Ton Iwan

 

Paula Ludwig Ehrwald à Ivan Goll Paris 29 novembre 1936 ImsL 443/444/445/446/447***

 

**********************************    29 Nov. 36

 [Ehrwald]  

Cher Yvan

 

 

 

Mon Ma - Ma colombe noire

J'ai écrit si longuement et si intensément à Yvan -

 

à traduire

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 2 décembre 1936 ImsL p.447/448/449 

 Paris 2. Décembre 36

 Palu !

 Iwan

à traduire

 

Claire, 31, rue Raffet à Ivan Goll, 37 Quai d'Anjou 12 décembre 1936  MST p.218

  samedi

  [12.12.36 - Paris, 31, rue Raffet]

Chéri,

J'y ai encore attentivement réfléchi : je ne veux pas entrer lundi dans un appartement où tout n'est qu'à moitié prêt, j'en ai assez des ouvriers

C'est pourquoi j'ai téléphoné à Dumur et, sur ma demande énergique de remettre la date au même prix, nous sommes tombés d'accord pour jeudi à deux heures. Ainsi l’électricité pourra être installée, le W-C et le placard à linge mis en place . Celui-ci ne sera pas dans le coin , mais au milieu du mur, et son côté ouvert sera fermé par une planche faite par le menuisier

En conséquence de quoi, je viendrai chez toi pour déjeuner, dimanche vers midi.

En tout amour

Ta

Zou

Et s'il te plaît, range un peu, c'est-à-dire ne laisse traîner ni la broche d'Andrée ni la chemise de nuit de Gaby et surtout pas les balbutiements d'amour de ta nouvelle épouse morganatique, la fille de Georges Feydeau.

L'ordre économise et les souffrances.

Quand tu viens chez moi, tu ne vois pas non plus la moindre cravate de D.

 

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 21 décembre 1936 ImsL p.449/450/451 

 Paris 21 Décembre 36

 Chère Palu

 Iwan

à traduire

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 24/25 décembre 1936 ImsL p.451/452/453 

 Nuit de Noël 1936 [Paris]

 

 Manyana

 I.

à traduire

 

 Carte d’Ivan Goll, Metz à Claire Paris  1936  MST p.219

 Metz. 29 décembre 36

 

 Chère petite Zouzou, 

Voici un petit échantillon d'art lorrain ancien.

Il fait ici terriblement froid et brumeux ; tu y aurais passé des journées bien tristes. Quelle chance que je ne t'ai pas emmenée.

Ma mère était justement malade à nouveau, quand je suis arrivé, et elle a été très heureuse que je puisse l'aider.

Nous ne chauffons qu'à 1/4 le fameux poêle à combustion continue, et il n'y a pour le dîner qu'un oeuf et du fromage de Munster.

Je rentrerai jeudi à 4 heures et me rendrai tout de suite au quai Bourbon pour en rendre l'appartement plus hospitalier. Arrive vers six heures. Le soir, nous sortirons peut-être pour réveillonner.

J'apporte des rideaux, de la vaisselle et beaucoup d'amour.

 Ivan

Ci-joint 50 fr.

Ivan Goll Metz à Paula Ludwig Ehrwald 30 décembre 1936 ImsL p.453/454

  Metz 30 Déc.. [1936]

 

 O Paulchen, Paula, Palu,

 Ma

à traduire

 

lettre de la maman d'Yvan (non datée) est-elle de 1936 ou de 1939 à replacer

 Jeudi soir,

 Cher Mig

 Ta lettre reçue ce matin m'a complètement atterrée en la lisant : Que l'on te faisait une proposition, tu m'en avais touché un mot ces temps derniers, mais à laquelle je n'ajoutais aucune importance.

 Aujourd'hui, tu sembles emballé, cette nouvelle et ton emballement m'ont atterrée à tel point que j'ai cru sentir la terre s'entrouvrir et m'engloutir : Songes donc que je n'ai que toi et ne vis que pour toi. Je suis sortie de cette stupeur toute anéantie, ne pouvant plus ni causer ni respirer c'est à dire que j'ai ressenti une syncope. Est-ce possible que je devrai survivre à cette nouvelle catastrophe, moi qui ne vis que de ta présence, lorsque tu me quittes, je supporte le temps jusqu'au moment de te revoir et je ne vis que dans cet espoir: te revoir. Enfin s'il m'est donné de supporter une nouvelle épreuve Dieu seul sait si j'aurai le courage d'aller jusqu'au bout sans fléchir. Ce traître de Daniel m'a déjà tuée à moitié, je ne suis plus que l'ombre de ce que j'étais et j'aurai à supporter l'autre moitié : en suis-je capable ?

 On fait miroiter à tes yeux les 3000 Francs mensuels mais la moitié ne t'est-elle pas assurée et plus ici, sans compter les surplus* ? c'est cela qui t'enchante. Mais je suppose que tu vas réfléchir et songes aussi que depuis quelque temps ta santé laisse à désirer. Claire de même est souvent patraque as-tu aussi réfléchi si le climat vous sera favorable ? au pays déjà vous n'êtes costauds qu'à demi, que sera-ce au Brésil ? Si vous êtes malades, les 3000 Francs seront vite volatilisés et là-bas je ne vous viendrais pas en aide et qu'est-ce cette somme pour s'expatrier ? Quant aux 4000 F envoyés, ce n'est même pas suffisant pour la traversée à deux.

Enfin, réfléchissez bien, et donnez-moi vite un mot qui me sorte de l'angoisse, qui me rassure et qui me confirme que c'est à tort que tu t'es emballé.

 Ta mère qui n'a que toi et qui t'embrasse de tout son cœur

 Rifka

* Rebecca versait 1500 Francs mensuellement à Goll et faisait face aux imprévus

 Saint-Dié 510.340

 

                                                           1937

 

Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 3 janvier 1937 ImsL p.455/456 *** 

 

carte d'Henri de Montherlant à Claire Goll du 5 janvier 1937

 Nice 5.1.37

 Chère Madame

 Les "Dieux", comme vous dites, sont actuellement enfouis dans leur propre création et ne sauraient plus distraire sans péril grave, celui de perdre l'unité de leur pensée et de leur mouvement. Oh ! mon Dieu ! Perdre son unité, ce serait horrible ! Mais quand nous serons redescendu des sommets, nous lirons avec plaisir, l'histoire de l'enfant abandonné après vous avoir fait un signe de nos sourcils.

 Montherlant

 

Yvan est à Nice, avec sa mère depuis le 7 février 1937

 

Lettre d'Audiberti à Yvan Goll du 11 février 1937 ***

En réponse à une lettre d'Yvan (Nice) accompagnée du poème JsT épouse la lune soumis à l'avis critique de Jacques A. qui sera en mai 38 dans le deuxième livre de JsT.

 

Mon bien cher Ami,

J'ai reçu avec la plus grande joie, partagée par ma petite Marie-Louise, la gentille et douce boîte de fruits confits. Je vous remercie de ne pas oublier votre camarade métrique.

Jacqueline, la pauvre, n'a pas pu participer au repas sucré de votre amitié. Elle est couchée depuis quinze jours, non plus à cause del' rhume, mais elle nous fait quelque chose comme une dysenterie amibienne. Hier, une consultation a eu lieu ici. Aujourd'hui, je dois porter dans un laboratoire ses déjections, pour que l'on sache exactement quelle médication lui appliquer.

Pardonnez-moi de ne pas vous avoir écrit plus tôt. Je suis soumis à de fortes peines.

 Le quatrain hélium péplum, n'est pas évidemment, dans le jaillissement de ce que j'eusse moi-même écrit, non plus que "insouciantes tètent", mais là n'est pas la question. Personnellement, je n'aime pas énormément nous drape un péplum. Nous tisse un péplum est mieux (Ici, c'est le mystère de la voix personnelle, et je suis moi-même trop lié à une certaine forme d'expression pour que mon jugement soit tout à fait valable).

La strophe : le blême liquide ... m'enchante.

Mon bon ami, ne m'en veuillez pas d'être si bref. Je dois partir au laboratoire.

La vie est exigeante... dure parfois. Ce que vous dites de Nice m'enchante. Tout cela est si juste. Ce faux soleil, ces cadavres debout mais il y a la vieille ville, la patrie nissarde. Allez la saluer, place Saint-François, ou bien au coin de la rue Colonna d’Istria et de la rue de la Préfecture. La mer et la montagne forniquent là dans l’ordure. Le Dialecte y célèbre le Scepticisme et la Famille. Et les pigeons prennent de beaux virages ramés. Allez, avec votre maman, manger "Da Bouttan", place du marché aux herbes, à huit pas de Santa Reparata. Montez au premier étage. C’est chiqué, littéraire, mais tout de même, il y a des vestiges, des allusions authentiques. Le patron a l'accent marseillais, mais le garçon parle un bon niçard.

Nice ... Tout y est faux, mais la mer, même sous les pilotis de la Jetée-Promenade, a cette voix profonde et régulière

 A bientôt ? Et merci, et pardon

  J

SDdV Aa45 (257) - 510.299 III

 

Lettre d'Yvan (Nice) à Claire (Lastra - Florence) 12 février 1937 MST p.219/220

 Nice 12.2.37

Chère petite Suzu

Aujourd'hui vendredi matin, rien d'autre à la Poste que ton télégramme qui m'attriste, car je t'avais envoyé une longue lettre mardi et je suis désolé que ce soit aussi long pour arriver. Tu l'as maintenant certainement en sécurité entre les mains.

Hier, ta lettre a coloré en bleu toute ma journée, bien qu'il ait plu et que je me sois montré sur la Promenade des Anglais avec mon beau costume, comme tous les snobs. L'atmosphère ici est toujours répugnante. D'ailleurs, du matin au soir il fait très frais et humide si bien que beaucoup de gens ont pris froid. Je ne regrette plus autant maintenant ton départ. Et quand le soleil luit sur tes bosquets d'oliviers, ce doit être là-bas complètement magnifique, à Lastra. En outre, le soleil brouille complètement le vide babil à côté de moi. Je suis immatériel et intérieurement encore je n'ai jamais baigné dans un tel gris et un tel néant comme actuellement. Impossible de penser à autre chose qu'à cette idée; Qu'allons-nous manger maintenant ? Combien ça va coûter ? Et à cause d'un bruyant désespoir j'ai fumé toute la semaine comme un malotru si bien que je me sens maintenant complètement mal. Je me laisse aller, je ne fais plus aucune culture physique, ne lisais rien : - pourtant, hier matin, j'éprouvais un tel dégoût que je pris une grande résolution ! Voulais-je réellement devenir déjà un vieillard grisonnant ? Je mangeais un kilo d'oranges et je décidais de ne plus jamais fumer !

Aujourd'hui, ça va déjà mieux.

Dis à Kurt Wolf que je le remercie de sa lettre et que je verse aujourd'hui 500 frs. sur la Banque de Barclay. Combien te compte-t-il la pension ? Sinon, pas de courrier que l'invitation Eliat. Ecris-lui une petite carte,

 et salue tous les loups [Wölffe]

 pour ton mouton

  Yvan

lettre d'Yvan (Nice) à Claire (Lastra - Florence) 17 février 1937 MST p.220/221

Chère petite Suzu,

 Ta lettre de vendredi dernier a enrichi de ton sourire ma journée d'hier. Et j'en avais amèrement besoin. Si je ne t'ai pas écrit tout de suite, c'est que j'allais assez mal. Trois maux se sont abattus sur moi. Le rhume du début ne s'améliore pas dans cet air humide. Il souffle un mauvais vent ; mais le soleil brille dangereusement et cela vous induit toujours en erreur. C'est ainsi que j'ai pris un coup de soleil et de forts maux de tête. Troisièmement, voici que fleurit à mon cou un gentil furoncle, proprement attisé par le mauvais régime du Prix-fixe : c'est ainsi que déambule sur la promenade des Anglais ma silhouette mélancolique, bandée et frissonnante … Ma mère me fait des pansements … et le fameux Midi me malmène.

 C'est une chance que tu aies fui ce rivage. Et je suis heureux que tu te trouves si bien chez les Wolff, et que tes petits amandiers soient plus poétiques que ceux d'ici. Le froid de Florence est certainement plus sain que la chaleur niçoise.

 Ici, tout est faux même le soleil.

 Ma mère reste jusqu'à la fin du mois : cela ne fait plus bien longtemps. J'espère qu'à ce moment-là, ma furonculose sera guérie. Je n'ai pas encore décidé si j'irai alors te rejoindre : je n'en ai pas grande envie. Je suis bien trop désireux de me remettre à faire confortablement ma cuisine, car je suis sursaturé des nourritures d'hôtel.

 Absolument aucun courrier intéressant : rien que cette coupure de La Revue Doloriste avec ton très intéressant article. Je déplore cependant que tu cherches trop à y faire preuve de savoir et ne parles pas assez de ta propre douleur. Quand, quand te laisseras-tu aller entièrement dans tes écrits, quand y seras-tu toi-même ? Se donner tout simplement, tout humainement, avec moins de style ? Entièrement femme ? Entièrement Mansfield ?

 Comme je te l'ai dit, 500 lires ont été versées chez Barclay pour Kurt Wolff. 500 autres lires suivront dans quelques jours.

 Salue tout le monde, y compris Hasenclever, dont, si bizarrement, tu ne dis rien.

 En tout amour, ton

 Yvan

 

lettre d'Yvan (Nice) à Claire (Lastra - Florence) 19 février 1937 MST p.221/222

 Nice, 19.2.37

Chère petite Suzu

 Comme tes trois violettes sentent bon : plus enivrantes que les buissons de mimosa et d'oeillets du marché niçois ! C'est par un matin ensoleillé que tu m'as fait fleurir ce don, et je suis à nouveau riche d'espoir.

 De mes trois maux il ne me reste guère que le bouton de furonculose, sur lequel je pose une des trois violettes : d'ailleurs, il se guérit déjà grâce à un sérum, qui stoppe toute propagation du mal.

 Le ciel est doux, et mon cœur aussi.

 Comme je me réjouis que tu te portes bien. Mais pour que non seulement ton petit corps, mais aussi ton âme engraissent, je te l'annonce tout de suite : je viens !

 Ma mère part d'ici le 28. Moi le 1er mars, je partirai pour Gênes, Lastra et Santa Clara.

 Ce seront alors les jours où se répandra sur les collines florentines le plus rose délire des amandiers.

 Oui, les petites maisons avec leurs oliveraies, ou même sans, me séduisent beaucoup, et aussi leur prix. Nous examinerons tout cela tranquillement.

 Pas de courrier. Pas de travail. Rien que des fleurs et du soleil.

 Mais prends en considération ma dernière critique : n'écris qu'avec abandon !

  Tendrement à toi

 Yvan

 

lettre d'Yvan (Nice) à Claire (Florence) 23 février 1937 MST p.222/223

 Nice, 23.2.37

 

Chère petite Suzu,

 J'ai reçu tout à l'heure, ensemble ta lettre de samedi et ta carte de dimanche (mais le télégramme hier matin).

 Tu me plonges dans la perplexité. Avant toutes choses, tu devrais dire aux Wolff que je peux rester, tout au plus, de 8 à 10 jours. Notre billet échoit le 12 mars, Et pour d'autres raisons encore, nous devons rentrer à Paris.

 Est-ce bien la peine que les Wolff bouleversent tous leurs projets pour si peu de temps ? Est-ce la peine de s'installer dans un appartement avec cuisine, pour une semaine ? Juste le temps que je fasse connaissance avec les casseroles ? que j'ai appris à faire le marché ?

 D'un autre côté, l'invitation à Rapallo est aussi très séduisante.

 Mais puisqu'il ne s'agit que de toi, puisque je ne vais en Italie que pour toi, je te laisse choisir le lieu où nous pouvons passer ces dix journées de mars. Télégraphie-moi ta décision.

 J'ai versé aujourd'hui, de nouveau, 500 lires à la Banque de Barclay pour K. W. Fais donc les comptes avec lui. Si je ne viens pas, j'en verserai encore autant, afin qu'il puisse te transmettre un peu d'argent de poche.

 Ci-inclus, des cartes postales de Nice. 

 Je suis de nouveau, tout à fait bien portant et je fais de splendides excursions, seul à Cagnes, à Eze, etc.

 A la roulette, j'ai gagné 400 Fr. en 20 minutes, mais le jour suivant j'en ai reperdu la moitié.

 Mes meilleurs saluts à tous. A toi, beaucoup d'amour

 Yvan

 

lettre d'Yvan (Nice) à Claire (Florence) Mardi Gras 2/3/16/23/30 vérifier mars MST p.223/224

 Nice, Mardi-Gras 1937

Ma chère Zouzou,

Avant-hier, en causant avec un Italien venant de Bologne, qui m'apprit qu'il y pleuvait depuis trois jours, je ne pus retenir un de ces cris rauques, coutumiers à mes ancêtres les hiboux. Je rageai une fois de plus de t'avoir laissée partir de ce paradis, où il fait du soleil tous les jours, où douze douzaines d'oeillets gros comme le poing coûtent 10 frs., où tu n'aurais eu qu'à te laisser vivre, par exemple dans un hôtel de Cimiez à 15m. du centre de Nice en bus....

Au lieu de cela, tu es allée te jeter sous les averses de Florence, dans les hôtels désuets et dans la gueule des loups....

Certes, il y a ma mère, mais pas aussi encombrante qu'on eût pu le croire. L'Hôtel Félix Faure est ma foi, très confortable, situé juste à côté du Grand Hôtel que nous avons vu de loin, de la place Masséna, te rappelles-tu ? Et nous mangeons dans des restaurants qui valent bien Le Rallye.

J'ai trouvé la cavalcade vraiment intéressante. Les têtes sont modelées par de vrais artistes, et elles ont souvent cette force de comique ou de tragique que nous recherchons dans les masques des primitifs

 La bataille aux confettis de plâtre, qui tombent de certains chars ou lancés sur le public avec des pelles et avec la force de mitrailleuses, est exubérante et déchaîne des tonnerres de rire et d'effroi, car ils font mal, et le public est forcé de se munir de véritables masques défensifs; le roi Gustave V lui-même l'a porté.

 Pour le reste, évidemment, il est entendu que Nice n'est qu'un cimetière où les vivants plus que morts mènent une sarabande effrayante. Tous les vieillards d'Europe gâteux et galetteux se sont donné rendez-vous devant le Ruhl sur la promenade des Anglais. On frissonne en les voyant, lorsque, quelques minutes auparavant, on a lu un discours du sud ou du nord. Ici, on assiste vraiment à la fin d'un monde. Et tous ces spectres ingurgitent paisiblement leurs menus à prix fixe.

 J'attends avec anxiété de tes nouvelles. Es-tu contente, ou regrettes-tu ton départ? C'est de cela que dépend la couleur des jours prochains

 de ton éternel amant

 Yvan

 

lettre en français **

 

Claire (Florence) à Yvan, 49 Quai de Bourbon à Paris (IV ème) 28 mars 1937 MST p.224

 

 A Jean sans Cœur

 

Mon Chéri,

 J'aime ta présence et ton absence, car tu es davantage présent quand tu es absent. Je me réjouis dès le matin de te revoir le soir après une absence douloureuse et pleine de dangers inconnus. Et le soir, je m'endors en attendant le matin pour te revoir pour la première fois. Innombrable et étrange, je te rencontre partout et tu ne me reconnais jamais. Seule, mon écriture - témoigne de ma main droite et de mon cœur plus que gauche - est pour toi une preuve certaine que j'existe malgré moi et surtout quand tu m'admets dans tes rêves en voyant ma signature.

 Claire Sans Lune

 

 (A la veille de l'anniversaire de "Jean sans Terre")

 

carte-lettre d'Ivan (Metz) à Claire (Haybes s/Meuse) 14 avril 1937 MST p.224

  Metz 6h. du soir

 Chérie,

Quelle chance tu as dans ton château!: ici l'appartement n'est pas chauffé. Vers le soir maman a essayé d'allumer le poêle, mais elle n'a réussi qu'a remplir toutes les pièces de fumée.

 Il est vrai qu'il y a du bon pot-au-feu et des carpes farcies.

 Pendant tout le voyage, je ne pensais qu'à toi et je t'aimais davantage à chaque kilomètre.

 Sois patiente et écoute le chant du pluvier, mon frère

 

 Ton Ivan

 

Ecris-moi encore, s'il-te-plaît poste restante 

 

Carte-lettre d'Ivan (Metz) à Claire (Haybes s/Meuse) 15 avril 1937 MST p.225

 Chérie,

Je pense à toi avec de la peine au cœur : il fait si froid. S'il te plaît, dis à la Baronne [Catoir] que tu es disposée à payer du bois en supplément, comme à Lastra [chez Kurt Wolf] : qu'on t'en donne beaucoup !

 En tout amour,

 Ivan

 

Dédicace d'Audiberti à Yvan et Claire Goll du 3 juin 1937 ***

  à Ivan et à Claire

 au bord de la Seine, qui, déjà,

 roule nos cadavres, mais vers

 quelle éternité ? Je n'ai, une

 fois encore, à donner que mon

 cœur lourd de mots... Mais je

 voudrais, mais je veux que, parmi

 ces mots, germe, lève et fleurisse,

 sans cesse, la perle de mon

 amitié et de ma pure tendresse

 pour Jean - Sans - Terre (qui m'a

 attendu sur la route et pour

 Claire qui se méfie de Dieu .

 Audiberti

  3 juin

  1937

 

lettre d'Yvan (Metz) à Claire (49, Quai de Bourbon) 30 juin 1937 MST p.225/226

  Metz 30 juin [37]

 Chère petite Suzu,

Ta lettre bleue a apporté un peu de ciel dans cette demeure grise. Tu sais que ma faculté de souffrir est inouïe et que le froid de cet été m'atteint durement. Je recommence à devenir de plus en plus jaune.

 Si le temps était beau, j'aurais nagé dans la Moselle, j'aurais fait l'ascension du Mont St-Quentin, la montagne de mon enfance.

 Mais il me reste peu de temps pour cela. Hier, j'ai téléphoné au notaire, à Nancy, qui nous a fait savoir qu'il a enfin la réponse des parents, mais que celle-ci est en partie négative en ce qui concerne les prétentions de ma mère. Pour mettre cela au clair, nous devons aller demain à Nancy, et je ne lâcherai pas prise, jusqu'à ce que toutes les questions soient éclaircies jusque dans le détail.

 Cela peut durer des heures.

 Mais les récents événements de Paris indiquent toujours plus nettement qu'il faut résoudre, le plus vite possible, toutes les questions en suspens. C'est encore un nouveau glissement vers l'abîme.

 Dans ces conditions, je ne rentrerai à Paris que vendredi; et probablement tard dans la nuit. Je ne veux pas t'indiquer d'heure précise, car tout est encore dans le vague.

 Espérons que l'après-midi d'aujourd'hui, chez Grasset, t'a donné pleine satisfaction. Le succès de ton livre dépend de ton charme, pas seulement de ta coiffure.

L'emploi de tes soirées est fixé : hier, Audiberti, aujourd'hui Beye, demain Grabinoulor, et après-demain je serai de retour.

 Je suis très content de l'article de Maxence.

 Et surtout de te retrouver

 Ton

 Y.

 

 

Yvan avait préparé la fuite de Paula de l'Autriche en raison de l'aggravation de la situation politique et il avait loué dès le 10 juillet 1937 un petit logement pour Paula dans la rue Saint-Louis-en-l'Ile. Quand Paula viendra quelques jours à Paris à la mi-avril 1938, sans que Claire en soit informée, elle ne s'installera pas dans l'île Saint-Louis mais prendra une chambre rue d'Assas dans le VIème arrondissement

 

carte-lettre d'Yvan (Metz) à Claire (Paris) 20 septembre 1937 MST p.226

 Metz 20 septembre 37

 Chère petite Zouzou,

 Ma mère se réjouit fort de mon arrivée. C'est réellement pour elle un jour férié. Depuis ce matin, nous nous occupons de choses sérieuses. Je ne peux pas aujourd'hui pousser à aller à la Banque et pense t'envoyer les 100 frs. demain matin. Pourvu que tu te remettes bien et que tu sois de nouveau calme et gaie.

 Ton Vani

 Je me suis régalé de tes magnifiques sandwichs

 

lettre d'Yvan (Metz) à Claire (Paris) mardi 21 septembre 1937 MST p.226/227

 Metz 21 septembre 37

 Chère Zouzou,

 A peine suis-je depuis une heure à Metz, que la vie y reprend son cours comme si, depuis 30 ans, je n'avais jamais quitté cette ville. Ni les gens ni leurs affaires ne semblent avoir changé, et on en éprouve une sorte d'horreur de soi-même.

 Demain, mercredi, ma mère et moi partirons pour Nancy, et nous espérons y mettre fin à cette histoire d'héritage. Mais il n'est pas certain que tout ira sur des roulettes. Si oui, nous nous rendrons jeudi au Luxembourg, en sorte que je ne pourrai sûrement pas quitter Metz avant vendredi matin : j'arriverai alors à Paris à midi et je serai dès 1h½ au Quai Bourbon, où un repas frais et pur, à la Bircher Benner voudra bien m'attendre. Ici, je recommence à manger beaucoup de viande.

 Les deux abcès sont apparemment guéris : celui du bras est tout-à-fait fermé, et celui du cou est en régression.

 Comment vas-tu ? Comment te réussit la solitude ?

 Tu devrais peut-être un matin, chercher encore dans les quartiers du Luxembourg et de Grenelle, s'il n'y aurait pas un appartement intéressant. La guerre se rapproche toujours, vue d'ici, et 13.000 Frs. paraît être un chiffre trop pesant. Se retirer à la campagne serait le plus sage, en gardant un tout petit pied-à-terre à Paris.

 Voici 100 frs. que je t'ai promis, pour les dépenses d'intérieur.

 Salutations de Rifka

 et de ton vieil

 I.

carte-lettre d'Yvan (Luxembourg) à Claire (Paris) jeudi 24 septembre 1937 MST p. 227

 Luxembourg 24 septembre 37

Chère Zou,

 nous sommes arrivés ici de grand matin. Levés à 5h. pour être à 8h. à la Poste. Mais le temps est devenu magnifique et la Banque offre un bon accueil. Malheureusement, je ne peux pas t'envoyer d'ici le billet que je t'ai promis : étranger. Ce soir, au retour au pays, je te l'envoie dans une enveloppe.

Peut-être que je trouverai une autre lettre de toi à Metz, avec des nouvelles de toi et de Doralies ?

Bons baisers de ma part Rifka

 

 

carte-lettre d'Yvan (Metz) à Claire (Paris) 9 novembre 1937 MST p. 228

Chère petite Suzu,

Merci pour ta lettre bleue papillonnante. Je reviens après-demain vendredi. . Je pars d’ici après-midi et serai vers 20 heures à la Gare de l’Est

 Ton I.

Beaucoup de tendresses de ma mère chérie

(et de l'autre côté de la carte, en français)

Ma chère Claire,

Inutile de vous décrire le plaisir que j'ai éprouvé en ouvrant la porte d'y trouver mon cher Mig qui est venu combler un moment ma solitude journalière. Je vous remercie également de la gentille missive que vous m'avez adressée, elle m'a procuré une vive joie ;

Recevez ici les meilleures tendresses de ma part Rifka

 

 

lettre d'Yvan (Metz) à Claire Vendredi 17 décembre 1937 MST p. 228/229

 Metz 18 décembre 37

Cher petit cœur,

 Jamais on ne verrait à Paris une journée aussi grise, aussi inhospitalière, qu'ici à Metz. Les jours diminuent encore (jusqu'au 24), ils sont de plus en plus privés d'âme, et c'est à peine si l'on sent la vie qui s'en va, et à quel point on disparaît soi-même, déjà apparenté au néant.

 J'ai lu dans le train quelques chapitres de "Espoir" de Malraux : Tolède, où les hommes rejettent leur peau et leur haut idéal, comme un vieux manteau : les Espagnols et les Chinois se laissent écraser à mort comme des fourmis, et le monde fait comme s'il ne se passait rien : en fait, il ne s'est rien passé.

 Et je me sens parfois, maintenant, dans cette froidure, que mon cœur s'arrêtera, une fois - et rien ne se sera passé...

 Il n'y aura eu que ton chaud sentiment et ton angoisse douloureuse à mon sujet, et les larmes auront animé des fleurs éphémères - il ne faut sans doute rien demander de plus.

 Enveloppons-nous pour la nuit dans ce manteau glacé de la lucidité et soyons bons et aimants l'un envers l'autre.

 Yvan

 

lettre d'Yvan (Metz) à Claire Samedi 18 décembre 1937  MST p. 229

 

Cher petit cœur,

 

 Pourquoi me sens-je aujourd'hui pareil à un vieillard ? Tous les membres las, abandonné par tous les esprits vitaux et le cerveau tout glacé. Aucun hiver n'est aussi froid, aussi désespéré que celui d'une belle petite ville de l'Est, d'une rue aussi hermétiquement close, d'une demeure comme celle-ci, dont une seule pièce est chauffée par des boulets que l'on compte un à un.

 Mon âme est frissonnante et vieille : lentement, la mort me devient familière.

 J'ai bien dormi, avec une bouillotte dans mon lit, apportée par ma mère. Mais mes engelures m'ont réveillé dans la nuit, et je n'osais pas ouvrir la fenêtre, et alors, les pensées inquiètes, à ton sujet, m'ont assailli.

 Je suis très angoissé de rester si longtemps loin de Paris. Ton "non" à ma question, de savoir si tu ne commençais pas à prendre de mauvaises habitudes, était si faible et si incertain. Mon absence et l'appartement vide vont te pousser à sortir : vois-tu, tu as besoin d'un nouveau présent, et moi qui suis ici, dans le chaud appui maternel, je ne peux pas compter sur toi, quand je ne suis pas pour te tenir - cela est tout à fait la même chose que si je t'étais infidèle, comme tu appelles ça.

 Ou alors voudrais-tu m'écrire bientôt une lettre souriante ?

 Ton triste

 Yvan

 

 lettre d'Yvan (Metz) à Claire Lundi 20 décembre 1937  MST p. 230

 Metz, lundi 20.12.37

Cher petit cœur,

 

Ta lettre claire et bleue de samedi voltigea comme un papillon dans ce monde hivernal, si froid. J'ai eu du remords pour ma lettre amère qui t'est tombée dans la main, au même moment, mais qui te confirmait en même temps mon complet dévouement (oh ! quel mot !). Jamais plus je ne m'éloignerai de toi pour si longtemps, au plus pour trois ou quatre jours, jamais plus pour sept.

 Je passe à présent mes journées à taper activement les Brigands. Peut-être téléphoneras-tu à Charles pour le lui faire savoir. Je voudrais suivre de loin ton emploi du temps : demain Frensky et Grabinoulor, et pour le soir de Noël, je me réjouis d'aller avec toi à Saint-Etienne du Mont.

 Je porte à présent des sous-vêtements et ne souffre plus autant du froid. Ma mère a fait rôtir aujourd'hui une belle cuisse d'oie.

 Je me porte bien de nouveau,

 et je te caresse tendrement

 Yvan

 

 1938

 

lettre d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 3 janvier 1938 ImsL p.483

à traduire

 

Le 20 janvier 1938, Yvan Goll signe un bail de location pour un appartement, 14 rue de Condé dans le VIème arrondissement de Paris. Il déménage et s'y installe du 28 au 31 mars 1938.

 

lettre d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald 22 janvier 1938 ImsL p.484

à traduire

 

Le 22 janvier Yvan avait invité Paula à venir à Nice, où il serait avec sa mère, mais Paula n'avait pu accepter à cause de la situation politique.

Du 26 janvier au 3 mars Yvan, sa mère et Claire sont à Nice, Saint-Paul de Vence et Cannes.

 

 daté du 24 Janvier 1938, se trouve aux mêmes archives, le double d’un virement d’honoraires de 350 roubles pour Tscheljuskin à « Mr. Ivan Goll, Paris/France, 49, Quai de Bourbon » Sous le titre Tscheljuskin. Auszüge aus einer Kantate l’oeuvre de Goll fut publiée en Février 1938 dans Das Wort (« These », « Der Reporter », « Das Lied vom Genossen Schiff », « Der Reporter », « Das Lied vom gefährlichen Leben », « Der Reporter », « Ballade der 104 ») 100.

 

Carte d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ehrwald mercredi 26 janvier 1938 ImsL p.483

à traduire

 

Le 13 mars, les troupes d'Hitler occupent l'Autriche. Paula fuit par Zurich ; elle viendra à Paris autour du 10 avril. vérifier car Yvan lui écrit encore le 12 à Zurich

 

lettre d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Zürich 17 mars 1938 ImsL p.485/486

à traduire

lettre d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Zürich 22 mars 1938 ImsL p.487/488

à traduire

 

lettre d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Zürich 30 mars 1938 ImsL p.488/489

à traduire

 

lettre d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Zürich 8 avril 1938 ImsL p.489/490

à traduire

 

Yvan se rend du 11 au 17 avril à Metz puis à Luxembourg pour y régler des affaires d'argent.

 

lettre d'Ivan Goll Metz à Paula Ludwig Zürich 12 avril 1938 ImsL p.490/491

à traduire

 

lettre d'Yvan (Metz) à Claire (14, rue de Condé Paris) 12 avril 1938 MST p. 231

  Metz 12 avril

 Chère petite Zouzou,

 

 Ta lettre de dimanche soir vient d'arriver mais elle contient encore assez de tension et ta carte du 11, lundi matin, arrvera ici aujourd'hui ou demain.

 

à traduire

O si seulement il faisait aussi chaud dans ton âme que dans ta maison

 C'est ce que je te souhaite

 Ton

 Yvan

 

lettre d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Zürich 14 avril 1938 ImsL p.491

à traduire

 

Paula Ludwig à Paris à Ivan à Metz : lettre du 14 avril 1938 *** IsmL p.492/493

 (lettre douloureuse à traduire)

elle n'a plus d'argent, plus de papier pour écrire, plus de timbre-poste

Par hasard se produit une rencontre entre Claire et Paula dans le VIème arrdt. le 17/18 avril qui permet une explication entre elles.

 

Télégramme Ivan Goll Zürich à Paula Ludwig Paris 21 avril 1938 - 12h30 ImsL p.493

à traduire

 

lettre d'Audiberti à Claire du 19 mai 1938

 

 Très chère amie,

 

 Je sais mes torts, mais ne m'accablez pas.

 Mon père … Ma femme absente toute la

 journée, et les deux enfants, parfois, à

 garder un peu. Et cette roue des jours qui

 est à la fois si rapide, si pesante.

  Je ne sais pas trop si je mérite votre

 affectueuse fidélité. En tout cas, je vous

 remercie de me la conserver, malgré tout.

 Herslichst

 J

 A vendredi, 10 heures, bistrot Odéon

 

SDdV Aa50 (218) - 510.299 III

 

pneumatique  d'Audiberti à Claire et Yvan du 3 juin 1938

 Au moment où l'Académie Mallarmé vient de consacrer tant de kilomètres de solitude, ma pensée affectueuse et fidèle va vers vous qui toujours m'avez aidé et soutenu.

Toutes mes tendresses et pour Yvan, ma chaude amitié.

 Jacques

 

lettre d'Audiberti à Claire du 6 juin 1938

Chère Claire,

 Je suis honteux de ne pouvoir venir demain, "Vendredi" me demande un grand article

et je dois le livrer mardi à midi. Il faut que je livre mardi et que je l'écrive. Je crois que c'est important n'est-ce pas ? Mercredi, si vous voulez bien, même endroit, même heure.

 Regrets et affectueuses

 amitiés

 Jacques

SDdV Aa52 (285) - 510.299 III

 

Lettre d'Yvan à sa mère du 6 juin 1938, de retour à Paris

Chère petite maman,

Je tiens à te rendre compte immédiatement des résultats de ma journée d'hier qui s'est passée exactement selon le programme établi. Le voyage en Pullman s'est effectué comme dans un rêve : juste le temps de me raser dans une cabine magnifique, et la moitié du parcours était déjà fait. Arrivé vers 1 heure ¼, je suis allé manger un morceau.

Comme j'ai eu raison de prendre le premier train, car j'ai été retenu jusqu'à 4h½, courant d'un guichet à l'autre, et voulant mettre un ordre définitif dans toutes les questions.

Eh bien, tout est fait.

Tous les coupons sont mis à l'encaissement, je tiens le bordereau à ta disposition.

J'ai déposé au compte les 10000 frs. billets et les 15 Bons ainsi que les 14 Crédit National.

Le reste est allé au coffre, soigneusement trié et inscrit.

Enfin, j'ai donné l'ordre d'acheter ce que nous avions décidé. Et rien ne se vend pour le moment.

Je pense que nous pouvons être contents tous les deux de cette journée, malgré la fatigue encourue.

Finalement, j'ai dû courir à pied à la gare, dans la pluie, ne trouvant pas de tramway, et n'ayant même pas le temps d'acheter des cigarettes. J'ai sauté dans le train, deux minutes avant le départ. Mais, à 22h50, j'étais rendu en gare, et Claire me reçut avec joie, m'ayant attendu sans grand espoir.

 A bientôt tous les détails.

 Bon dimanche et mille baisers

 Mig

 

SDdV 510.311 III Rés 780 2)

 

Lettre d'Yvan Paris à sa mère du 10 juin 1938

 

Ma chère maman,

 Sans nouvelles de ta part, je pense néanmoins que tu te portes toujours bien et que tu arranges tranquillement ta petite vie.

 Aujourd'hui, je tiens à joindre à mes dernières explications des pièces justificatives qui te montreront ce qui a été fait lors de mon dernier voyage.

 Nous avons à notre crédit :

 10000 frs. en espèces

  8000 frs. de Bons de la Défense au 7 juin

 5000 frs. de Bons de la Défense au 6 octobre

  10000 frs. de Bons de la Défense au 20 octobre

  33000 frs.

 pour lesquels j'ai acheté ou commandé diverses devises. Dès que leur acquisition me sera confirmée, je t'en aviserai.

 Le coupon du Crédit National se détache le 15, et c'est seulement après que je le ferai vendre.

 Pour les 2000 autres Bons de la Défense, j'ai également acheté des Livres.

 Claire me charge de t'envoyer ses bons baisers

 Je reste ton très affectionné

 Mig

SDdV 510.311 III Rés 780 3)

 

Du 20 au 23 juin,  Yvan et Claire vont à Metz puis à Luxembourg

lettre d'Ivan Goll Metz à Paula Ludwig Paris 20 juin 1938 ImsL p.494

à traduire

Carte d'Ivan Goll Metz à Paula Ludwig Paris  21 juin 1938 ImsL p.494

poème à traduire

lettre I d'Ivan Goll Metz à Paula Ludwig Paris 21 juin 1938 ImsL p.495/496

lettre II d'Ivan Goll Metz à Paula Ludwig Paris 21 juin 1938 ImsL p.496/497

lettre d'Ivan Goll Metz à Paula Ludwig Paris 22 juin 1938 ImsL p.497/498

à traduire ***

Le 23 juin, Ivan et Claire rentrent ensemble à Paris

 

le 29 juin ils s'embarquent à Southampton.

 

lettre d'Ivan Goll Southampton à Paula Ludwig Paris 30 juin 1938 ImsL p.499/500

à traduire ***

lettre d'Ivan Goll Southampton à Paula Ludwig Paris 1 juillet 1938 ImsL p.501

à traduire **

Carte d'Ivan Goll Southampton à Paula Ludwig Paris 4 juillet 1938 ImsL p.501

à traduire **

Du 4 au 9 juillet Ivan et Claire sont à Londres

lettre d'Ivan Goll Londres à Paula Ludwig Paris 6 juillet 1938 ImsL p.502/503/504

à traduire **

lettre d'Ivan Goll Londres à Paula Ludwig Paris 9 juillet 1938 ImsL p.504/505

à traduire **

 

Le 9 Ivan et Claire reviennent à Southampton

Le 13 juillet Ivan et Claire quittent Southampton pour Paris où ils arrivent le 14 juillet.

Le 21 juillet, Claire fait seule un voyage surprise à Metz et revient le 22 au soir à Paris

 

Lettre de Claire à Ivan du 23 juillet 1938 MST p. 232

  23 juillet 1938

  9 h du soir [Paris, 14 rue de Condé]

 Mon Iwan,

 Tu as écrit un jour :

 Pour qu’un jour dans notre vieillesse

 Nous nous contemplions l’un l’autre

 

et voici que mon rêve de vieillir ensemble avec toi tombe en poussière. Car on m’a changé mon Iwan d’autrefois. Et, en ce moment, où je dois rendre des comptes, je sens plus fortement que jamais à quel point je n’ai pas du tout changé, et t’aime encore du bel amour de notre bon vieux temps, quand tu répondais à mon sentiment avec le sérieux d’une vraie et rare parenté d’âme. Sans égards, une troisième a plongé un dard dans ce sentiment et m’a, ce faisant, poussée dans la mort. Et s’il est vrai que, dans ces minutes, je pardonne tout, je t’adresse cependant une prière sacrée : ne vis pas avec Paula L. Tu ne peux pas jouir de l’existence avec l’être humain qui me l’a volée, et qui, depuis bien des mois, connaissait l’approche du dénouement inéluctable. Une mauvaise magie s’est abattue sur nous depuis neuf ans, tu me dois une pénitence pour ces tourments d’une si longue durée que je n’ai plus la force de supporter et qui m’arrachèrent des cris furieux, au lieu de mots d’amour. Mon chéri, derrière les cris, le vieil amour pleurait, 'enfantin, vindicatif, buté) au point d’en rendre l’âme. Cette âme veillera sur toi, l’avenir appartient au remords, qui n’a pas assez prié. Je construirai autour de toi une prière forte comme une tour. Là-dedans, elle te trouvera, la vraie : la jeune fille qui te donnera l’enfant dont tu as la nostalgie. Sois béni, Aimé, pour tes longues années de bonté. Et sois remercié pour tout l’indicible. Ne sois pas triste, mon grand enfant! Pense à ton art, peut-être fera-t-il ton deuil plus profond et plus grand.

 Sois doux envers ta mère, ne la laisse plus si souvent seule. Elle est une brave femme, je le sais maintenant, dans l’instant où l’on sait tout. Embrasse-la pour moi ; une lettre t’attend là-bas chez elle. Et sois paternel pour ma pauvre Doralie.

 Je vais penser à toi avec une tendresse transcendante, aussi longtemps que je pourrai penser, et je baise avec dévotion tes chères mains.

 Dans toute l’éternité

 Ta Zouzou

Sur l’original de cette lettre (en allemand) donc à Marbach, Claire a écrit en 1966, ce qui suit :

Ce soir-là, je pris du véronal, car Iwan m’avait dit adieu pour toujours. Deux jours avant, il était "parti" avec une grande malle et m’avait fait croire qu’il quittait Paris avec Paula Ludwig. En réalité, il avait été rejoindre une jeune fille pour laquelle il louait, depuis plusieurs mois, un petit appartement dans la rue Saint-Louis-en-l’Isle, à Paris. Le 24 juillet, de bon matin, quand il vint prendre en cachette, son courrier chez notre concierge, celle-ci lui dit qu’elle était inquiète, que, la veille au soir, j’étais complètement bouleversée. Il se précipita avec elle à l’étage, et ils me trouvèrent.”

Jean Sans Terre veille une Morte

 

 Ivan à Claire (Hôpital Cochin) 24 juillet 1938 MST p. 233

 

 Dimanche après-midi

Chère petite Zouzou,

 

 Enfin tu te réveilles à la vie, dans le milieu doré de l'été.

 Je voudrais bien rester à ton chevet, mais on me le défend.

 J'aurais préféré te confier à une clinique privée, mais je n'avais pas le choix. Affolé,  j'appelais Police-Secours et l'ambulance t'amena aussitôt à l'hôpital Cochin.

 Quelques heures de patience et je tiendrai tes mains, de nouveau.

 Ton

 Ivan

Ivan (14, rue de Condé Paris) à Claire (Hôpital Cochin) 25 juillet 1938 MST p. 233

 

 Madame Claire Goll

 Pavillon Cornil

Lundi matin 9 h [le 25 juillet]

Chérie,

On ne me permet pas d'aller te voir ce matin mais on me dit que tu as passé une bonne nuit.

A 1 heure, je serai admis à te voir

A la visite du docteur, entre 10 et 11h tu apprendras si tu peux quitter l'hôpital aujourd'hui.

Je t'apporterai à 1 h une valise avec une robe etc.

 A tantôt, bonne patience

 Yvan

 

pneumatique d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Paris 28 juillet 1938 ImsL p.505

à traduire **

 

Yvan arrive chez sa mère à Metz entre le 5 et 7 août ?

lettre d'Ivan Goll Metz à Paula Ludwig Paris 10 août 1938 ImsL p.505/506

 Metz 10 juillet  

 [exact 10 août]  

Ma chère Palu,

Ici depuis quelques jours - mais tout est passablement détraqué. Ma mère, qui ne m'avait pas prévenu dans sa lettre, m'accueillit avec une fureur glaciale. En dépit de la calamité suivante, la trahison de Claire avait lentement porté ses fruits : la tromperie de Nice et toutes les histoires de couple du fils ne pouvaient laisser intact un cerveau aussi bourgeois.

Elle est amèrement déçue et je peux à peine lui en vouloir pour cela. J'ai perdu sa confiance pour toujours, si bien que la vie quotidienne, avec repas et excursions se poursuivent en silence. Il faudra beaucoup de patience et de temps pour cicatriser les blessures sans qu'elles soient effacées.

 Mais toi, comment vas-tu ?

Je souhaiterais bien t'entendre et savoir si tu as bien reçu celuici et mes précédents envois.

En amour,  Ton

 Yvan

 

vérifier ma traduction

 

lettre d'Ivan Goll Metz à Paula Ludwig Paris 14 août 1938 ImsL p.506/507 à traduire

 

lettre d'Ivan Goll Metz à Paula Ludwig Paris 18 août 1938 ImsL p.507 à traduire

 

lettre d'Ivan Goll Metz à Paula Ludwig Paris 26 août 1938 ImsL p.508/509 à traduire

 

Le 28 août Claire et Yvan vont ensemble à Chambéry pour la cure de Claire à Challes-les-Eaux, où ils occupent 2 chambres dans la "Villa Eugène" qui dépend de l'hôtel du Château

 

Carte d'Ivan Goll Chambéry à Paula Ludwig Paris 1 septembre 1938 ImsL p.509

lettre d'Ivan Goll Challes-les-Eaux à sa maman à Paris du 1/9/1938 

Chère maman,

 J'ai bien reçu ta lettre du 30, qui ne contenait hélas, pas de nouvelles de toi, mais une missive de Strasbourg, avec un article sur moi que je joins à celle-ci, et que je te prie de me retourner. On me dit m'avoir envoyé 2 exemplaires de la "Revue du Rhin" : si tu as reçu ces "imprimés", je te prie de me les faire également suivre, en biffant simplement l'adresse de Metz, et en inscrivant à côté celle de Challes, et en la portant à la poste, sans supplément d'affranchissement.

 J'ai également reçu déjà la réponse de Zurich que le surplus du paiement des coupons Reichsb. A été effectué le 20 juillet :

 d'une part 50 et d'autre part 27 coupons.

 On devrait toucher 11,90 à 8 %

 et les sommes sont réalisées à 18 francs Suisse pour 100 Marks. Il n'y avait sans doute pas plus à en tirer.

 Nous t'avons écrit lundi soir pour t'annoncer notre agréable installation ici. Pendant 3 jours, il a fait froid et pluvieux, mais ce matin, un soleil radieux éclate sur les montagnes qui nous environnent. Je me prépare à faire un grand tour en vélo, tandis que Claire se rendra à l'établissement thermal

 Nous t'embrassons affectueusement

 Mig

 

SDdV 510.311 III Rés 780 1)

 

lettre d'Ivan Goll  Chambéry à Paula Ludwig Paris 2 septembre 1938 ImsL p.509/510

à traduire ***

Le 11 septembre Yvan va seul chez sa mère à Metz et de là le 12 à Luxembourg puis à Bruxelles, avant de revenir à Paris le 20 septembre

 

Carte d'Ivan Goll Luxembourg à Paula Ludwig Paris 12 septembre 1938 ImsL p.511

à traduire ***

 

Claire revient à Paris le 13 septembre

 

lettre d'Ivan Goll à Bruxelles à Claire Paris 13 septembre 1938 MST p.234/235

 [Bruxelles 13.9.38]

Chère petite Zouzou, 

 13 septembre,

 Hitler a parlé !

La bombe siffle — et ne tombe pas !

Sentiment intolérable. Les gens continuent à se rendre gaiement à leurs affaires. A Bruxelles, c'est comme si rien ne se passait.

 Et hier, il y a eu dans mon âme une telle alarme. L'excitation du grand voyage d'adieu de ma mère. Mon départ à 2 h pour le Lux. Là-bas, réglé beaucoup de choses. Pris à 7h le train pour Bruxelles. Arrivé à 11h à Bruxelles-Nord, et je me rends tout de suite à notre vieil hôtel qui en est proche : Hôtel Splendid, 14, rue des Croisades, chambre à 30 Frs. Puis, redescendu : dans les rues on diffuse le discours d'Hitler, qui me déplaît beaucoup et qui fait présager le pire. Mauvaise nuit, et la décision prise d'aller, ce matin, interroger une agence de voyages.

 Mais, vers midi, tout demeure paisible, je sonde les journaux, qui recommencent déjà à tout déguiser sous des formules d'optimisme démocratique, à tout alléger.

D'ailleurs, j'ai maintenant un plan : si les choses se gâtent, un bateau part d'Anvers tous les vendredis en direction de Göteborg (Göteborg, Centervall) et Oslo : il arrive le dimanche là-bas, traversée directe sans escale, relativement pas chère, et pour l'instant sans visa.

De là, il y a des bateaux directs pour New-York. Voilà dons une voie, pour le plus pressé.

Sinon, il faut sans doute de longs préparatifs et toutes sortes de paperasses, — pour le Brésil.

Mais à présent, que faire si les choses traînent encore en longueur ? Dois-je revenir à Paris ?

 De toutes manières, il me semble prématuré pour toi de te rendre à Bruxelles avec tout ton bagage et attirail d'hibernation, pour que nous y restions dans l'attente et l'indécision. Je pense recevoir demain matin une lettre de toi. Peut-être par la poste aérienne. Il n'est, en fin de compte, pas grave que j'attende ici pendant 1 ou 2 jours.

Je suis tout seul, je reste seul. Cela je te le jure. Personne ne doit savoir que je suis ici, et je n'irai pas voir non plus Flouquet, etc..

 La situation est sérieuse, crois-moi sur parole !

 Mais mettre en branle tout ton dispositif de voyage, alors que tu franchirais toujours la frontière... pas encore.

 Peut-être aussi reviendrai-je déjà demain ou après-demain

 J'attends ton conseil.

 S'il nous reste du temps, nous nous attaquerons au problème difficultueux du Brésil.

 Un temps terriblement superbe. Quel dommage !

 Raconte-moi en détail ton voyage de retour et ce qu'a fait ma mère ce matin.

 

 En tout amour, ton

 Yvan

 

télégramme de Claire à Paris  à Ivan Goll à Bruxelles 13 septembre 1938 /18h40 MST p.236

MAMAN PAS ARRIVEE TA LETTRE VIDE QUE FAIRE [ Claire ]

 

 

lettre de Claire à Paris  à Ivan Goll à Bruxelles 13 septembre 1938 MST p.235

Bien-aimé,

 Enfin ton télégramme. Tu es là-bas ! A présent, je pourrai retrouver le sommeil, que j'avais perdu depuis 2 nuits. Ah ! Promène-toi au soleil et repose-toi, mon cœur ! Comme j'ai souffert à cause de toi ! Mon cœur battait tumultueusement ! Le rein, enflammé, a des élancements, la tête me battait. Depuis que tu es parti, je n’ai rien mangé, je n’ai que les souvenirs de nos repas... Ce matin, 36 de température seulement au lieu de 38 hier., Comme tu l'avais télégraphié, ta mère qui devait arriver à 10h37, n’y était pas ,. Une erreur de toi, ou peut-être de la poste ? Et dans ta lettre, il n'y avait qu'une feuille de papier blanc. Je te demande de m'envoyer au plus vite un mot.

 A présent, il est deux heures et Maman n'est pas encore là. Suis très inquiète. Quand y aura-t-il à nouveau du soleil et quand serai-je près de toi ? Je gèle de fièvre.

 Avec un amour bien trop grand, t'embrasse

 Ta Zouzou

 

lettre d'Ivan Goll à Bruxelles à Claire Paris 14 septembre 1938 MST p.236/237

 Bruxelles, mercredi 14 septembre 1938

 10h.¼

Bien-aimée,

 A l'instant, je reçois ta lettre bleue d'hier : quelle peur !

Dans ma lettre de Metz, il n'y avait qu'une feuille de papier blanc ? Comment est-ce possible ? je t'avais écrit 2 longues pages sur ma mère et mes projets : elle devait quitter Metz, mardi à 7h. par la Micheline et arriver à Paris à 10h.37 à la gare de l'Est. (Peut-être aussi ai-je perdu la tête à Metz ; j'ai écrit l'adresse à la gare). De plus, nous étions accompagnés par tante Justine et oncle Alphonse. Ma mère devait repartir à midi de la Gare Montparnasse en direction de Dinard et elle portait tous ses trésors sur elle.

 Tu peux te représenter combien je suis inquiet.

Et surtout du fait que tu as trouvé une feuille blanche dans mon enveloppe. Qui en a extrait la lettre ?

Je t'y écrivais au sujet de mon voyage ici et de mes projets concernant notre déplacement vers l'Angleterre ou la Suède. Je t'ai récrit tout cela dans ma lettre d'hier soir, que tu devrais avoir reçue aujourd'hui mercredi matin.

 En outre, je t'ai expédié ce matin à 9h. une lettre par avion, avec un billet de 1000 Frs. car j'avais interprété ton télégramme "lettre vide" comme s'il signifiait que la lettre ne contenait pas d'argent. Par contre, dans ma lettre de Metz, je t'avais fait savoir que ma mère te remettrait 1000 fr. en mains propres lors de son passage à Paris. Tu vois, j'avais pensé à tout.

 En ce moment, le valet de l'hôtel frappe à ma porte et m'apporte ton télégramme de 9h.44. Il est 10h.35.

 Donc, tu as reçu ma lettre d'hier. Bon. Vers midi, tu devrais recevoir le billet de 1000 fr. dans la lettre par avion : malheureusement, je n'ai pu recommander cette lettre, il était trop tard. Elle est partie à 9h. Télégraphie-moi de suite un accusé de réception.

 A l'instant, on affiche des télégrammes très inquiétants. Chute de la Bourse. Graves événements à Prague. Midi.

 Apporte-moi encore les deux carnets de chèques pour les banques anglaises : un grand noir à reliure dure, et un qui est dans une enveloppe de lettre recommandée, ainsi que le carnet d'adresses. Tout cela, je te le demandais déjà dans ma lettre de Metz, et j'avais confié la clef à ma mère : car tout cela se trouve dans mon tiroir de droite, ou peut-être de gauche. force-les : ce n'est pas difficile. Prends aussi avec toi les lettres de Duarte, qui s'y trouvent et sont faciles à découvrir dans leurs enveloppes.

 Ensuite, mon pardessus d'hiver, 2 manteaux gris, les chemises et pyjamas qui sont bons, le complet bleu-lavande, quelques "Chansons Malaises" et "Poèmes d'Amour"

 

 Ecris aussi souvent et aussi vite que possible.

 En tout amour

 Ton  Yvan

Apporte aussi la Radio.

4h. Si Prague accepte le plébiscite, tout se calmera. Attends, pour venir ici, que je t'appelle. Ne te mets pas en voyage avant d'avoir reçu un télégramme de moi.

 

 

lettre de Claire à Paris  à Ivan Goll à Bruxelles 15 septembre 1938 MST p.237/238/239

 15.9.38 [jeudi]

Mon cher petit Yvan,

 Merci pour la lettre et l'argent, qui m'ont délivrée de multiples soucis. Mais le plus important, plus important que le sommeil, la nourriture et la lumière, ce sont les mots que tu m'adresses. Si seulement, ils venaient plus souvent, si tu prenais un peu plus de temps pour m'écrire ! Alors, hier, devant cette feuille blanche et vide, je n'aurais pas été prise de panique et je n'aurais pas déjà cru voir ta mère assassinée dans son lit ! Car, lorsque tu télégraphies : "train et chercher Maman", qui penserait à une Micheline et un train de correspondance ? Je pensais qu'elle habiterait chez moi, avais préparé un repas de fête, que finalement j'ai jeté à la poubelle sans y avoir touché, et naturellement j'ai couru chez Henri avec ce feuillet blanc et, malheureusement, ils sont au courant. Mais je leur ai expliqué aujourd'hui que j'ai reçu maintenant ton explication : tu étais troublé. Ta mère, souffrante a conduit son frère très âgé à Dinard, étant donné que les vieillards doivent être évacués de Metz et elle t'a prié de chercher quelque chose à Bruxelles pour elle et pour moi. A l'avenir, soyons très précis et complets quand nous nous écrivons ou télégraphions.

 Oui, et maintenant, la situation semble se prolonger ou s'éclairer. C'est que les guerres, maintenant, on les fait à la manière de Hitler, ce suranimal. Et le Français, plus humain succombera, comme toujours, au muscle. Que l'univers tout entier parle jour et nuit d'un homme avec lequel aucun homme intelligent ne voudrait converser cinq minutes car il est tellement médiocre. Et un Chamberlain qui s'enfuit à Canossa, ô honte ! Mais Holopherne aussi a trouvé une Judith !

 Comment passes-tu ta journée en Belgique, mon chéri ? Et, la nuit ? Ecris plus souvent, toi aussi, nous en avons malheureusement le temps.

 Comme toujours il fait beau, pour aggraver la torture d'être seule et la lune allonge les nuits blanches. 

 J'aspire douloureusement l'odeur de ta chambre et quand je veux manger, cela me reste dans la gorge. Mais avant tout, tu es enfermé dans la chambre secrète et spéciale de mon cœur et nul chirurgien ne pourra plus t'en déloger. Une maladie honteuse, cet amour immémorial.

 Sois gai, tu vis et tu es un poète rare, que veux-tu de plus ?

Je crois en toi, en la vérité du sentiment et l'éternité de la bonté, mais je ne crois pas à la guerre et à la destruction.

 En toute tendresse

 Ta Zouzou

En tous cas, vois un peu à Bruxelles et dans les environs s'il y a possibilités d'habitation, car nous devrons peut-être partir d'ici tôt ou tard.

 

2ème de Claire à Paris  à Ivan Goll à Bruxelles 15 septembre 1938 MST p.239/240

 15.9.38 [jeudi]

Mon tout doux,

 Je n'ai reçu qu'hier soir ta lettre par avion, à 9H., et il était trop tard pour te répondre.

 Vers 6 H. j'ai aussi reçu un télégramme de ta mère, avec réponse payée de Dinard :

"Où envoyer billet baisers Réb." Sans indication d'adresse, en sorte que je n'ai pu lui répondre, bien que j'aie passé 36 heures dans une affreuse angoisse à cause d'elle, la voyant assassinée dans sa demeure, et que je lui aie télégraphié à Metz et que le télégramme me soit revenu, car là-bas non plus, elle n'a pas laissé d'adresse. Quel dommage, que vous perdiez ainsi la tête tous les deux, en un moment où il est nécessaire d'être aussi précis que possible et où l'on devrait prendre son temps quand on écrit une lettre ! C'est ainsi, par exemple, que je ne trouve pas ton livre sur Alexandre, car tu ne m'indiques pas où il est rangé. Tu n'écris pas si tu veux ton smoking, une chemise blanche, des chemises de couleur neuves, un pyjama etc. Car, cette fois, il s'agit de renoncer à tout ce qui reste dans la maison. Avec Manchez (*) on ne plaisante pas. Je pense aussi à mes livres, à mes articles dans le B.T., à toutes nos critiques, à toutes tes oeuvres, etc.: ne devrais-je pas, dès maintenant, en expédier un certain nombre d'exemplaires, en petite vitesse, au Splendid ? Qu'en penses-tu ?

 En outre, je ne crois pas que mes vêtements d'hiver et les tiens tiennent dans le CG et dans la malle-cabine, il faudrait une malle plate assez grande, d'autant plus que la mienne est détériorée. Comme nous avons manqué de prévoyance !

 Tu n'écris pas non plus s'il faut mettre Goll ou Lang - tu me l'écris seulement dans ta lettre par avion. Et tu réponds trop tard à mes deux télégrammes, au lieu de rentrer souvent à ton hôtel, où il peut toujours arriver un mot important de moi. Fort heureusement, cette fois, le billet était inclus dans ta lettre, mais je crois que l'on n'a pas le droit d'inclure quoi que ce soit dans les lettres. Et maintenant, chéri, ton intention de te rendre en Angleterre ? On peut bien faire annuler ou un dépôt par écrit. Ou est-ce que tu veux te rendre compte un peu à Londres, qui sera immédiatement bombardée, de la négligence que tu as eue ici ? Quand on est déjà dans un pays neutre, à quoi bon se transporter dans un pays belligérant !

Fais-toi, éventuellement verser une très grosse somme, mais :

1°) l'Angleterre est riche, elle ne fera pas banqueroute

2°) dès le début des hostilités, les banques dirigeront certainement les biens de leurs clients vers l'intérieur du pays. C'est ce qui aura lieu en Suisse aussi, espérons-le puisque nous y avons tout laissé en plan.

 Bruxelles, cette fois-ci me paraît à l'abri de tout danger. D'abord, parce que la princesse héritière d'Italie (alliée d'Hitler) est une Belge. Tout au plus les vivres peuvent-ils s'amoindrir, mais qu'est-ce que cela nous fait ? Mais si tu veux aller en Angleterre, le mieux sera que nous y allions ensemble. Je ne peux pas, moi non plus, attendre la dernière minute, car avec mes nombreux bagages, je ne trouverai plus de taxi (ils seront aussitôt réquisitionnés) et les gares, les trains ne seraient presque plus accessibles qu'aux militaires. Déjà, avant-hier, quand j'ai voulu aller chercher ta mère, la gare de l'Est était partiellement barrée à cause des réservistes. On ne distribuait plus du tout de billets de quai. En plus de toutes ces courses et empaquetages, j'ai été indisposée la nuit dernière, en sorte que je me sens fort misérable sans ta proximité.

 Mais à présent, il ne s'agit pas de gémir, mais de ne pas manquer le moment décisif.

Réponds de suite, si tu crois devoir encore aller à Londres. Mais comment pourrons-nous ensuite en ressortir avec les mines tout autour, ou y rester ? Non.dans notre cas particulier.

J'enverrai cette lettre par avion, si c'est faisable.

 En amour

 Ta Zouzou

 

(*) notre propriétaire, ami intime du Ministre Flandin, qui était pro-Hitler

 

Carte d'Ivan Goll  Bruxelles à Paula Ludwig Paris 15 septembre 1938 ImsL p.512

à traduire ***

 

Le 20 septembre Goll était de retour à Paris; Le 24 septembre, il envoyait 10 exemplaires de leurs livres à Dinard ainsi que différents objets de valeur. Le 25 septembre Yvan part en train pour Bruxelles et Ostende et va à Londres pour réaliser des ordres bancaires, il revient le 28 septembre à Bruxelles avant de rentrer à Paris le 1er Octobre.

 

Carte d'Ivan Goll  Bruxelles à Paula Ludwig Paris 25 septembre 1938 ImsL p.512

 

Paula Ludwig part début octobre à Ascona pour y passer quelques semaines avec son amie Nina Engelhardt ; après son départs Goll loge dans sa chambre, rue d'Assas ; Paula ne reviendra à Paris que début décembre

 

lettre d'Ivan Goll  Paris à Paula Ludwig Ascona 7 octobre 1938 ImsL p.513

lettre d'Ivan Goll  Paris à Paula Ludwig Ascona 14 octobre 1938 ImsL p.514/515

lettre d'Ivan Goll  Paris à Paula Ludwig Ascona 15 octobre 1938 ImsL p.515/516/517

à traduire

lettre d'Ivan Goll  Paris à Paula Ludwig Ascona 4 novembre 1938 ImsL p.517/518

 

lettre d'Ivan Goll à Metz à Claire Paris 8 novembre 1938 MST p.240/241/242

  Metz 8 novembre 1938

Aimée,

 La journée d'hier lundi a été bien remplie, riche en expériences très diverses, et elle s'est achevée par un splendide clair de lune. Cela commença par la grande aurore à Bâle, après un intéressant parcours nocturne, avec le grand Suisse auquel tu m'avais confié; Il m'a pris sous sa protection virile, comme c'est son habitude professionnelle, car il est un célèbre guide de montagne des Alpes bernoises. Un merveilleux enfant de la nature. Chose touchante, il venait de passer deux jours à paris avec son jeune ami, et tous deux avaient parcouru la ville à pied : de la Tour Eiffel au Sacré Cœur. Ce qui l'a le plus étonné, c'est qu'il n'a pas été accosté par une seule femme, et que, par conséquent, Paris n'est pas la Babylone du péché comme il l'avait cru : comment avait-il pu se l'imaginer ? Ensuite, il m'a raconté pendant des heures des histoires de ses montagnes, avec un tel amour pour la nature alpestre, pour les secrets des glaciers - jusqu'à 26 ans, il était pâtre, sur un pâturage élevé, à trois heures de la plus proche habitation. Il n'était "descendu" qu'une fois, pour son service militaire. Ensuite, il devint un guide recherché et héroïque. Cet été, il a fait 59 fois l'ascension du Pic Palu, 41 fois une autre, etc.; et il a gagné 3.000 francs suisses. Mais à Paris, il a dépensé 20 frs. suisses en tout et pour tout. Quelle âme pure. Cette chasteté - il a 46 ans, n'est pas marié, parce que son métier est trop dangereux. Son père et ses trois frères se sont tués en montagne. il sait que cela lui arrivera un jour - mais il accepte la mort avec beaucoup de simplicité. Le plus bel être humain que j'ai rencontré de ma vie. Et, comme il parlait des fleurs, des levers de soleil ou du pain !

Ensuite, à Zurich, j'ai rapidement réglé mes affaires. L'employé que je connais, à la banque, s'est réjoui de me voir, et a été très content que je lui offre "Jean sans Terre", - une idée de toi. Je suis reparti l'après-midi et j'ai eu assez de temps d'attente à Bâle - à cause de la différence entre l'heure de l'Europe centrale et celle de l'Ouest - pour aller au Musée, où j'ai fait intimement connaissance avec Konrad Witz, Holbein et Urs Graf.

Lors du voyage de retour (Bâle-Strasbourg-Metz-Luxembourg) on passe par Schlettstadt : peut-on passer ainsi tout simplement, à toute vitesse, devant le tombeau de son père ? Je résolus de descendre, bien qu'il fût déjà 7 h. du soir, pour rendre une visite nocturne à ce cimetière de légende. Il faut marcher environ ¾ d'heure à travers des champs et des vignobles. Au ciel étincelait la plus pleine de toutes les lunes. J'étais parcouru par des frissons de peur, mon ombre m'effrayait. Loin, à l'horizon, les Vosges argentées. Mais plus j'approchais du cimetière, plus j'étais épouvanté. Enfin, le grand et vieux mur. Devant, la maison du gardien. Trois chiens aboyaient, trois êtres humains tout noirs passèrent la tête à travers la grille. Moi, je me dissimulai derrière des buissons, trouvai entrouverte la porte qui mène aux tombes, ce qui est étrange, et bondis en plein mystère.

 Je trouvai sans peine la pierre tombale de mon père, un peu oblique, toute habillée de lierre, et je restai longtemps à genoux… mais le gardien, ses chiens et sa famille ne reposaient pas - tandis que je dialoguais convulsivement avec les étoiles et avec le mort.

 Finalement, ils me trouvèrent et poussèrent de grands cris, dont j'eus honte en présence de ces ossements. On me traita comme un profanateur de cadavres, comme un criminel, et le silence ne se rétablit que lorsque je mis un billet de 50 fr. dans la main de l'homme.

 Le gardien m'avoua que, de toute sa carrière, rien de semblable ne lui était jamais arrivé. S'il raconte cette histoire à ma famille, on en déduira que je suis mûr pour l'asile d'aliénés.

 Sur le chemin du retour, la lune commença lentement à pourrir, comme une pomme dans laquelle on mord, et qui s'oxyde. Des ombres bondissaient sur la vaste plaine. Une nouvelle forme de peur m'assaillit.

Mais bientôt je perçus le signe accueillant que me faisait le clocher de Schlettstadt, petite ville typiquement alsacienne. A vrai dire, c'est d'abord une haute tour carrée qui me reçut, - on l'appelle la Tour des Sorcières. En bas, se trouve un restaurant. Les repas d'enterrement y sont quelque chose de particulier, qui réconcilie l'homme avec la terre. Je commandai un menu fabuleux avec poularde et vin pétillant d'Alsace, le vin même que mon père aimait tant et dont il avait dans sa cave de pleins tonneaux, ce qui me remplit d'admiration posthume à son égard. Posséder un tonneau et descendre, tous les soirs, à sa cave, quel sentiment de richesse cela doit inspirer !

 Pendant le dîner, la tragédie lunaire était arrivée à son dénouement.

 Un seul hôte était assis près de moi, un authentique Alsacien, avec lorgnons et redingote ; il mangeait un brochet au bleu. Comme tout cela évoquait ma patrie !

 Vers 10h., l'express doré fila avec un bruit de tonnerre à travers la nuit - passant devant le cimetière et effarouchant les spectres.

 Comme une journée de 24 heures peut être remplie à éclater, de vivants et de morts, d'aventures alpines, de frayeurs lunaires, de danses macabres d'Holbein et de paysages féériques !

 Et seul un solitaire peut vivre aussi pleinement !

 Mais à présent, grâce à cette lettre, toi aussi tu prendras part à tout ceci.

 Ton

 Yvan

 

 

Carte d'Ivan Goll Paris à Paula Ludwig Ascona 9 novembre 1938 ImsL p.518

Carte d'Ivan Goll Metz à Paula Ludwig Paris 10 novembre 1938 ImsL p.519

lettre d'Ivan Goll  Paris à Paula Ludwig Ascona 14 novembre 1938 ImsL p.517/518

à traduire

Paula Ludwig rentre à Paris début décembre

 

                                                           1939

 

Claire, Yvan et Paula envisagent de partir au Brésil mais Claire ne souhaite pas prendre le même bateau que Paula Ludwig

Le 16 mai 1939 Ivan et Claire obtiennent un visa provisoire de la Préfecture de Police de Paris valable jusqu'au 16 novembre 1939 pour se rendre au Brésil à compléter *** p.522

 

Télégramme d'Yvan rue de Vaugirard, Paris à Claire  Paris 6 10/1/1939 12h40 MST p.243

 

Metz 6661 - 11 heures 55

Les rythmes de la "Dichterliebe" d'hier me projetèrent passionnément vers les "Sources de Claire " Ivan

 

lettre de Claire à Paris  à Ivan Goll à Metz 10/1/1939 MST p.243/244

Paris, mardi

10 - 1.39

Mon petit coeur douloureux,

 Ton télégramme bleu a mis fin, vers une heure, à cette matinée grise et inquiète. Il m'a communiqué du sang, du courage et de l'appétit, et je crois donc que je survivrai tout de même à cette semaine.

 Mais lorsque, ce matin, je t'entendis courir enrhumé, dans ton épais pardessus, vers le métro (la rue de Condé m'en renvoyait l'écho), je prévoyais naturellement déjà toutes les formes d'une congestion pulmonaire et je passais les heures à aller et venir dans le quartier, le visage à l'envers, car il ne fallait pas songer à travailler.

 À présent, cela va beaucoup, beaucoup mieux, bien que chaque passage à travers ta chambre nécessite encore toujours toutes sortes de stratégies ; car cela fait mal, de se voir rappeler un poète par des feuilles de papier vert-espérance, couvertes de "petits oiseaux ", et par un carnet d'autobus abandonné, le méchant homme dans le coeur est si bon.

 Mais, Dieu merci, le train est bien arrivé et je n'ai plus qu'à espérer maintenant que ta mère te gave bien et que tu y contribue activement en mangeant des gâteaux .

 Demain matin, j'espère taper beaucoup, grâce à ton aide.

 Quand tu iras te promener, ne choisis pas des régions trop solitaires, il y a tant de racaille, et prends une carne. Et habille -toi chaudement, surtout sur les épaules, - que je caresse tendrement.

 Le merle était là tout à l'heure et il m'a rajeunie. Bientôt, tu recevras le nouveau complet marron, qui rajeunira aussi tes yeux bruns et de la sorte, le printemps finira peut-être par arriver.

Je baise tes chères mains.

Ta

Suzu

lettre d'Ivan Goll à Metz à Claire Paris 11 janvier 1939 MST p.244/245

 Metz, 11.1 - 39

 Mercredi soir

Coeur douloureux, toi !

 C'est à toi que revient ce nom, et il faut que tu le gardes, tandis que l'abrupt

Iv ou If me convient plutôt ! Toute la journée déjà, je voulais écrire cette lettre, mais j'étais comme paralysé et ne parvenait pas à m'y mettre. Une sorte de grippe me privait complètement de volonté et d'activité. Après une mauvaise nuit dans la glaciale pièce d'à côté, j'éprouvais une telle peur de me lever... Seule la salle à manger est chauffée, et presque trop, en sorte que c'est une entreprise follement téméraire d'en sortir, pour passer soit dans la cuisine, soit dans les chambres à coucher. On ne bouge plus de l'endroit où l'on est . Alors, le corps et l'esprit sont entièrement rouillés. De plus, on est tout abruti par le poêle.

 Voilà que ma pauvre mère s'est imaginée qu'on doive vivre inconfortablement. Mais ces privations ne sont plus sans lui laisser, à elle aussi, leurs marques : elle a beaucoup vieilli. Son organisme semble s'épuiser  Elle ne dort que trois heures, ses mains tremblent par instants, elle éprouve souvent un point au coeur - cet hiver l'a fortement éprouvée. Mais remarque la différence avec ta mère : pas un mot de plainte, pas une tentative pour améliorer sa situation ; on sera forcé de l'y contraindre ! Je ne puis la laisser plus longtemps seule pendant ces dures semaines, pendant lesquelles elle continue à monter elle même, de sa cave obscure, les seaux de charbon.

 Elle s'est persuadée qu'elle ne peut pas partir, à cause des conduites d'eau gelée et éclatée : elle se fait l'esclave de ses maisons. En outre, la peur l'assaille quelquefois dans cet appartement vide. Elle se relève, la nuit, pour aller voir si tout est bien verrouillé. Dieu merci, la locataire du deuxième étage va bientôt déménager, à ce qu'elle a écrit.

 Malgré toutes les mesures de prudence, ma mère avait encore une grande inondation dans son propre appartement. Le soir, à huit heures, l'eau a jailli dans la cuisine. Elle était tranquillement devant sa radio, et n'a rien entendu. Au bout d'une demi-heure, le corridor, le salon, et même la chambre où elle se tenait, étaient inondés, et elle ne s'en apercevait toujours pas. Dieu merci, les locataires du 3e étage attirèrent son attention en sonnant ; ensuite, elle a épongé le l'eau jusqu'à onze heures du soir et et de tout cela, elle ne nous a pas écrit un seul mot !

 J'ai de grands soucis à son sujet. Il faut que je la persuade de venir à Paris le plus tôt possible. Le climat est épouvantable et elle sort 10 fois pour avoir un quart de litre de lait.

 Cet après-midi, je l'ai emmenée voir le fils de "Katia ", avec Danielle Darieux, et elle m'en a été très reconnaissante. Mais, toute seule, elle ne peut pas y aller ! D'ailleurs, le film est extrêmement mauvais - le principal interprète est John Loder (l'empereur Alexandre II), un idiot parfait, qui ne sait même pas parler le français, une bûche avec un beau visage. Après demain, on donnera " Pension d'artistes ".

 Ta lettre était indiciblement tendre et touchante. Elle m'a donné la force de recommencer à embrasser plus tendrement ma mère, et de t'aimer. Il faut que je redevienne fort, pour te venir en aide, et aussi être plus gai.

 Demain, nous allons au Luxembourg, et par ce temps sombre, cela sera passablement fatigant pour la petite mère.

 Nous t'enverrons une carte de là-bas.

 Je te prends tendrement dans mes bras.

 If

 

lettre de Claire à Paris  à Ivan Goll à Metz 11/1/1939 MST p.245/246

 

  [Paris, 11. 1. 1939]

Chéri,

Reçu à l'instant ta petite carte, sur laquelle tu ne parles plus de rhume. Le climat du Luxembourg va, je l'espère, te rétablir complètement. En revanche, je vais moins bien, du côté du coeur, je dois continuellement prendre des gouttes, pour pouvoir tenir.

Une nouvelle magnifique : "Marcel Mihalovici termine actuellement une cantate pour baryton, choeur de femmes, la Genèse, sur un texte d'Ivan Goll" - authentique entrefilet de presse. La "Corneille" hivernale est arrivée encore une fois de et m'a apporté la fiche ci-incluse avec la menace de fermer le gaz dans cinq jours. Je suis inquiète ; ne m'as-tu pas raconté qu'il était payé ?

 Le temps qu'il fait t'est favorable. Je me réjouis de cette température modérée, en songeant à ton séjour dans votre maison glacée.

 Hier, je ne suis pas allée à la conférence, j'étais trop malade.

 Le livre de Carrell est d'une grande envergure, n'est-ce pas ? On en oublie les petits soucis du monde environnant.

 Aime-moi ; je le sens très bien quand tu oublies de m'aimer. Pendant ton voyage, j'ai reçu par deux fois une véritable gifle électrique, - par deux fois, mes oreilles ont bourdonné follement, c'est ainsi que j'ai perçu le courant de ta tendresse. Le soleil brille, je dois rester étendue, et ne puis travailler à rien, j'espère que ça ira à peu près bien, à cinq heures, quand Paolo viendra, et que je pourrai sortir avec lui.

 Je me jette dans tes bras en fermant les yeux.

 Ta Suzu

 

 

lettre d'Ivan Goll à Metz à Claire Paris 12 janvier 1939 MST p.246/247

Metz 12 janvier 39

 

Mon coeur de souffrance,

 Ta lettre de ce matin m'a consumé le coeur. Oh toi, délicate aile de papillon, qui frémit au moindre souffle ! Plus fragile que la graine du Bouton-d'or : comme je veux être bon pour toi, te choyer, caresser et aimer...

 Ne crains donc rien, sois vaillante à nouveau, et interdis à ton coeurde te jouer des tours si lamentables.

 Puisque le tréfonds de ton coeur peut être si fort et si courageux, si virilement circonspect et pensant, le visage de ton oeuvre semble ressembler tout au plus à ta tête, mais jamais à ta poitrine.

 Je pense perpétuellement à toi, et tu devrais le sentir, être très tranquille.

 Ce matin, levé à cinq heures, afin de partir à six heures au Luxembourg.

 Après une bonne nuit, ma mère est tout à fait rétablie, tout à fait redevenue ce qu'elle était, - une femme qui décourage toute pitié.

 À Luxembourg, il y avait tant à faire que nous ne trouvâmes pas une minute pour t'écrire une carte, et ma mère ne voulait en aucun cas rester jusqu'à midi et déjeuner là-bas. Le train partait à 11 heures 31. Nous avons parcouru la ville, au pas de course, jusqu'à la gare.

 Comme tu le penses bien, la magnifique nouvelle au sujet de Mihalovici m'a profondément réjoui. Mais dans un journal était-elle ?

 Je quitterai donc Metz samedi à 15 heures 30 et arriverai à 20 heures 15 à la gare de l'Est.

 Pour Werfel, c'est tout à fait bien. Si tu es fatiguée, ne viens pas à la gare : je serai près de toi à 20h. 40 , me chargerai de vêtements en cinq minutes, et alors...

 Petite mère te salue, et ne veut pas encore nous laisser fixer une date pour son voyage à Paris.

 Je t'effleure, te caresse et t'aime.

 Ivan

 

lettre d'Ivan Goll  Paris à Paula Ludwig Paris 3 avril 1939 ImsL p.521 date à vérifier

 

 ....En amour ton

 Ivan

à traduire ***

lettre d'Audiberti à Yvan et Claire Goll du 3 avril 1939 ***

 

 Chers amis,

  ces temps derniers, je suis allé deux fois chez vous, vous laissant, dans la serrure un petit mot. Peut-être n'étiez-vous pas à Paris. Je vous donnais rendez-vous, et vous n'êtes pas venus. Aujourd'hui, je reçois ce Jean sans Terre qui aura beaucoup de gloire, qui a beaucoup de grandeur, et qui m'enchante, car je suis un peu à l'origine, cher Yvan, de cette révolution prosodique qui s'est accomplie chez toi. Il y a, dans ce "Jean", des pièces de la plus grande beauté. La première poésie, et ce dernier vers qu'elle a, "la force de ma religion" me ravissent. "Le mal de Terre", "Ci-gît Jean s T" sont bouleversants.

Il y a là un ton particulier, une cadence de fièvre apaisée. Le violoneux juif se mêle à la ronde villageoise, mais un peu de l'oreille velue ou du pied fourchu dépasse — mais, c'est peut-être de la corne dorée du luth de David.

Maintenant, une petite réserve. Les trois premières strophes de J s T veille une morte sont admirables. Mais je déplore que tu aies écrit : «Hier déesse immortelle / Dont je fus sacrifié/ Ton cœur et ta cervelle / S'écoulent liquéfiés ». Cela sonne mal, et les deux premières lignes sont embarrassées. Non ?

 Donnez-moi de vos nouvelles.

 Pourquoi ne pas se voir mercredi à midi aux Deux Magots, Yvan ou Claire ou vous deux ?

 Bien affectueusement

 Audiberti

SDdV Aa57 (237) - 510.299 III

 

lettre de Claire à Paris  à Ivan Goll à Metz 4 avril 1939 MST p.247/248

Chéri,

Ta lettre m'a donné une grande joie : ce qui était entre les lignes et entre les feuillets.

Quelle réception superbe ! On se demande seulement combien de temps devra durer le poulet. Peut-être la semaine, et la carcasse sera encore servie samedi en bouillon. Je te vois nettement à la table de fête, louchant sur le poulet et dévorant en pensée ailes et cuisses ;  Ainsi vous vous faites mutuellement plaisir : l'un offre le rôti et l'autre n'en mange rien. Plus il en reste, plus tu es rassasié, ô Jean sans chair !

 Hier, je suis allée avec Irma au restaurant chinois de la place de la Sorbonne. La, c'était superbe.. Près de nous, il y avait Kurt Seligmann avec sa femme et un intéressant peintre japonais, que tu connais aussi. Ensuite, Kurt Seligmann nous invita au d'Harcourt et nous fit des récits du monde entier, et Irma fut enchantée de lui et de sa soirée.

 Ci-joint une lettre : "Mesure et Valeur".

 Invite cet homme chez nous pour samedi ou dimanche soir. Non, pas dimanche, car Adèle ne vient pas ce jour-là, et l'appartement n'est pas fait.

 Quel temps ! Le Saint-Quentin est sûrement entouré de Niagara !

 J'ai hérité de ton rhume, un rhume méchant et perfide, et comme ça, je ne suis pas seule.

 Ne m'oublie pas au sujet de Fassnidge !

 J'espère que tu as chaud.

 Le Triolet, son article n'est pas très artistique. Mais j'ai le temps, j'attends ton retour pour ajouter certaines choses à mon essai sur Rilke. J'y ai déjà introduit Valéry et ce que Rilke m'a dit de lui.. Je peux encore prendre, dans une lettre, un passage sur Gide.

 Mais n'y mettre rien de personnel, ça rapetisse tellement tout.

 En toute tendresse,

 Ta Zouzou

 

 

lettre d'Ivan Goll à Metz à Claire Paris 5 avril 1939 MST p.248/249

Ma chère Zouzou,

 J'ai mangé les herbes amères, j'ai bu le vin rouge et chaud accoudé sur le côté gauche, j'ai chanté la chanson du cabri poursuivi par le boucher — et la poularde de trois livres, ainsi que le brochet vert furent excellents. Jamais Maman ne fut plus alerte et plus heureuse. Je profite de ces quelques journées pour lui consacrer une présence gaie et chaleureuse, sans lui dire un mot de nos ennuis.

 Ta lettre de ce matin m'a fait grand plais et la soirée Ychou-Séligmann a du être bien attrayante. En ce moment tu es peut-être avec Audiberti et tu n'oublies pas de lui parler de son article de la NRF.

Voici encore 100 fr. pour la réception des Fassnidge vendredi. Je pense rentrer, comme convenu, samedi soir à 20h15 où tu devrais venir me prendre à la gare.

J'invite Lion pour dimanche soir à dîner : es-tu d'accord ?

La soleil enchante la vallée de la Moselle et je m'apprête à monter au St Quentin, d'où je t'envoie une branche de cerisier fleuri

 ton Yvan

 

lettre de Rebecca à Yvan 20 avril 1939

 Metz le 30 avril 1939,

 Mes bien Chers,,

J'ai bien reçu ce matin vos bons souhaits de fête et ainsi que le superbe sac que vous m'avez adressé ; grand merci mais vous avez fait trop bien les choses. Le sac est trop beau ! je serai fière de m'en servir. Oui, comme le disait ma lettre d'hier j'ai cru revenir au reçu du télégramme et je demande à Dieu de n'avoir pas à regretter cette résolution. Ce matin j'ai fait comme je te l'avais dit un nouveau ballot, que je pense expédier à Dinard, il contient duvet, couvertures, manteau de fourrure, et quatre draps... qu'en penses-tu ? Ici on est perplexe, et on se demande s'il faut quitter son chez soi où on est si bien ? Espérons que d'autres nouvelles nous permettront de ne plus vivre dans une anxiété perpétuelle afin d'être plus tranquilles et de jouir du beau printemps que nous avons par ici. Encore une fois grand merci pour vos bonnes intentions et recevez tous les deux mes tendres baisers

 Rifka

 

P.S.: Gaby sort d'ici elle vous envoie ses compliments

 

Lettre de Rebecca à Ivan 23 avril 1939

 Metz le 23 avril 1939,

 Mon Cher Mig,

Tu seras peut-être quelque peu surpris de recevoir la présente mais ayant quelques détails financiers à te faire savoir, je n'attends pas à te les communiquer de suite : il se trouve dans le paquet que tu sais, deux obligations Arbed à cinq et quart n° 7783 - 1190 de 150 dollars qui d'après la rubrique du journal que je te joins à la présente sont remboursables entre le 20 et le 30 avril donc incessamment . Veux-tu donc faire faire le nécessaire afin que ce remboursement ne soit pas périmé, le délai de présentation étant si court.

 J'ai omis dans ma dernière de répondre à ta question au sujet de 6.000 francs , il est inutile de les déposer au Crédit Lyonnais à mon compte. Conservez-les, ce sera une provision pour les prochains mois.

Ne voulant pas te gâter la joie que tu éprouvais à m'offrir un si joli sac, je n'ai pas cru devoir te dire dans ma dernière qu'à l'intérieur de ce bel objet, le fermoir intérieur de la poche de moire était tombé au fond de cette pochette : comme c'est un objet de prix, passe à la maison d'où il vient et préviens-les de ce défaut. À l'occasion, tu le reprendras pour qu'ils en fassent la réparation.

 Je regrette de te procurer cet ennui mais le sac est tellement beau, il serait regrettable que déjà la pochette ne puisse se fermer.

J'aime à croire que Claire et toi vous vous portez bien , ici le calme est relatif et on espère toujours. Faites-en autant de votre part et en attendant vos bonnes lignes, recevez tous les deux mes affections bien tendres

 Rifka

 

 

P.S. j'ai reçu hier la réponse que tu as écrite au sujet des Modderfenten, elle se compose d'un chèque de L 1.4.10 me revenant

 

Arbed : le bilan qui sera présenté à l'assemblée 28 courant fait ressortir un bénéfice de 40 millions luxembourgeois contre 93 millions dont 5 % soit 2 millions contre 4 millions seront affectés à la réserve légale 40 millions contre 80 millions à la répartition aux dividendes à 160 francs luxembourgeois contre 320 brut et 4000 contre 9000 aux allocations statutaires (anciennes gratifications)

La société rachètera toutes les obligations de l'emprunt dollars US à 5 1/4 % 1927 encore en circulation et qui lui seront présentés du 20 au 30 avril prochain : inclus coupon n° 26 attaché échéance juillet 1939 aux conditions suivantes : par obligation de 600 dollars il sera payé net 23.000 francs luxembourgeois ou 28.750 francs belges et par obligation de 150 dollars il sera payé net 5.750 francs luxembourgeois ou 7.187,50 francs belges.

 

Lettre de Rebecca à Yvan 5 mai 1939

 Metz le 5 mai 1939,

 Mon bien cher Mig,

 

à copier

 

lettre de Rebecca à Yvan 5 mai 1939

 Metz le 5 mai 1939,

 Mon bien cher Mig,

 à copier

 

Le 16 mai 1939, Yvan et Claire Goll obtenaient des titres d'identité et de Voyages de la préfecture de Police de Paris valables jusqu'au 30 novembre 1939 pour se rendre au Brésil.

 

lettre de Rebecca à Yvan 19 mai 1939

 Mon bien cher Mig,

Ton épître est toujours reçue avec un nouveau plaisir ; ainsi que le fragment du journal que tu y as joint.. Tous mes compliments pour la rédaction de ton article, qui cette fois, est de beaucoup supérieure aux précédents, et j'ai éprouvé une grande surprise en jugeant des progrès qu'avec le temps tu acquiers : continue . Inutile de te dire que je serai à l'écoute le 30, et je me réjouis de pouvoir t'applaudir, même d'ici. Je puis t'annoncer la nouvelle que Gaby a loué son appartement, ce n'est pas d'elle que je le tiens ; voilà quinze jours que je n'ai vu le bout de son nez c'est au café qu'on le raconte et qu'ils quittent Metz complètement pour rejoindre Vichy où ils vont fin du mois, pour habiter Paris. Le temps est jusqu'alors très défavorable, il a encore plu ce matin à torrents, l'après-midi semble vouloir être sec ; avec cette humidité il fait très frais, presque froid. Ce n'est guère le temps de schevouoth qui se célébrera mardi soir. J'espère aller au temple comme de coutume d'ailleurs,

 espérant que Claire et toi vous portez bien, recevez ici mes baisers les plus affectueux

 Rifka

 

lettre de Rebecca à Yvan 26 mai 1939

 Metz le 26 mai 1939

 Mon bien cher Mig,

Les fêtes terminées je m'empresse de te donner de mes nouvelles, elles se sont déroulées comme de coutume, je suis allée au Temple où l'office ne s'est terminé qu'à 11 heures 50, c'est dire si les matinées étaient occupées, les deux. L'après-midi je suis donc allée à Montigny ; Alphonse est souffrant, garde le lit j; e veux espérer que cela se dissipera comme c'est venu, tout à fait subitement : les premiers symptômes m'ont beaucoup allarmée, mais il semble que cela ne se reproduise ( il a vomi du sang) hier il était beaucoup mieux. Je ne doute pas que tu sois très occupé à la veille de la présentation de ta pièce. Inutile de te souhaiter bonne chance. Avec toi je serai heureuse de venir passer un moment parmi vous. Je comblerai ainsi ma solitude, entourée de vos gentillesses. Je vous suppose Claire et toi en bonne santé et très pris. Chez moi grâce à Dieu je me porte bien

 Recevez tous les deux mes bons baisers

 Rifka

 

Le 30 mai 1939 diffusion de Georg Kaiser : Du matin à minuit (adaptation radiophonique en 7 tableaux d'Ivan Goll sur Radio Paris (Yvan Goll), présentation de Pierre Descaves)

Le texte de cette adaptation, 77 pages, l'exemplaire de Jacques Baumer qui jouait le rôle principal, est à la Bibliothèque de l'Arsenal référence: 4- YA 2734 Rad. Du matin à minuit.

 

lettre de la maman d'Yvan (non datée) est-elle de 1936 ou de 1939 ?

 Jeudi soir,

 Cher Mig

 Ta lettre reçue ce matin m'a complètement atterrée en la lisant : Que l'on te faisait une proposition, tu m'en avais touché un mot ces temps derniers, mais à laquelle je n'ajoutais aucune importance;

 Aujourd'hui, tu sembles emballé, cette nouvelle et ton emballement m'ont atterrée à tel point que j'ai cru sentir la terre s'entrouvrir et m'engloutir : Songes donc que je n'ai que toi et ne vis que pour toi. Je suis sortie de cette stupeur toute anéantie, ne pouvant plus ni causer ni respirer c'est à dire que j'ai ressenti une syncope. Est-ce possible que je devrai survivre à cette nouvelle catastrophe, moi qui ne vis que de ta présence, lorsque tu me quittes, je supporte le temps jusqu'au moment de te revoir et je ne vis que dans cet espoir: te revoir. Enfin s'il m'est donné de supporter une nouvelle épreuve Dieu seul sait si j'aurai le courage d'aller jusqu'au bout sans fléchir. Ce traître de Daniel m'a déjà tuée à moitié, je ne suis plus que l'ombre de ce que j'étais et j'aurai à supporter l'autre moitié : en suis-je capable ?

 On fait miroiter à tes yeux les 3000 Francs mensuels mais la moitié ne t'est-elle pas assurée et plus ici, sans compter les surplus* ? c'est cela qui t'enchante. Mais je suppose que tu vas réfléchir et songes aussi que depuis quelque temps ta santé laisse à désirer. Claire de même est souvent patraque as-tu aussi réfléchi si le climat vous sera favorable ? au pays déjà vous n'êtes costauds qu'à demi, que sera-ce au Brésil ? Si vous êtes malades, les 3000 Francs seront vite volatilisés et là-bas je ne vous viendrais pas en aide et qu'est-ce cette somme pour s'expatrier ? Quant aux 4000 F envoyés, ce n'est même pas suffisant pour la traversée à deux.

Enfin, réfléchissez bien, et donnez-moi vite un mot qui me sorte de l'angoisse, qui me rassure et qui me confirme que c'est à tort que tu t'es emballé.

 Ta mère qui n'a que toi et qui t'embrasse de tout son cœur

 Rifka

* Rebecca versait 1500 Francs mensuellement à Goll et faisait face aux imprévus

 Saint-Dié 510.340

 

Rebecca est venue à Paris chez les Goll du 7 au 30 juin 1939

 

lettre de Rebecca à Yvan 4 juillet 1939

 Metz le 4 juillet 1939,

 Mon cher Mig,

 Tu seras peut-être surpris de recevoir la présente mais dans notre région règne le pessimisme en plein,. Je viens te demander si je ne devrais pas préparer ce que j'ai de plus précieux et songer à aller vers à climat moins frontières ? Justine m'engage fermement à partir avec eux. La date de leur départ d'ici est fixée au 13 juillet. Il quitteraient Metz à 12 heures 08 pour arriver à Paris à cinq heures ,coucheraient àParis et partiraient vendredi quatorze à 12 h gare Montparnasse pour être le soir à Dinard. Dis-moi ce que tu penses à ce sujet. Je suis perplexe, certes je pensais rester chez moi et ne partir qu'à la rigueur, mais m'entêter n'est peut-être pas intelligent ? Ici la vie continue. Les fraises coûtent 2 francs 50 au détail, 2 francs par panier et la salade trois têtes pour 1 franc, les légumes en général très abordables. J'ai bien retrouvé mon couteau dans mon sac noir. À l'occasion je te remettrai le tien, utile pour éplucher les légumes. Comment vous portez-vous chère Claire ? Votre malaise est-il disparu avec le régime sévère? Chacun était heureux de me revoir et j'ai retrouvé mon clan au complet. J'espère avoir le plaisir de te lire bientôt. Dans cette attente recevez tous les deux mais baisers bien affectueux

 Rifka

 

lettre de Rebecca à Yvan 10 juillet 1939

 Metz le 10 juillet 1939,

 Mon cher Mig,

 Très surprise de ne pas avoir eu de réponse à la lettre que je t'adressais au reçu de la tienne. Je suppose que la présente se croisera avec la tienne et que malgré ce silence, rien de fâcheux ne s'est produit parmi vous . Je viens de relire ta lettre : oui , je suis d'avis de vendre tous les Reichsbank et ne pas racheter de valeurs allemandes ; car comme tu le dis bien, on ne peut compter sur cette sorte de citoyens qui n'ont aucune parole. Quant au réemploi, je supposais se vous voir arriver bientôt et de vive voix on en aurait causé. Avez-vous décidé votre voyage ? Est-ce celui de Challes qui sera le premier ou celui de Metz ? Autant de demandes de ma part. Chez moi grâce à Dieu, la santé se maintient. Justine m'engage beaucoup à les accompagner à Dinard, moi, si tout reste au calme je préférerais rester ici. Certes s'il le fallait je n'hésiterais pas à quitter mais la situation n'est ni meilleure ni moins tendue : j'attends. Espérant te dire et recevoir quelques réponses à mes demandes, recevez tous les deux, Claire et toi, mes baisers les meilleurs

 Rifka

 

lettre de Rebecca à Yvan 18 juillet 1939

 Metz le 18 juillet 1939,

Mes chers Claire et Mig,

 J'ai été quelque peu surprise en recevant ta missive hier, en lisant, que votre voyage ici n'était pas encore décidé. Je veux supposer cependant que ce ne sont pas des raisons de santé qui vous obligent à ne rien préciser encore chère Claire. Inutile de vous dire que je serai très heureuse de vous posséder ici et que le changement de climat ne pourra, je crois que vous être favorable à tous les deux, la température est plutôt douce en ce moment

 T'ai-je dit, cher Mig, Edgar est venu m'inviter à la,Brasonila, mais pour raisons de santé, elle n'a pas eu lieu . Pour être agréable à Gaby, j'ai été samedi faire ma visite officielle. Elle est donc repartie ce matin pour Vichy, où elle attend tout son monde là-bas J'espère que si toutefois vous ajournez votre séjour ici à courant fin juillet ou août, vous m'en prèviendrez aussitôt que vous-mêmes en serez fixés, ce qui je suppose ne tardera pas.

 A bientôt donc chère Claire et Mig, recevez en attendant mes baisers bien affectueux

 Rifka

lettre d'Ivan Goll  Paris à Paula Ludwig Paris 1 août 1939 ImsL p.522/523

 

lettre d'Ivan Goll  Paris à Paula Ludwig Paris 2 août 1939 ImsL p.523/524/525

 

lettre de Rebecca à Yvan vendredi 4 août 1939

 

Vendredi 4 août 1939

Mes bien Chers

 Votre mot reçu hier m'annonçant votre arrivée prochaine pour lundi 7 m'a fait le plus grand plaisir et je me réjouis de vous revoir surtout Claire en meilleure santé s'il plaît à Dieu. Vous n'avez rien à regretter de ne pas être à Challes , jusqu'alors le temps des plus variables (il pleut si souvent) ne vous procurerait qu'une villégiature relativement agréable. Espérons que ces jours prochains vous nous apporterez le beau temps, c'est-à-dire le temps de la saison. Donc, convenu votre arrivée pour 12 heures 05 gare de Metz , je crois ? En cas de contre-ordre, un petit mot s'il vous plaît ce que je n'espère pas. À bientôt donc

 en attendant, recevez mes bien affectueux baisers R

 Rifka

P.S. : l'épaule de mouton est à 9 francs ici, donc cher Mig, ne t'en embarrasse pas. Quant aux questions Reichsbank , je crois que verbalement on décidera plus facilement

 

 

lettre de Rebecca à Yvan dimanche 6 août 1939

Metz, le 6 août 1939

Mon cher Mig,

 Je viens de recevoir ton mot m'annonçant un retard de quelques jours pour votre voyage en Lorraine. Je conçois fort bien que chère Claire hésite à quitter son home si sa santé est encore chancelante, car malgré le confort que l'on peut trouver dehors, on n'est pas chez soi. À dire vrai j'ai eu une petite déception parce que, votre arrivée était annoncée pour lundi et comme les magasins sont fermés à-demi, j'avais dû songer à quelques achats, qu'à cela ne tienne. Mais je tiens à te faire remarquer que le délai du 15 août expire la possibilité de l'arrangement Reichsbank, donc en conséquence renseigne-toi au reçu de la présente chez les banquiers allemands, d'abord à Zurich ensuite à Luxembourg pour connaître le prix de la liquidation des 22 restants.. Car sache que la première vente a été très déficitaire mais je crois que tu ne vois pas de même que moi à ce sujet. Donc entendu, écris de suite aux maisons citées plus haut afin que notre revente n'arrive pas après coup.

Bons baisers en attendant de vous revoir ,Rifka

 

P.S. : Donc agis de suite

À te faire remarquer à partir du 12 les Bourses sont fermées.

Je suis très désireuse de faire le transfert entre question le plus vite possible

 

Yvan et Claire auraient dû arriver à Metz lundi 7 août à 12h05 mais voyage reporté

 

Le 8 août un télégramme de Metz annonce à Yvan une fracture du fémur sa mère. Goll arrive par le train de nuit.

 

 

lettre d'Ivan Goll à Metz à Claire Paris 9 août 1939 en français MST p.250/251

 Metz 9 août 1939

 [mercredi]

 

Mon cher Ange,

Ce que j'ai vu ce matin en arrivant brise ma vie. Maman s'est brisé le col du fémur. Je crois que c'est très grave. Non point douloureux, ni dangereux en soi, mais incollable, il me semble.

Le médecin que je suis allé voir dès 9h. que la première et la seule chose, à peu près à faire : est de rester immobile !

Rester immobile, pour ma mère, qui avait le sang d'un salamandre, toujours vive, toujours active. Ne plus courir pour elle va être la plus pénible des épreuves.

Clinique : le médecin, elle y avait pensé ! Le médecin m'a dit que le vrai danger de ces cassures fréquentes chez les vieilles femmes, c'était le brusque changement de vie active et trépidante en immobilité forcée. Ça doit être insupportable. Elle qui courait comme une belette pour une chopine de lait ! Il y a danger de pneumonie après quelques semaines, pour des poumons qui ne s'essoufflent plus, qui ne travaillent plus.

Voilà comment c'est arrivé, le plus bêtement du monde: lundi, déjà à 2h., elle est tombée dans sa chambre devant son armoire à glace. Et que fit-elle ? Elle n'appela au secours, mit un quart d'heure pour se relever, puis se traîna, devine où, au lit ? Non, au Café Excelsior ! Ses amies la ramenèrent en taxi et appelèrent le médecin, qui ne se prononça pas sur le champ, mais il l'a fit radiographier hier matin, là se révéla la cassure.

Eh bien non, la clinique est une formule trop commode. La mettre entre des mains étrangères. Alors qu'aucun soin, aucun médicament ne sont applicables ! Simplement immobilité. La solitude là-bas aurait pour elle un effet désastreux : sans appétit, sans consolation. Alors qu'un fils est là et n'a rien à faire qu'à aller se promener à Challes.

Donc j'ai décidé de rester auprès d'elle, secondé par une femme de ménage. Dans ces conditions, que vas-tu faire ? Ton séjour dans cette maison sens dessus-dessous va être des plus misérables.

Si tu allais seule à Challes, au Château, tant pis. Je ne vois d'ailleurs pas d'autre solution : plus question pour moi de m'y rendre.

Enfin, réfléchis, réfléchissons.

Je commence déjà à expier mes années insouciantes, pourtant pas tellement gaies : voici d'abord les maladies des proches, puis suivront les miennes.

Je suis sur l'autre pente.

J'agite vers toi mon mouchoir en descendant ton Yvan

 

 

lettre d'Ivan Goll  Metz à Paula Ludwig Paris 9 août 1939 ImsL p.523/524/525

 

lettre de Claire à Paris  à Ivan Goll à Metz 9 août 1939 MST p.251

 9 août 1939

Chéri,

 Je suis très bouleversée. La pauvre maman ! Elle qui était toujours si alerte. ! Une des fractures les plus graves ; comment guérira-t-elle, et quand ? Un bon médecin l'a-t-il radiographié ? Est-elle dans le plâtre ? S'il te plaît, dis-lui qu'après sa guérison, il faudra absolument qu'elle vienne vivre avec nous. Nous ne la laisserons plus seule dans cette maison sombre. Sans doute, pour l'instant, elle devra rester étendue de longs mois. Mais, rue Dupont des Loges, il manque les conditions d'hygiène élémentaires pour un bon traitement. Elle serait beaucoup mieux dans une clinique. Quel souci pour nous tous, mon pauvre petit garçon !

 J'ai reçu ton télégramme alors que je revenais de l'ambassade américaine; le vice-consul m'avait priée par lettre de venir avec les passeports. Il m'expliqua aimablement que, le jour où nous apporterions les billets, nous obtiendrions les visas. Certainement, mais aussi les formulaires blancs; il faudra tout recommencer depuis le début. Enfin, cette question de notre destinée est maintenant totalement résolue.

 J'espère recevoir bientôt des nouvelles détaillées de toi et de l'accident.

 J'ai voyagé avec toi, sans sommeil, toute la nuit. Mon petit garçon aimé, je te prends tendrement dans mes bras et je vous embrasse tous les deux, bien des fois.

 Zouzou

 

Paula Ludwig à Paris à Ivan à Metz : lettre du 10 août 1939 *** IsmL p.526/527/528

 

lettre de Claire à Paris  à Ivan Goll à Metz 10 août 1939 MST p.251/252/253

 

 Jeudi

 [Paris 10. 8. 39]

Bien-aimé,

 Tu ne peux pas t'imaginer de quelle pitié profonde me remplissent ces nouvelles de ta mère. Je remarque à présent aux sentiments que j'éprouve, qu'elle m'est (malgré tout) beaucoup plus proche que je ne le pensais. Et je voudrais que tout soit fait pour lui alléger cette longue épreuve.

 Naturellement, tu resteras près d'elle, et je devrai donc me rendre seule à Challes. Néanmoins, j'aimerais auparavant lui faire une visite. Cela me paraît inévitable, et ce ne sera pas de ma part, un geste conventionnel, mais un geste parti du cœur; il est inutile que ce soit un long séjour, mais je suis certaine que, si pareille chose m'arrivait, elle viendrait me voir. Mais, veux-tu réellement la laisser étendue pendant des mois dans sa sombre chambre, comme au Moyen-Age ? Tu peux prévenir la congestion pulmonaire dont elle est menacée, en l'installant dans une maison de santé, avec jardin. En outre, une fracture ne peut guérir que lorsqu'elle a été réduite par un chirurgien, car sinon, à chaque mouvement (même inconscient pendant le sommeil), les muscles en jeu déplacent les parties osseuses en contact. Voir le Larousse Médical : "Dans certaines fractures, celles de la cuisse notamment, pour lutter contre l'action des muscles fléchisseurs qui tendent à faire chevaucher les fragments, on pratique l'extension avec certains appareils dont les plus usités sont les appareils de Hennequin, de Heitz-Boyer et de Tillaux. Dans certains cas, il est nécessaire de recourir à l'anesthésie pour permettre la réduction exacte des fragments." Cependant, notre Larousse est de l'année 1912, et de nos jours, un grand chirurgien s'y prend sans doute d'une autre manière. C'est ton devoir d'en consulter un immédiatement et de lui faire examiner Maman. Car chaque fois qu'elle urine, etc....les fragments d'os se déplacent. Comment cela pourrait-il guérir sans être artificiellement immobilisé ? En outre : il faut qu'elle soit frictionnée, massée tous les jours, pour éviter une atrophie des autres organes. Agis donc conformément à ton époque et non à la sienne ! Si tu la laisses ainsi couchée, elle mourra prochainement. Lorsqu'elle sera dans le plâtre ou dans un appareil, on pourra l'emmener de Metz en ambulance (mais naturellement pas, telle qu'elle est maintenant). Car enfin, tu ne peux pas la laisser périr sous les balles de Hitler.

Pense à la femme de Lindner, qui fut, elle aussi, après sa fracture de la hanche, si abîmée par un charlatan gênois, parce qu'elle alla trop tard chez Sauerbruch. Dans ces cas-là, il faut agir dès les premiers jours. Si son passage à l'Excelsior n'était pas aussi triste, on serait forcé d'en rire.

Ne te plains pas. Némésis, dans la mythologie, ne poursuivait pas seulement les parjures. Ne m'as-tu pas juré, l'an dernier (comme il y a une semaine), sur la vie de ta mère, de ne plus voir P. L. ? Ta santé et la sienne dépendaient de tes actes. Pourquoi restes-tu ici ? Le démon de P. L. nous a apporté en un an, beaucoup de malheur. Ma maladie de cœur, les passeports, l'épuisement de ta mère. L'ombre de cette femme est très noire. Que Dieu lui pardonne !

Je suis toujours avec toi, je t'embrasse ainsi que Maman.

 Zouzou

 

lettre d'Ivan Goll  Metz à Paula Ludwig Paris 11 août 1939 ImsL p.529/530

 

lettre de Claire à Paris  à Ivan Goll à Metz 11 août 1939 MST p.253

 [Paris vendredi 11. 8. 39]

Cher coeur,

 Un triste matinée : pas de lettre de toi, temps gris, mauvaises nouvelles. Avant-hier chez Chardonne, Delamain aussi bien que Müller ont refusé à cause de la forme épistolaire du roman *. Il m'a conseillé de l'offrir à Plon, qui pourrait plus facilement l'imprimer à frais d'auteur, puisqu' il a sa propre imprimerie., Poupet, qui part ce soir, me reçoit le matin à 11 h. Suis complètement découragés et sans force. Mon coeur s'arrête.

 Voici un formulaire de la Société des Auteurs, qui est à remplir.

 Toutes les personnes à qui je raconte l'accident de ta mère sont d'avis qu'avec une véritable fracture, on ne peut pas faire trois pas, encore moins aller jusqu'à l'Excelsior. Il faut que le médecin 'ait "monté un bateau", dit Monsieur Henry. Et sa femme m'a raconté que son grand-père, s'étant brisé le fémur à quatre-vingts ans, ne put plus faire aucun mouvement, fut tout de suite mis dans le plâtre, et survécut encore huit ans, après que la fracture eût été guérie en six mois. Il ne peut donc s'agir chez Maman que d'une fêlure ou de quelque chose d'autre.

 Consulte donc un chirurgien ! Envoie-moi les petits oiseaux de ton écriture ; si demain matin je ne les trouve pas sous la porte, je pourrai difficilement vivre tout le jour.

 En tout amour.

 Ta Zouzou

* Il s'agit du roman "La passion selon Jean" , écrit et dactylographié entre janvier 38 et juillet 39 qui sera publié à New York aux Editions de la Maison Française en 1941 sous le titre "Le Tombeau des amants inconnus".

 

lettre de Claire à Paris  à Ivan Goll à Metz 11 août 1939 MST p.254

 [Paris 11. 8. 39]

Petit coeur,

Trouvé à l'instant ta lettre, comme je revenais de chez Plon. Le meilleur remède pour mon coeur malade. Tout de suite, ça va mieux. Je ne pourrais sans doute plus tenir longtemps dans l'appartement. Le mieux serait que j’aille vous rejoindre. Peut-être dimanche, ou lundi ? Que conseilles-tu ?

 Ne cherche pas querelle au destin ! Maman aurait pu se blesser encore bien plus gravement. L'essentiel, c'est qu'elle ne souffre pas physiquement. Déjà une grande faveur. N'a-t-on toujours pas consulté un chirurgien ?

 Ai téléphoné tout à l'heure à Mihalovici, mais il n'était pas là. J'essaierai plus tard

Poupet ne voulut rien savoir du compte d'auteur. Il dit que Plon ne le fait jamais et que j'aurais ainsi encore moins de chances d'acceptation. Réponse à la rentrée.

 Par contre, Chastel, à qui j'ai téléphoné, a été ravi des imprimés offerts aux frais de l'auteur. Dès que le comité de lecture se réunira (début septembre), il fera lire le manuscrit en premier lieu et me fixera alors, cinquante manuscrits attendent déjà ce comité de lecture. En encourageant !

 Je tourne de-ci de-là, et je te vois surgir dans tous les coins, "le Lorrain volant", "Jean sans Terre", et je suis triste comme un petit chien qui a perdu son maître. Je me tiens debout dans ces coins, attends, écoute à la porte si tu ne viens pas : un peu égaré et mouillé de pluie. Je n'ai pas encore appris, depuis vingt ans, à manger sans toi, à rire et à vivre sans toi. Il est maintenant trop tard pour l'apprendre. L'école fermera bientôt.

 Je t'aime, que Dieu me vienne en aide, je ne puis faire autrement.

  Ta Zouzou

 

lettre d'Ivan Goll à Metz à Claire Paris 12 août 1939 en français MST p.254/255

 Metz 12 août 1939

 10H. du matin

 

Mon Angelette,

Ta lettre m'a fait beaucoup de peine ce matin. Cet échec chez Stock est bien pénible. Et tes autres démarches me laissent rêveur..

Aussi ne prolonge pas inutilement en séjour à Paris. Tu vas devenir tout à fait neurasthénique. Fais immédiatement et mâle et pars.

Si tu te décides de Metz, c'est demain à 13 heures 35 mais réfléchis encore : tu vas de nouveau perdre ici des journées précieuses. Et quelles fatigues : déballer, remballer.

Quand partiras-tu pour Challes ? tu sais que vers le vingt-quatre, tes journées rouges reviennent.

 Il faut que tu y sois avant. Sans cela, ce serait le 1 septembre, bien tard.

Puisque tu descendras au Château, autant y aller tout de suite. Tes préparatifs sont les mêmes. Ensuite tu reviendrais par Metz. Maman ne t'en voudra pas.

 Avec cette tension politique, ne vaut-il pas mieux en finir immédiatement avec Challes ? Le 28 août, les nuages recommenceront à s'amonceler.

 Voici encore 150 francs pour ton voyage. Ton train pour Chambéry part à 7 heures 30 de la Gare de Lyon, et arrive à 15 heures 40

 Prends un billet aller et retour valable quarante jours, en 2 ème cela doit coûter 350 francs.

 Peut-être, lorsque tu auras fini ta cure, Maman ira mieux, et nous pourrons songer à faire ensemble un grand voyage.

 Prends courage, je sais qu'il est difficile de partir seule, mais il le faut cette fois. Il en serait de même dans huit jours, si tu devais partir d'ici.

 Pas de sentimentalité. Inutile de faire une visite de convenance à Maman, elle t'en dispense.

 C'est d'ailleurs moi qui aurai eu le plus à souffrir de ton absence, je ne peux pas bouger de la maison, de peur qu'on sonne : le médecin ou une visite... Tantôt, c'est le vase de nuit qu'elle demande, tantôt du café...

 Dans ces conditions, tu partirais donc lundi matin.

 J’espère que cette lettre te parviendra encore ce soir +, je la porte à la gare pour le train de midi

 Mais enfin à une tu décideras toi même.

 Télégraphie-moi ta décision.

 Je t'embrasse

 Ivan

 

+ Non, elle ne peut en aucun cas te parvenir ce soir ; c'est pour cela que j'envoie le télégramme de 11 heures 30, afin que tu fasses tes préparatifs.

.

 

lettre de Claire à Paris  à Ivan Goll à Metz 12 août 1939  MST p.254

 [Paris samedi 12. 8. 39]

Très cher,

Reçu ta lettre ce matin et ton télégramme vers 1 H. La visite du second médecin est très rassurante, bien que je ne crois pas non plus que quatre semaines d'immobilité suffisent, pour guérir une fracture à cet âge là.

 L'argent me fait grand plaisir, car je vais encore aujourd'hui chez le coiffeur (toute ébouriffée comme je le suis de nouveau), et j'ai aussi acheté un costume de bain, étant donné que j'ai l'intention de partir lundi pour venir vous rejoindre.

 Challes est maintenant impossible. Jusqu'au 25 août, toutes les mansardes du Château sont retenues à des prix élevés. Je sais cela d'expérience. Et aussi, je hais l'animation. Il s'agit donc d'attendre un peu. Si je ne télégraphie plus, je serai partie lundi à 1h.35; viens alors me chercher à la gare.

 Aujourd'hui est arrivée La Revue du Rhin avec la critique et avec ton poème "La Cathédrale de Strasbourg", si beau qu'il m'a arraché des larmes.

 Quelle grandeur digne de Villon dans la tristesse, et cette fin :

 Et je réclame

 Ton doux baiser

 Grande Madame

  Pour m’apaiser

Quel grand poète tu es ! et comment ne t'aimerais-je pas !

 Ton éternelle élève t'embrasse avec fierté et admiration

 Zouzou

 

lettre d'Ivan Goll  Metz à Paula Ludwig Paris 14 août 1939 ImsL p.530

lettre d'Ivan Goll  Metz à Paula Ludwig Paris 21 août 1939 ImsL p.531/532

lettre d'Ivan Goll à Paula Ludwig Paris 25 août 1939 ImsL p.533/534

 

Télégramme d’Ivan à sa mère 25 août 1939

 Madame Kahn

 Clinique l’Espèrance

 Rempart Thiebaut

 Metz

 

 Espoir attends un jour pour évacuation  Patrons  hélas

 Adieu

 Mignon

 

 

Ivan à sa mère, à bord du Veendam 25 août 1939

  Veendam

 En rade à Southampton

 

 Ma chère Rifka,

 

 J’ai été arraché à cette terre lorsque le bateau partir du port d’Europe.

Que va-t-il advenir à cette merveilleuse France ? Et je pense à toi, chère maman, qui peut-être aujourd’hui samedi, as fait un voyage infernal pour te plonger dans la paix d’un autre havre ?

 Je pense à toi, je pleure, je suis si triste – et je voudrais déjà tant pouvoir revenir !

Vers toi , dans tes bras !

 Dans 4 semaines, s’il n’y a pas la guerre .

 Il faut l’espérer, des journaux le disent encore ce matin . et mon cœur le crie.

 Je t’embrasse bien fort !

 Je t’aime, maman !

 Excuse mon départ, il le fallait. Puisqu’il me fût possible !

 Bonne santé ! Grand courage !

 A bientôt

 Ton chéri

 Mig

 

 Et Claire t’embrasse en pleurant

SDdV 510.311 F

 

 

25 août 1939 : Ivan et Claire Goll quittent la France depuis le port de Boulogne à bord du Veendam, bateau Hollandais qui les mène à New-York le 6 septembre 1939.

Paula Ludwig devait partir fin août au Brésil où vivait sa sœur Martha et Nina Engekhardt

 

lettre d'Ivan Goll Southampton à Paula Ludwig Paris 26 août 1939 ImsL p.534/535

à traduire **

 

lettre d'Ivan Goll New-York à Paula Ludwig Paris 13 novembre 1939 ImsL p.535/536

à traduire **

 

Du 13 au 16 novembre Yvan et Claire essayèrent d'obtenir leur changement de visa auprès du Consulat Général de France à New-York mais ils restèrent ensuite sans

à préciser après traduction

 

lettre d'Audiberti à Claire Goll datée 11/12/1939 [à vérifier]

 

 Chère, chère amie,

 J'arrive de Marseille, je repars pour Marseille, mais; entre temps, je trouve votre télégramme, et je connais toute ma honte et tout mon remords. Pardonnez-moi, Claire, de ne plus pouvoir aimer, comme ils le méritent, et comme je le mérite, mes amis. La vie, de plus en plus, m'apparaît atroce.

Comment jamais plus pourrons-nous tirer quelque joie de nous-mêmes et de ceux que nous aimons quand des créatures à notre ressemblance, avec un corps comme le nôtre, souffrent ce qu'on souffert les incendiés de Marseille et les malheureux de Berlin et de toute l'Allemagne. Je suis si faible et si petit. Je ne puis rien. Je ne puis qu'augmenter, par ma propre détresse, le niveau de l'émotivité générale, l'aptitude du monde humain à la souffrance.

 Je sais votre tendresse, Claire, et combien mes silences, mes absences ont pu vous sembler peu amicales. Je suis pris, déchiré, tenaillé - par les besognes, la famille, ce terrible sommeil toujours insatisfait, ce poids d'organes et de grippe. Mais rien ne saurait me faire oublier mon amie, ma très grande amie Claire

  Jacques

 

SDdV Aa54 (232) - 510.299 III



[1] Chanson des Pêcheurs et des Goujons

[2] 7 mars, plébiscite : 99 % des allemands approuve la politique d'Hitler, le jour-même où le Führer, dénonçant le pacte de Locarno, fait pénétrer les troupes de la Wehrmacht dans la zone démilitarisée de la Rhénanie.

 

Posté par Jean Bertho à 14:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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