03 décembre 2008

Jean Rousselot 1969

Jean Rousselot

La publication du premier tome des oeuvres d'Yvan Goll va remettre en lumière ce poète original et fécond dont le nom, dès 1912, se trouve associé à toutes les aventures de la poésie, de la littérature et de l'art nouveaux. Né à Saint-Dié en 1891, donc pendant l'annexion de l'Alsace Lorraine, et formé simultanément en français et en allemand, Goll sera toute sa vie divisé par cette double appartenance culturelle et il s'efforcera très honnêtement de l'assumer. C'est en allemand qu'il commence de s'exprimer en vers, mais c'est pour entonner un hymne à la fraternité des races, Le Canal de Panama, qu'on eut aimé trouver dans ce volume. En 1913, il participe, à Berlin, au mouvement expressionniste. La guerre venue, il passe en Suisse, y devient l'ami de Romain Rolland, de Pierre Jean Jouve, de Stéphan Zweig et publie, en français, ses Elégies internationales, sorte de réquisitoire lyrique contre la guerre.

Tour à tour futuriste, dadaïste, surréaliste, mais toujours à quelques encablures des chartes officielles, il va jusqu'à sa mort, en 1950, accumuler les livres de poèmes, les oeuvres scéniques, les romans, les traductions -- en français et en allemand -- de la plupart des poésie du monde, fonder des revues, toujours d'avant-garde, et mener des croisades, toujours pacifistes (il avait, dès 1917, dans son Requiem pour les morts de l'Europe, employé le premier, l'expression « citoyen du monde »), jamais à court d'invention, de lyrisme et de charité.   C'est aux Etats-Unis, où il se réfugie dès 1939, qu'il achèvera ce qui est sans doute son chef-d'oeuvre, le poème en quatre mille vers de Jean sans Terre.

Nous n'en sommes pas là puisque ce tome premier ne rassemble que les oeuvres composées entre 1915 et 1927, tant en allemand qu'en français.

Entre autres Le Nouvel Orphée :

Tu ne connais pas Orphée ?

il tourne l'orgue du ciel

il tourne la roue des planètes

il tourne la montre surtout coeur

On trouvera enfin dans ce volume les Poèmes d'amour écrits en collaboration, ou plutôt en duo avec Claire Goll et qui sont l'un des sommets de notre poésie amoureuse. La Chaplinade et Lucifer vieillissant où, comme dans tout ce qui est sorti de la plume de Goll, se manifestent le même goût du merveilleux moderne et la même alacrité langagière que chez Apollinaire, Cendrars, Albert Birot, Delteil. Avec, en plus, un attachement profond à la réalité quotidienne et une sorte de spontanéité franciscaine : « rossignol, tu me convertis en chantant la messe du matin » -- et à laquelle ce poète qui se voulut peut-être trop systématiquement de son temps, doit d'être devenu un grand poète de toujours.

Jean Rousselot

Les Nouvelles Littéraires 47 ème année, n° 2193 – 2 octobre 1969 : p.4, sur le premier tome des "Oeuvres" d'Ivan Goll.

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